IRLANDAIS ET ÉCOSSAIS
les deux régions sur le même pied politique, et ea même temps, le bill des taxes réclamées par Johnston fut accordé sans difficulté. Enfin le siège du gouvernement fut transporté à Wilmigton. Les six comtés du Nord indigoés de cette manœuvre, protestèrent contre cette session subrep- {ice, et refusèrent leur adhésion à chacun des actes qui y avaient pris naissance. Mais le temps était venu où le despotisme de ces comtés allait cesser par le déplacement des majorités. L'Ecosse, depuis la grande rébellion de 1745, fut témoin pendant plusieurs années, d'une nombreuse émigration de ses enfants qui vinrent s'établir pour la majeure partie dans la Caroline du Nord, et formèrent un excellent fond de population. A peu de temps de là aussi, on y vil arriver des Irlandais du nord de ll'rlande, dont le concours ne fut pas moins utile pour la prospérité générale. Les uns $e posèrent sur les bords de la rivière Cap Fear à l'endroit appelé aujourd'hui Fayetteville ; les autres allèrent peupler la partie nord-ouest de la colonie'.
A l'aide de ces nouvelles recrues, les choses changèrent un peu d'aspect, et la législature passa enfin régulièrement en 1748 un acte qui déterminait le revenu royal et assurait le payement des quitrents.
L'administration de Johnston fait époque, car elle dura vingt années environ et ne cessa que par sa mort arrivée en 1752. Pour se maintenir si longtemps au milieu d'une population indisciplinée et hostile, il lui fallut une grande dextérité, beaucoup de patience et de longanimité-, et avec ce levier, il parvint à asseoir cette société sur de meilleures bases, en assurant au pouvoir le respect sans lequel il demeure impuissant.
L'influence de la sage administration de Johnston lui survécut, et aida beaucoup ses successeui-s dans le gouvenie-
' Baird, p. 151. — llildrelb, 3* vol., p. 416.
D.nt.zedbïGoOglc
ment. Par intervalles s'élèvent quelques conflits, mais il n'ont aucune durée, et l'on remarque dans ce pays comme dans toutes les autres colonies, qu'à la première période si tourmentée par des questions politiques et religieuses, a succédé une époque où dominent les intérêts. Une nouvelle arène est ouverte aux passions, elles s'y donnent carrière ; et à t'aide de ce dérivatif, le gouvernement deviendrait chose très-facile si l'Angleterre affamée d'impôts, ne rappelait incessamment à ce peuple qu'il est opprimé, et que celle qui se dit sa mère n'est qu'une marâtre qui s'abreuverait volontiers de son sang, en l'épuisant jusqu'à la dernière goutte!
iu RéiuUleQrs. — Cours de justice. — Répression des Régulateurs.
Indépendamment des taxes excessives créées par l'Angleterre, un système d'extorsion général s'était répandu partout, et il pesait lourdement sur la population, surtout sur les comtés pauvres qui en' étaient écrasés. Les frais de justice, les émoluments excessifs des hommes de loi, l'absence de contrôle pour la perception et l'application des taxes par les sheriffs qui ne rendaient aucun compte de leur administration, tout contribuait à enflammer l'esprit public. C'est dans ces circonstances que se formèrent des associations dites des Régulateurs, à l'instar de celles que nous avons vues dans la Caroline du Sud, raab qui dépassèrent le but que se proposaient celles-ci. Les hommes qui en faisaient partie, nonseulement refusaient le payement des taxes, mais ils s'altaquaienl aux personnes et aux propriétés des juges et des avocats, des sheriffs, et autres individus contre lesquels ils croyaient avoir des griefs analogues. Leur témérité alla jusqu'à faire invasion dans le lieu des séances des tribunaux pour arrêter le cours de la justice. Ces hommes, il faut le dire, étaient d'une trempe toute différente des RégulaleuR de la Caroline du Sud, et avaient en vue bien moins le redres-
LES DËGULATËUflS. 361
sèment de griefs sérieux, que le désordre pour lui-même. L'assemblée générale se décida, après un peu trop de longanimité peut-être, k prendre des mesures contre eux ; et pour faire un exemple significatif, elle expulsa de son sein un membre de cette société, qui était parvenu très-aisémeni à se faire élire délégué. Ce In' était point assez : le gouverneur à la (été d'un corps de volontaires, se porta sur les comtés les plus compromis et livra -bataille aux rebelles. L'action fui chaude, car plus de deux cents des combattants furent laissés pour mort sur le champ de bataille, indépendamment des nombreux prisonniers qui restèrent aux mains des volontaires. On fit le procès à quelques-uns d'entre eus, et sis furent condamnés à mort pour crime de haute trahison. L'exécution s'ensuivit immédiatement {i77i).
Cette défaite éclatante ramena un peu de calme, mais les vaincus entretinrent une haine invétérée contre les bas comtés qui s'étaient signalés dans la répression. Le gouvernement royal habile h tirer parti de cette division, et peu scrupuleux sur les moyens d'arriver à ses fins, se ménagea le bon vouloir des Bégulaleurs qui plus tard, lui devinrent d'utiles auxiliaires lors des mouvements insurrectionnels contre son autorité souveraine '.
Une des causes premières du désordre qui venait d'être réprimé, était l'absence de cours de justice dans les comtés, lacune qui existait aussi dans la Caroline du Sud. On pourvut à ce besoin par une loi, et des Cours en nombre suflisanl furent installées dans diverses parties de la Caroline du Nord. Mais la jalousie que le peuple entretenait envers le gouvernement, avait fait introduire dans plusieurs colonies l'usage de limiter la durée des lois à un temps déterminé, comme nous en avons vu des exemples dans le Maryland. Le bill qui instituait ces Cours étant arrivé à son terme sans avoir
' UadreUi, S* vol., p. 570.
Z6i CAROLINE DU NORD,
élé renouvelé, leur existence cessa partout, et la province retomba dans la confusion d'oîi elle avait été si heureusement tirée. Cet état de choses était comme dans la Caroline du Sud, le résultat d'un conflit qui s'était élevé entre le gouvemeav et la législature sur la question de prérogative pour la nomination des juges. Cependant il devenait urgent de sortir d'une situation si dangereuse poui' l'intérêt public : un compromis vint résoudre la difGculté, et* après une suspension d'une année, les tribunaux furent rétablis, et la justice reprit son cours.
L'esprit de résistance et de rébellion pouvait se fialmer quelque temps, mais il ne fut jamais entièrement dompté, et Ton ne sera pas surpris peut-être, d'apprendre que c'est la Caroline du Nord qui la première, souleva dès 1775 la question d'indépendance, et qui la résolut immédiatement par l'afTirmative, le 20 mai de cette année, par une déclaration restée célèbre et appelée déclaration du Mecklembourg, du nom du comté où elle fut proclamée'.
ConsldéralinQs divenes.
On a vu que depuis l'origine de la Caroline, sauf l'essai du grand modèiCy il n'avait été fait aucune modification formelle au pacte primitif qui assurait au peuple une participation réelle au pouvoir législatif et esëcutif. Mais dans l'exécution, en fait, la nomination du gouverneur et du Conseil resta dans les attributions exclusives des Propriélaii'es et de la royauté qui leur succéda. Les conflits ne portèrent donc que sur des attributions législatives, que les assemblées générales cherchaient toujours à étendre. Les questions relatives aux qmtrents et aux taxes commerciales occupèrent beaucoup plus les esprits, que les institutions
' Wbeeler, p. «8.
CONDITIONS DIVERSES. 5à3
d'un ordre plus élevé. Ainsi l'on n'aperçoit aucune trace d'efforls fails pour créer des écoles, pour développer le senlimenl religieux, pour encourager et propager la charité publique, à l'exemple de la belle association de la Caroline du Sud. A ces divers points de vue la colonie paraît être restée de beaucoup en arrière de toutes les autres, surtout de sa voisine qui, composée d'éléments très-différents, avait beaucoup plus d'élévation de caractère. Les ressources cependant ne manquaient pas pour améliorer cette condition morale} rar outre le tabac qu'elle produisait abondamment, elle tirait un parti très-utile de ses forêts, grâce aux primes accordées par l'Angleterre pour la production du goudron, dé la poix, et de la résiné. Le grand accroissement de la population prouverait surtout cet état prospère, car l'émigration étrangère ne recherche que les pays qui récompensent promptement et largement son travail.
Les successions étant réglées d'après la loi anglaise ', il se créa des fortunes importantes surtout dans les parties plus anciennement peuplées, où la richesse avait eu le temps de s'accumuler.
L'esclavage y fut toujours moins nombreux que dans là Caroline du Sud où le sol, le climat et la nature particulière de la culture exigeaient davantage l'emploi du travail noir.
Enfin les rapports des deux Carolines avec les Indiens ne dilTéraienl point de ceux créés par les autres provinces, car le mobile était le même partout, ainsi qu'on va le voir.
Mredelfs .Vor(/i Coroiinfl Law's, 1713, p. 18-19,