CHARITÉ PUBLIQUE
courses, aax exercices mililaîpes, le lout assaisonné des plaisirs Au inonde qu'on y transportait pour charmer l'enislence du planteur.
Il régnait dans toute la colonie une ferveur belliqueuse, un esprit militaire qu'entretenaient les exercices de la milice, et un fréquent usage des armes à feu devenu nécessaire pour soutenir les luttes qui surgissaient de temps à autre avec les Indiens et les Espagnols. Cet esprit martial s'est toujours maintenu depuis, et ïl n'a pas peu contribué 'au succès des écoles militaires des États-Unis.
La loi ne manquait pas de sollicitude pour les pauvres ; une (axe spéciale avait été créée pour leur servir de caisse de secours. La charité privée voulait davantage encore : les personnages les plus considérables de la colonie organisèrent une société d'assistance, dans laquelle des hommes de condition moyenne étaient admis au même titre qu'eux. La contribution annuelle était minime, mais le fonds s'accrut insensiblement par des donations et des legs. De deux centtreize livres treize shillings auxquels il s'élevait en 1758, on le voit monter en 1776, à la somme considérable de soixanlehuit raille sept cent quatre-vingt-sept livres dix shillings. L'inapulsion une fois donnée, d'autres sociétés s'établirent sur le même plan et beaucoup de misères furent soulagées, surtout les orphelins qui trouvaient dans ces ingénieuses et philanthropiques combinaisons, l'aide et l'appui qui leur manquaient pour vivre et se créer un avenir '.
Malgré tant de causes de bien-être, il était douteux si les naissances dépassaient annuellement te nombre des décès. Mais ce qu'on tenait pour certain, c'était la rareté des cas de longévité causée sans doute par l'insalubrité du pays et les rigueurs du climat. La population n'augmentait donc guère que par l'immigration, et si l'on s'en rapporte au
' CarroU. 1" roi., p. 506 à 510.
D.nt.zedbïGoOg[c
KtO - CAROLINE Dii NORD.
recensement de 1790, le nombre des blancs aurait-élé à cetle époque, de 140,178, et celui des noirs, de 107,094 seulement; proportion bien différente de celles précédemment constatées, puisque la race blanche loin d'être ti-ès-inférieure à la race nègre, la dépassai! de beaucoup. Pour admettre ce chiffre de 140,178 il faut supposer que l'émigration fut trèsabondante depuis 1765, car on a vu plus haut, qu'à cetle dernière époque, les supputations ne portaient la population blanche qu'à 40,000 individus. Si l'on peut déjà émettre des doutes sur ces chiffres en les rapprochant, à combien plus forte raison doil-on repousser ceux présentés par M. Ed. Laboulaye qui, en évaluant les populations des deux Carolines en 1790, les fait monter à 640,000 âmes! {p. 419) chiffre tout à fait fabuleux. Cet historien aura confondu dans un seul ensemble, les nombres applicables aux deux races blanche et noire, et il en a attribué le résultat à une seule ; il faut donc pour rentrer dans le vrai, retrancher de son calcul, environ 200,000 âmes, et l'on se trouvera ainsi d'accord avec les documents officiels'.
S*- Orgsnisalion. — ImmigrsUon. — Rérolulion. — Population. — Conunerce.
.Au point où nous avons laissé les faits Historiques concernant la Caroline du Nord, il n'y existait encore que deux centres de population très-distants l'un de l'autre : le premier s'appelait Albemarle, et le deuxième Clarendon. A l'époque de la nouvelle Constitution, le premier de ces comtés s'élait accru d'émigranfs venus de la Nouvelle-Angleterre, etdecon-
' Tacker's Progress of the Vniled States in population and WeaWi. p. 17. New-York, 1855.
PREHIÊRE OBCANlSATtON. 331
structeurs de navires qui avaient quitté les fiermudes, dans Fespotr d'une meilleure fortune. Cette petite population de travailleurs disséminés dans le pays, tirait ses ressources de t'exploitalion des forêts et de la culture du tabac. £lle vivait heureuse avec une forme de gouvernement qui lui assurait une part suffisante dans la gestion de ses affaires. 11 y avait an gouverneur, un Conseil de douze membres dont six choisis par tes Propriétaires concessionnaii-es, et six élus par l'assemblée générale. Cette assemblée elle-même était composée du gouverneur, du Conseil, et de douze délégués nommés par les tenanciers. Les habitants jouissaient de la liberté religieuse, et aucune taxe ne pouvait être exigée d'eux, qu'après un vote régulier de la législature. De plus, ils avaient été maintenus dans la possession des terres par eux acquises des Indiens, sous des conditions trés-modérées '.
La première session de l'Assemblée se tint dans le comté d'Albemarle en 1669, époque à laquelle on ignorait encore les secrets desseins de lord Shaftesbury et de Locke. On passa diverses lois qui répondaimit aux besoins du temps et dont voici quelques-unes :
Tout immigrant qui avait contracté une dette hors de la colonie, était affranchi de toutes poursuites pendant cinq années, temps jugé sufQsant pour se procurer des moyens de libération. — Le commerce avec les Indiens était monopolisé à l'exclusion des étrangers. — Les immigrants avaient droit à une petite quantité de terre en s établissant dans la colonie ; mais pour prévenir les fraudes résultant d'une résidence temporaire seulement , on statua qu'aucun litre de ces possessions ne serait délivré qu'après deux ans de séjour consécutif. — Pour faire face aux émoluments du gouverneur et des membres du Conseil, on imposa une taxe de trente livres de tabac sur chaque procès qui serait débattu
3S3 CàDOUNE du nord.
devant les cours de justice. — Le mariage qualifié contrat dvil, n'exigeait d'autre foririalité qu'une simple déclaration du consentement réciproque devant ud magistrat, en présence de témoins'.
Cet étal de choses ne fut pas de longue durée. Bientôt le gouverneur Stèvens reçut ordre de remplacer tes institutions distantes par l'application du grand modèle. Le changement était trop radical pour être accepté sans difGcullé, aussi quelques efforts qu'on ait pu feiredans ce but, ils restèrent stériles et provoquèrenl un commencement de rébellion. A ce moment même, il s'introduisît dans la colonie un élément nouveau qui, bien loin d'atténuer les résistances, ne pouvait que leur donner un nouvel aliment. Jusqu'en 1672, il ne parait point que cette petite colonie qui comptait alors quatre milles âmes, eût reçu aucun ministre de l'Évangile. Chacun suivait ses inspirations particulières pour l'hommage à rendre h Dieu. Mais à cette époque, on vit arriver William Edmunson missionnaire quaker qui, ayant appris l'esistence d'hommes appartenant à sa secte dans ce petit coin du pays, crut de son devoir d'aller leur porter les enseignements de l'Évangile, et de tâcher de faire parmi eus des prosélytes. A peu de temps de là, la colonie fut visitée par Georges Fox le fondateur de la doctrine, d^à en mission en Amérique. Sa parole persuasive, sa prédication où respirait une ardente conviction, déterminèrent des conversions qui furent loin d'être favorables au nouvel état de choses, car de toutes les sectes, on l'a vu, le Quakeriime affectait les principes les plus radicaux '.
Les Propriétaires insistant pour l'application du grand modèle, et les colons le repoussant, il était difficile de définir la forme du gouvernement pratique. La circonstance se compliquait encore de la mori du gouverneur Stèvens qui laissait la colonie abandonnée à elle-même. L'assemblée cependant,
• Bancroft, p. 249.
* Le même, p. S4P, et llildreth, 3* vot.! p. S9.
HÉCONTENTEHENIS. 353
usant des pouvoirs exceptionnels qu'elle avait reçus pour le cas éventuel qui venait de se produire, choisit elle-même, le successeur de Stévens, et nomma à ce poste diFGcile Cariwrighl son président. Mais l'atlilude de la population inspirant des craintes sérieuses, ce haut fonctionnaire parlit immédiatement pour l'Angleterre, afin d'exposer aux Proprié-^ laires, la situation grave des affaires. D'autre part, les colons eux-mêmes avaient dépêché Eastchurch !e nouveau président de l'assemblée, pour faire valoir leurs griefs et essayer d'en obtenir le redressement.
Pendant que la vie politique de la colonie était ainsi suspendue, il se passait non loin de là, un grand événement qui eut beaucoup d'influence sur les destinées intérieures de ce pays. C'est à celte époque en effet (1676), qu'éclata en VirjtiniR l'insurrection de Bacon dont j'ai décrit les péripéties dans le premier volume de cet ouvrage, et qui se termina par une déroute complète des révoltés. Obligés de chercher leur salut dans la fuite, les vaincus se réfugièrent dans la Caroline du Nord. Ils se composaient presque en totalité de non-conformistes ou dissidents, et de ceux qui avant tout, aspiraient à la liberté politique. Ces recrues étaient peu propres à calmer l'agitation; elles y apportaient au contraire, un ferment révolutionnaire qui ne pouvait qu'aggraver le conflit déjà existant.
Les griefs des colons pouvaient se réduire à trois principaux : restriction fort grande de leurs libertés, obstacles apportés dans l'expansion de leur commerce, et impôts escessits résultant des actes de navigation. Quoique ces entraves affectassent les autres provinces également, surtout celles de l'Est; ia Caroline du Nord n'en paraissait pas moins souffrir plus particulièrement de la mise en vigueur des actes de navigation, car Je tabac son principal produit, était destiné à l'exportation, et déjà en 1674, on en évaluait la récolte annuelle à 800,000 livres pesant. Les droits de douane devenaient une
5S4 CAROr.lNE DD NORD,
charge très-lourde, car ils frappaient non-seulement celte marchandise, mais encore celles qu'ils recevaient par voie d'édiange. Enfin le mode de pwception en était vexatoire '. L'interrègne occasionné par la mort deStévens fut considéré comme une circonstance favorable pour faire une démonstration sérieuse de l'opinion publique. Ce n'est pas que la colonie fût sans administration, car outre Easfchurch envoyé des colons en Angleterre, qui venait d'être appelé au poste de gouverneur, un nommé Hillar ou Miller avait été investi par les Propriétaires, de la fonction de secrétaire de la colonie, et par les commissaires de la douane, de c^ie de receveur des taxes. Eastchurch, il (st vrai, n'était point encore de retour d'Angleterre, mais Miller qui l'avait précédé, rem* plissait l'intérim, et déployait un excès de zèle bien inopportun. La circonstance était grave si l'on considère qu'elle coïncidait avec l'invasion des réfugiés mécontents de la Virginie. U ne fallait qu'un signal pour la révolte, il fut donné par Gillans et Culpepper , deux hommes résolus qui se mirent à la tète du mouvement, et débutèrent par emprisonner Miller et sept membres du Conseil. Une assemblée nouvelle convoquée révolutionnairement s'empara du gouvernement, nomma Culpepper collecteur des taxes, et repoussa Eastchurch gouverneur nommé, lorsqu'il arrivait d'Angleterre pour prendre possession de son poste. Les choses, on le voit, avaient bien changé depuis le jour où celui-ci quittait la colonie avec la mission de défendre à Londres, les intérêts dû peuple *.
Cependant Eastchurch ne resta point inactif: il réclama de la Virginie des secours d'hommes pour rétablir l'ordre, mais la mort vint le surprendre au milieu de ses préparatifs de répression, et les choses restèrent dans le statu quo. Toute négociaticm avec l'Europe exigeait une grande perte de temps:
' Hildrelli, a- vol , p. S».
■ Uildretb, â' vol., p. 4(1.
JUSTICE EXPËDITIYE. 355
c'est ce qui explique comment l'insurrection resta en paisible possession de l'autoiité souveraine pendant deux années (1676-1678).
Les Propriétaires n'ayant aucune force régulière à leur disposition, ne pouvaient obtenir obéissance à la toi que par la pei-suasion. Ils promirent donc l'oubli du passé, à la condition qu'à l'avenir les lois fiscales d'Angleterre seraient exécutées sans difficulté. Un des Propriétaires, Seth Sothel successeur de lord Glarendon fut nommé gouverneur, avec mission de ramener le calme (1685). Mais ses actes arbitraires et les exactions qu'il multiplia le rendirent tellement impopulaire, qu'après une administration de cinq années, l'assemblée générale le condamna à douze mois d'exil, et le déposa avec défense à jamais de reprendre les rênes du gouvernement (1688). C'est à la suite de cette sentence, que nous l'avons vu se réfugier dans la Caroline du Sud où, après avoir illusionné momentanément les habitants, il fut expulsé comme au Nord pour les mêmes griefs. Ces actes de justice expédilive sur un des Propriétaires, montrent combien était fragile leur autorité, et font d'autant mieux ressortir l'inanité de l'organisation Féodale rêvée par Locke, et qui était si contraire au mouvement de la société coloniale, tel qu'il se révélait partout en Amérique.
En même temps que les colons secouaient le joug de leurs souverains immédiats, tous leurs efforts tendaient à se soustraire au payement des taxes imposées par la métropole. La charte royale était ainsi mise en péril, car on la violait dans une de ses conditions essentielles. Des poursuites en déchéance furent entamées dés 1685, et les Propriétaires ne purent échapper à l'extrémité dont ils étaient menacés qu'en offrant de négocier avec la Couronne pour la cession de leurs droits. On voulait gagner du temps et l'on y réussit.
Mais ce n'était point assex de temporiser, il fallait ouvrir les yeux sur te danger réel de la situation. Après bien des
3» CAROLINE DU NOKD.
tâtonnements, les Propriétaires tout à fait convaincus de l'impuissance de leurs eRbi-ls à maintenir le grand modèley se résolurent à l'abroger entièrement sur le motif que le peuple oréférait être gouverné d'après les premiers errements de la colonie (1693). Ainsi venait expirer comme cela devait être, dans une profonde tiumiliation, cette conception indigeste, après une bien courte existence plutôt nominale qu'effeclive. Cette résolution quelque importante qu'elle paraisse au premier abord, n'apporta point cependant de changement notable dans la situation, car le grand modèle ne fut jamais appliqué sérieusement, pas plus ici que dans la Caroline du Sud, grâce à la ferme attitude des colons.
Avant d'aller plus loin, il convient de jeter un coup d'œil sur l'état intérieur de la province (Caroline du Nord).
On a TU que la partie notable de ta population se composait de dissidents d'origine anglaise, qui avaient refusé de se soumettre aux lois arbitraires des sectes dominantes, soit en Virginie, soit dans la Nouvelle-Angleterre. Parmi eux se trouvaient des Quakers, mais si leurs mœurs étaient douces et leurs habitudes paisibles, ils n'étaient pas moins doués ' d'une volonté opiniâtre qui ne supportait aucune résistance, et dont Penn ut une sérieuse expérience en Pensylvanie. Il n'y avait alors aucune ville, aucun grand centre : tous vivaient épars dans les forêts, sans roule tracée pour se diriger. Cette existence primitive donnait à leur caractère une sorte de rudesse difficile à maîtriser. C'étaient les plus indépendants des Indépendants ', dit M. Bancrofl. A leurs pieds devaient se briser la cupidité des Propriétaires et la charte gouvernementale qui leur servait d'instrument. Rien ne venait modérer ces volontés toutes d'élan : aucun ministre de l'Évangile ne se tixa dans ce pays avant 1703. Aucune église ne fut élevée jusqu'en 1705, et c'est en 1722 seulement, que
' Baocrofl, p. 254.
JOHN ARCHDALE. Î57
l'on construisit unbâliment spécial pour les cours de justice'. Vouloir soumettre une pareille colonie si jeune et si rebeik', à des règles fixes et immuables, dénotait bien peu d'intelligence de l'art de gouverner. Lui imposer des charges trop dures quand elle était si pauvre et si peu nombreuse, c'était en éloigner l'immigration, et agir en sens contraire du bul qu'on se proposait. Le gouvernement anglais paraissait donc aussi mal inspiré que les Propriétaires eux-mêmes.
Ceux-ci dont les yeux commençaient à s'ouvrir, cherchèrent à remédier à la situation par des chois plus éclairés pour le poste de gouverneur, mais Ludwel! et Smith qui vinrent après Sothd dans tes deux provinces, trouvèrent bientôt que le ferdeau était trop lourd pour eus. C'est alors (1694) que les Propriétaires se déterminèrent à charger du gouvernement général des deux Carolines, John Archdale l'un d'eux, appartenant à la secte des Quakers, et dont le caractère et les principes libéraux pouvaient faire présager le succès. On a vu page 292 comment il sut justifier les espérances qu'il avait fait naître : créant des routes, les premières tracées dans ce pays, atténuant les charges, rapprochant les opinions, donnant une équitable satisfaction à tous les intérêts, et apportant dans tous ses rapports une mansuétude dont Penn son coreligionnaire lui donnait alors l'exemple en Pensylvanie. Archdale n'avait accepté qu'une mission temporaire : quant il eut atteint le but qu'il s'était proposé, il quitta les deux Carolines, laissant à Thomas Harvey le gouvernement de celle du Nord. Sous son administration qui s'inspirait des traditions d' Archdale, le peuple jouit paisiblement du fruit de ses travaux. Ce fut une espèce de.temps de repos entre les troubles antérieurs et les commotions qui allaient suivre.
Les éléments de population réunis dans cette colonie an
' Bancrofl, p. SSt.
commencement du dii-huitième siècle, se composaient en tolalilé de dissidents de l'Église anglicane. On n'y vopit point figurer comme dans la Caroline du Sud d'anciens amis de la royauté, Cavaliers et autres ; et parmi les dissidents on ne comptait aucun huguenot. Aussi le caractère du peuple paraissait beaucoup moins élevé, et ses manières abruptes atTeclant une extrême indépendance étaient poussées jusqu'à la sauvagerie. Spotswood gouverneur de la Virginie à cette époque, dit de la Caroline du Nord, « que c'était un réceptacle de gens en fuite, où il existait à peine une forme quelconque de gouvernement, chacun agissant à sa guise et ne payant aucun tribut ni à Dieu ni à César'. » Quoique les habitants appartinssent du moins de nom, aux sectes presbytérienne, puritaine ou indépendante, luthérienne et quaker, il n'y avait pour ainsi dire aucune trace d'un culte public quelconque. Tons prétendaient tirer leurs notions de droit et de devoir en politique et en religion, des seules lumières de la nature.
Outre ces notables différences d'origine, de sectes, et de sentiments religieux entre les deux Carolines, leurs ressources dilTéraienl aussi à certains égards. Celle du Nord n'avait ni grande ville ni port de commerce sur l'Atlantique, elle ne cultivait ni le riz ni l'indigo, deux produits très^riches qui, à eux seuls, pouvaient faire la fortune d'une colonie ; mais le tabac était le grand but de l'agriculture. On en récoltait déjà des quantités considérables dans les premières années du dix-huitième siècle. La Nouvelle-Angleterre faisait le monopole de ce produit qu'elle transportait ensuite en Angleterre où elle le revendait avec un grand avantage ; réalisant deux profits à la fois, celui de revente et le prix du fret. Les Carolinîens exploitaient aussi les forêts d'où ils tiraient des mâts, des planches, de la térébenthine, du goudron, etc. Enfin
< SpoUwood H. S., et BancroR, p. 584.
RELIGIOH D'ÉTAT. 339
ils faisaient le commerce de pelleteries, de suH, môme de blé et autres denrées. Les esclaves, étaient encore rares parmi eu\, car le climat et la salubrité des parties peuplées permettaient aux habitants de se livrer aux travaux agricoles et autres ; il ne leur fallait que des auxiliaires '.
On voit que les traits principaux de physionomie des deux Carolines quoique dans un voisinage immédiat, étaient caractérisés d'une manière fort différente, quoique au fond, les idées d'indépendance fussent les mêmes et se donnassent carrière aussi librement, comme on le verra plus loin.
Beligion à'iXsi. — Anarchie, — Immigrations allemande et suisse.
Dans le pacte primitif intervenu entre les Propriétaires el les premiers colons de la Caroline du Nord, la liberté de conscience avait été assurée à ceux-ci, sans restriction. Mais en 1704, Nathaniel Moore alors gouverneur, chercha à force d'intrigues, à faire établirune religion d'État.Tel fut le succès de ses manœuvres, qu'il parvint à faire voter par une assemblée composée en grande partie de dissidents, la supiématie de l'Église anglicane. La loi ne passa il est vrai, qu'à la majorité d'une seule voix, mais elle prétendit repousser de toute fonction salariée et même honorifique, quiconque ne prêterait pas le serment de conformité'. Déjà un statut de 1702 avait établi une taxe de trente livres à la charge de chaque précinct, pour l'entretien d'un ministre et d'une Église anglicane. Enfin les Quakers furent rendus incapables de porter témoignage dans les affaires criminelles et de servir comme jurés ou comme fonctionnaires pour cause de refus de serment*.
" Bancroft, p. 384.
• Hùlorical Skelckes of Norlh Carolina, by i. H. Wkedet, p. S4.
* Le même, p. 35.
340 CAHOLINE DU NflUD.
Les Propriétaires paraissaient avoir perdu les plus simples notions de leurs intérêts. Comment pouvaient-ils croire le peuple assez résigné pour accepter cette situation subalterne? Croyaient-ils à l'indifférence religieuse de ces homnnes qui ne donnaient presque aucun signe extérieur de leui-s croyances? Si telles étaient leurs idées, leur illusion fui de courte durée. Ces mesures provoquèrent des troubles et des insurrections, on les foula aux pieds, et l'on n'aurait pu trouver aucun secours dans tout le pays pour maintenir le culte anglican. Mais sur une pétition adressée au Parlement pour obtenir l'annulation de ces actes, la Chambre des Lords les déclara « en opposition directe avec les lois de l'Angleterre, contraires à ta cbarte des Propriétaires, favorables à l'athéisme, nuisibles au commerce, et tendant à dépeupler et à ruiner la contrée '. » Ce fut un grand succès obtenu, si l'on compare surtout la situation des deux Carolines, car celle du Sud ne put s'affranchir de la religion d'Etat, grâce au nombre croissant des Ëpiscopaux qui formaient une partie notable de la population, et à l'influence qu'ils surent se ménager.
On conjecture que depuis Archdale qui réunissait dans ses mains l'administration des deux provinces, administration divisée par lui-môme entre deux successeurs, le gouverneur de la Caroline du Sud était autorisé à nommer seul celui de la Caroline du Nord, en cas de vacance. C'est ainsi que Thomas Cary fut choisi gouverneur de cette dernière colonie, par Nathaniel Johnson qui occupait cette fonction au Sud. Mais les Propriétaires refusant de ratifier cette nomination, investirent directement de leurs pouvoirs Guillaume Glover. Telle fut la cause d'une scission violente qui partagea la population en deux camps dont l'un composé d'anglicans et de royalistes; l'autre, de dissidents et de démocrates. Chaque parti eut son gouverneur et sa chambre de représentants, et quoique ce
* Wheeler, p. 5S.
AKARCHIK. 5*1
dernier fût de beaucoup ie plus no[nl}retix, ses adversaires le tenaient en échec par leur bonne oi^snisation. Cependant Cary soutenu par les Quakers, souleva la populace et chassa la plupart des membres du Conseil, y compris le président. L'anarchie était complète ( 1 710).
Ces scènes de désordre paraissaient être entrées dans les mœurs du peuple. Tout changement de gouverneur déterminait une situation aussi critique que s'il se fût agi d'un changement de souverain. Spotswood, dans ses notes sur ce temps, écrivait que « c'était la coutume du peuple de la Caroline du Nord de résister h ses gouverneurs et de les emprisonner; et que l'impunité dont il avait toujours jouit à cet égard, lui faisait considérer ce procédé comme régulier'.
Ces obsen'ations sont confirmées par un document d'une date postérieure, et qui atteste la continuation de cet esprit d'insubordination, même dans des circonstances qui n'étaient pas identiques. En effet, George Burringlon gouverneur de cette province écrivait officiellement en 1751, au duc de Newcastle alors président du Comité du commerce en Angleterre : « Il ne faut ni flatter ce peuple ni ruser avec lui ; et chaque fois qu'un gouverneur essayera de l'un et de l'autre moyens, il perdra sa peine et montrera qu'il ne sait rien de ce pays. »
« Les habitants de la colonie du Nord ne sont pas laborieux , mais astucieux, et toujours insolents envers les gouverneurs. Ils en ont chassé plusieurs, emprisonné d'autres, et quand ils se sont décidés à en nommer eux-mêmes, ils ont soutenu leurs choix, à main armée '. »
Les Propriétaires ou la majorité d'entre eux semblaient toujours frappés de surprise lorsque ces événements arri-
' Bancrofl, p. 385.
• Doatmmls on jUe iw offices of Board of trade in London, from 1 662 U> 1769.
valent, ils n'y voulaîenl voir aucun avertissement pour modifier leur système de gouvernement. Cependant les circonstances étaient graves et il fallait faire face à la crise actuelle, pour ne pas laisser entièrement périr te principe d'autorité. Le choix d'un nouveau gouverneur était surtout de grande conséquence, car de lui pouvait dépendre la padGcation des esprits.
Les Propriétaires alarmés enfin de cet état de choses, crurent faire un choix heureux en nommant gouverneur de la Caroline du Nord, Edouard Hyde qui n'avait point d'antécédents politiques et ne se recommandait guère que par sa parenté avec lord Clarendon. Hais à son arrivée, les rebelles soulevèrent des difficultés de forme pour lui refuser obéissance, de manière à le rendre impuissant et à se montrer eux-mêmes plus redoutables. Cependant Hyde qui avait le prestige de son mandat, réussit à faire nommer une assemblée générale à sa dévotion, et il obtint diverses lois qui ne fii-ent qu'enflammer davantage les esprits, bien loin de les amener à composition. Mieux eût valu recourir à d'autres voies, car les lois faites furent méprisées et foulées aui pieds, et l'insurrection y puisa de nouvelles forces. Le gouverneur n'avait aucune troupe à sa disposition, il fit appel à Spotswood gouverneur de la Virginie, auquel il demanda les secours nécessaires pour dompter la rébellion. Celui-ci pouvait hésiter à cause des difficultés du terrain couvert de forêts et coupé par tant de rivières, mais préoccupé du contrecoup que la Virginie pourrait recevoir de ces commotions, il expédia de suite vers la Caroline un petit corps de milice, et des marins détachés des vaisseaux de guerre alors stationnés dans la Chesapeake. Cette simple démonstrafion sufRt pour mettre en fuite les principaux insurgés. Ceux'ci vinrent même spontanément en Virginie, annonçant qu'ils entendaient en appeler aux Propriétaires. Spotswood les lit arrêter et les envoya en Angleterre pour subir leur procès,