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CHAPITRE XXI RAPPORTS DES CAROLINES AVEC LES INDIENS

L'adîtude des Européens envers les indigènes étant la même partout au Sud comme au Nord, elle ne pouvait que ^ulever de tous côtés la même irritation, et provoquer aui représailles. Hais deux causes spéciales pesaient de tout leur poids sur les Carolines, et devaient leur faire redouter de fréquentes luttes armées. D'une part, situées dans le voisinage de ta Floride, elles avaient toujours a craindre uneinvasion des Espagnols et des Irtdiens qui avaient fait alliance avec eux. D'autre part, à l'excepiion de New-Yorit et de la NoiivelIe-Anglelerre, aucune province n'était plus entourée de tribus nombreuses et les plus puissantes de toute l'Amérique du Nord. Tout conflit avec elles pouvait enti-aîner de grands désastres.

Cependant la témérité des populations turbulentes qui for^ mèrent le premier noyau des deux Carolines les fit courir elles-mômes au-devant du danger qu'elles créèrent comme Il plaisir. Nulle part plus que dans les Carolines du Sud et du Nord peut-èlre, on ne se livra plus effronlémenl ad rapt des Indiens pour en faire un objet de spéculation. Des embûches lenr étaient tendues de tous calés, on leur faisait lï cbasse comme cela se pratique de nos jours pour les nègres; et plus d'une expédition fut entreprise contre des tribus inoffensives, dans le seul but de faire des prisonniers à vendre pour le marché américain ou pour les Indes occidcnlaleB. Lei lords Propriétaires, très-mécontenfs de ces spéculations qui pouvaient nuire à leurs intérêts, recommandèrent au gou' Verneur Morton en 1681, de prendre sous sa protection tous les Indiens établis dans un espace de quatre cent milles aU-

tour de Gharleslon, cl de les traiter avec bonté et humamlé'. Mais que pouvait celte sage instruction quand des gouverneurs et des membres du Conseil eux-mêmes, prenaient un intérêt dans ces sortes d'affaires? On n'en tint aucun compte et les choses continuèrent comme par le passé.

Les voies d'approvisionnement ordinaire d'Indiens n'étani point assez actives, on imagina -un autre moyen de s'en procurer : il consista à enflammer les rivalités et les haines de tribu à tribu, de manière à déterminer des guerres entre elles, qui laisseraient aux mains du vainqueur des prisonniers à vendre moyennant une faible somme que les colons centupleraient par la revente.

Cette mesure avait été, à l'origine, déterminée par une raison d'humanité. Lors des premières luttes engagées entre les deux races, les blancs, à l'exemple des Indiens, ne faisaient aucun quartier et massacraient impitoyablement tous ceux dont ils pouvaient se saisir. Pour mettre un terme à cette coutume barbare, une prime fut accordée à quiconque dans de pareilles circonstances, ferait des prisonniers et les amènerait à Cbatieston. Cette prime se réglait eu égard au nombre des vaincus, et le gouverneur en disposait pour le profit de la province. Ces malheureuic échappaient ainsi a la mort, mais ils perdaient la liberté pour toujours. Ce qui né devait être qu'occasionnel se généralisa, et le marché, au lieu de se fournir de prisonniers, ne recevait plus guère que dea gens victimes de rapts odieux.

Ârchdale dont l'administration fut si paternelle, voulut mettre un terme à cet indigne trafic, et saisissant l'occasion favorable, il renvoya aux Espagnols de la Floride des Indien^ élevés dans les principes du christianisme, que les Yamasees avaient faits piisonniers dans une guerre de tribu à tribu, el que ceux-ci venaient vendre à Charleston. Cêile généreuse ini-

' Carroll, 1" vol., p. 85.

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lialive ne resia poinl stériio, car à peu île Icmps de lu, des Européens apnl fait naufrage sur la côte de la Floride, les Indiens les recueillirent avec bonlé, et les conduisirent au fort Saint-Augustin où lé commandant, après leur avoir donné les secours dont ils avaient besoin, les envoya en sâreté dans la Caroline du Sud (1695) '.

La population de ces Provinces que nous avons vue si turbulente et si peu disciplinée, n'était pas mûre pour une politique si libérale : oh vit donc se continuer d'une manière aussi active que par le passé, la chasse aux Indiens et le trafic de ceux dont on s'emparait en foutes circonstances. Les exporlations qu'on en faisait de la Caroline du Sud devinrent si abondantes, que la Pensylvanie et le Massachusetts qui servaient précédemment de débouchés utiles, passèrent en 1712, des lois portant prohibition expresse d'importation d'esclaves indiens dans toute l'étendue de leurs territoires. Ces provinces qui avaient détruit ou refoulé tout ou partie des tribus environnantes, ne voulaient à aucun prix, voir se former un noyau nouveau d'hommes de cette race. C'était donc non par humanité, mais par un motif de sécurité personnelle, qu'on frappait cette révoltante branche de commerce. Quelque part qu'on jette les yeux dans toutes ces colonies, on voit prédominer l'intérêt, jamais ou presque jamais un principel Et cependant elles se recrutaient d'individus qui, pour la plupart, fuyaient leur patrie pour des causes de religionl

A défaut du marché américain, il y avait encore un autre débouché aux Indes occidentales. La Caroline du Sud continua à l'alimenter, au grand détriment de sa considération et de la sincérité de ses professions de foi religieuse. Ce trafic ne cessa que quand partout le nègre fut préféré de beaucoup à l'Indien. Les traitements auxquels les planteurs soumettaient les es-

• Carroll, 1" vol , p. 120.

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claves nègres ou indiens, éluient de la dernière inhumanité, cl ce n'est que justice de dire que le code de l'esclavage dans les deux Carolines, est encore l'un des plus cruels qui aient été adoptés dans toute l'Amérique du Nord. J'en ai montré le trait principal dans mon livre sur l'esclavage, je n'y reviendrai point. 11 est presque inutile de dire que dans ces colonies, aucun effort ne fut fait pour civiliser et christianiser les races rouge et noire. Comment espérer davantage d'un pays où la même incurie existait pour les blancs eux-mêmes qu'on laissait sans instruction ?

Les causes de conflit entre les races blanche et rouge étaient nombreuses, sans diiïérer beaucoup de celles que j'ai signalées pour les autres colonies. Cependant il fallait y ajouter les rivalités existantes entre la Caroline du Sud et la Floride, et qui entraînaient des guerres dans lesquelles certaines tribus prenaient parti pour les Espagnols contre les Anglo- Américains. Je n'entrerai dans aucun détail sur la plupart de ceâ luttes qui n'eurent point de conséquences capitales, et qui seraient sans intérêt pour le lecteur. Je ne parleraique de deux levées de boucliers dans lesquelles les Indiens crurent bien pou\oir anéantir les Caroliniens. Mais auparavant, disons quelqu&i mots des tribus qui prirent part à ces mouvements.

Entre la contrée des Apataches et les établissements de la Caroline du Sud, se mouvait la puissante confédération des Muskogecs ou Creeks, qui occupait au sud-ouest de la rivière Savannab,etau sud dcsAlleghanies, un grand territoire composant aujourd'hui la Géorgie et la plus grande partie de l'ÉIat d'Alabama. Cette confédération qui se divisait en Hauts Creeks et en Bas Creeks, pouvait mettre sur pied de cinq à six mille guerriers.

La partie sud-ouest de la chaîne des Alleghaniesétaitoccupée par la confédération non moins nombreuse des Cherokees. Ces anciens habitants des belles vallées arrosées par les rivières tributaires du haut Tennessee, réclamaient encore comme

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leur tcrriloiie de citasse toute la région Nord s'éteniJant jusqu'au): rivières Kanliawa et Ohio.

Entre les Cherokees et les élablissements anglais des deux Carolines, se trouvaient les Yamassees s'échelonnani sur la rive Nord de la rivière Savannah; plus, les Catawbas qui occupaient en partie les bords de la rivière de ce nom ; enfin les Tuscaroras répandus sur la Neuse.

Ces tribus, au dire de Gallatin, n'étaient pas moins cruelles que celles du Nord ; mais moins occupées de guerre, elles s'adonnaient à l'agriculture, et la chasse n'élail pour elles qu'un objet secondaire. Il parait même que les Muskogees ou Creeks meilleurs politiques que leurs voisins, aimaient mieux incorporer dans leurs rangs des tribus d'un ordre inférieur, que de les exterminer. La raison principale qu'on donne de ces différences d'habitudes comparées à celles des tribus du Nord, tiendrait à cette considération, que les contrées Sud étaient moins giboyeuses et doimaient sans beaucoup de peine d'abondants produits agricoles. De la diversité du genre de vie et de l'action énervante du climat, résullaït pour ces tribus du Sud un adoucissement notable de caractère'.

Têts étaient les Indiens avec lesquels les Carolinicns avaient à compter, A part quelques engagements résultant de causes diverses, et prmi lesquels se remarqua une expédition contre les Indiens Apalaches qui s'étaient alliés aux Espagnols et, qu'on refoula jusqu'aux bords del'AIlamalia (1705), les Carolines n'avaient conçu aucune alarme très- sérieuse. Mais en 17H, les Tuscaroras et quelques autres tribus de la Caroline du Nord irritées sans doute des envahissements constants qui rétrécissaient de plus en plus le cercle de leurs évolutions, méditèrent une vengeance exemplaire tenue longtemps secrète, et par conséquent plus redoutable. Ils com-

' Archxologia Amerkana, 2' vol., p. 108.

mencèrent par bien forlifier leiîr ville principale pour protéger leiirs familles ; et au nombre de douze cents guerriers, ils se répandirent dans le pays par petits groupes afin de ne point donner l'alarme. Ils choisirent pour mettre leur projet à exécution l'époque du changement de lune, et au moment convenu, ils entrèrent dans les habitations des blancs où, sous de faux prétextes, ils élevèrent des disputes et se ruèrent sur les hommes, les femmes et les enfants qu'ils massacrèrent sans merci. Ils ne laissaient échapper personne pour empêcher l'alarme de se répandre, et ils continuèrent ainsi leur œuvre sauvage en attaquant chacune des plantations qui, étant éparses, ne pouvaient aisément se secourir. La première nuit, on comptait aux environs de Roanocke, plus de cent trente-sept victimes parmi lesquelles se trouvaient des Suisses qui étaient venus y fonder une. colonie peu de temps auparavant. Cependant quelques rares individus purent se soustraire à cette sauvage boucherie, ils prii'ent la fuite à travers les bois et donnèrent l'alarme à leurs voisins. Mais la Caroline du Nord était alors bien peu préparée à la résistance. Les Quakers qui formaient une partie notable de la population, refusaient de prendre les armes en vertu des principes de leur secle qui réprouvaient toute lutte violente. Quant aux antres habitants, à peine remis des troubles civils dont la province avait tant souffert, on ne pouvait en attendre que peu ou point de secours. La Caroline du Sud, heureusement avertie à temps de cette calamité inattendue, et comprenant la nécessité d'en arrêter promptement les progrès, recourut immédiatement aux moyens énergiques de répression. La législature vota un secours en hommes de milice, et on y adjoignit la participation d'un corps nombreux d'Indiens alors amis, tels que des Catawbas, des Yamassees, des Cherokees et des Creeks. Ces forces réunies sous le commandement de Barn- 'well, s'avancèrent avec précaution dans ces déserts boisés qu'on ne connaissait guère; mais à force de.palience et de cou-

SCO CAROLINHS.

rage, on arriva enfin près de l'ennemi, Dn engagement s'ensuivit, et dans la mâléc, plus de trois cents hommes des Tuscaroras et de leurs alliés restèrent pour morts sur te champ de bataille. Cent antres furent en outre faits prisonniers en Tue du marché d'esclaves '.

Cette première défaite avait affaibli l'ennemi sans cependant l'abattre. Les Tuscaroras firent retraite sur leur propre territoire, mais activement poursuivis par Barnwdl, ils ne purent éviter un nouveau combat aussi sanglant que le premier. Contraints à demander la paix, ils ne l'obtinrent qu'en abandonnant tous les prisonniers faits sur eus , ainsi que tout le riche territoire qu'ils occupaient depuis un temps immé^ morial. Ils se retirèrent vers l'Ohio, et se réunirent ensuite aux Iroquois dont ils grossirent le nombre et qui, par suite de cette adjonction, prirent la dénomination de Six nations. On a supputé que cette guerre avait coûté aux Tuscaroras en tués, blessés et prisonniers, environ mille hommes qui étaient Tëlite de leur population. l.es prisonniers furent abandonnés aui Indiens alliés des Caroliniens qui les réclamèrent pour en tirer prolit en les vendant. Ce fait explique le mobile du concours de certaines tribus dans ces guerres qui leur étaient étrangères '.

Une autre peuplade nombreuse plus voisine de la Caroline du Sud, devait éprouver bientôt un sort non moins cruel que celui des Tuscaroras. Les Yamassees avaient toujours vécu en lionne intelligence avec les colons, se montrant prêts en toute occasion, à se joindre â eux soit contre tes Espagnols, soit contre d'autres tribus, mais leur voisinage était trop rapproché des établissements des Caroliniens, pour ne pas ressentir à la longue et Irès-vivement toutes les injustices et les provocations de ceux-ci. L'Indien choisit le moment de sa -vengeance, et il se domine asseï pour n'en rien laisser aper-

» Hildrelh, i' vol., p. 368-269. - Carroll, 1" vol . p. 179. ■ ' Carroll, 1" rôl., p. 179. — HUdreUi, 2" vol., p. Î68 et suiv.

RAPrOKTS AVEC LES INDIENS. 361

cevoir jusqu'au jour qu'il a lixé pour lui laisser son cours. Il ne s'agissait pas seulement dans la démons! ralion qne préméditaient les Yamasseés, d'uac querelle individuelle, c'était bien au contraire une guerre de race qui allait commencer ; car ils s'étaient ligués étroitement avec les Cafawbas, les Ctierokees et les Creeks, tribus les plus puissantes du Sud, et dernièrement encore les alliés des Carolioiens contre les Tuscaroros. La mesure des torts des Européens leur paraissait comble à tous. Ils voulaient par une union étroite de toutes les confédérations, anéantir les blancs daiis lesquels ils rie voyaient plus que des ennemis acharnés cotispirant leur entière destruction. On estime que les forces des tribus confédérées pouvaient s'élever de six à sept mille guerriers au Sud, et de six cents à mille au Nord.

La guerre débuta par des déprédations et des assassinats partiels. En s' avançant de divers côtés à la fois, les Indiens détruisaient tout ce qui se trouvait sur leur passage, et ne faisaient grâce de la vie à aucun Stre de race blanche. Trop disséminés, les planteurs éloignés de la capitale ne pouvaient opposer une résistance sérieuse : ils se résignèrent tous i abandonner leurs foyers, courant en toute hâte chercher un refuge à Charleston et y aviser aux moyens de défense. L'alerte élait décourageante, car chaque réfugié qui voulait expliquer sa fuite, grossissait encore le nombre des ennemis. Cependant le gouverneur Craven homme de sang-froid et de l'ésolution qui ne partageait point la frayeur générale, se résolut à enfermer dans les forts qui défendaient la place, toute la population qu'on ne pouvait utiliser pour la lutle, et qui aurait créé des embarras de plus d'une sorte. Il proclama la loi martiale et mit l'embargo sur tous les bâtiments qui se trouvaient dans le port, alin de prévenir l'éloignemeni d'aucun des habitants. Des demandes de secours furent adressées à toutes les provinces anglaises, môme à l'Angleterre qui avait grand intérêt à la conservation des Carolines. L'idée de soli-

i.A.oc">glc

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darité était encore peu développée dans les colonies, si l'on en juge par la tiédeur avec laquelle cet appel fut répondu, La Caroline du Nord toujours tourmentée de dissensions intestines ne donna <}u'une aide peu importante. On n'en pouvait guère attendre de la Pcnsylvanie où régnait !e Quakerisme^ La Virginie ne fournit qu'une faible somme, mais Spotswood le gouverneur envoya cent quinie volontaires avec des provisions. La législature de New-York refusa tout secours, en se fondant sur ce que dans la lutte de cette province avec les Indiens du Nord, jamais la Caroline du Sud n'avait rien fait pourelle. Quant à l'Angleterre, elle se borna à l'envoi d'armes et d'objets d'équipements. En résumé, la Caroline du Sud ne disposait pour faire face ati grave danger qui la menaçait, que d'une force armée montant à douze cents hommes environ. Craven après avoir organisé sa petite troupe, se mit en marche dans la direction où il supposait pouvoir rencontrer l'ennemi, et après quelques escarmouches qui étaient comme le prélude d'une action déûsive, il arriva enfm tout prés du camp confédéré où se trouvait réuni le gros des forces alliées. A ne considérer que la masse des ennemis qu'il avait en face de lui, Craven devait plutôt craindre un grave revers, qu'espérer un succès. Mais sachant tout le prix de la discipline, il recommanda à tous ses hommes de se tenir bien serrés les uns contre les autres pour ne point se laisser entamer, et de soumettre tous leurs mouvements à son commandement absolu. Ces ordres bien compris donnaient aui Caroliniens un immense avantage sur leurs adversaires qui étaient étrangers à la tactique de la guerre, et peu exercés encore à l'emploi des armes à feu. 11 semblait que les Indiens eussent conscience de cette infériorité, car lors de l'ébranlement des masses qui engagèrent le combat, leurs guerriers poussèrent des cris sauvages et féroces, comme s'ils espéraient y trouver un auxiliaire puissant. Mais les Caroliniens très-familiers avec cette ruse, n'eu étaient point intimidés ; il

semble au contraire qu'ils y puisaient plus d'ardeur pour combattre et détruire la barbarie. L'affaire fut sanglante mais de courte durée. Les Indiens ne purent tenir pied contre la petite armée de Craven : on jeta facilement le désordre paiini eux, el les Yamassees qui étaient les promoteurs de la guerres furent rejetés sur l'autre rive de la Savannah. C'était une*xpulsîon complète de leur territoire qui fut à jamais perdu pour eus. Lesautres tribus plus à l'ouest, et qui avaient été entraînées daus celte guerre bien plus qu'elles ne t'avaient provoquée, se retirèrent sur leurs propres possessions sans crainte d'y être suivies, car les blancs ne pouvaient vouloir poursuivre trop loin les conséquences de ce succès ; il leur sufTisait d'avoir triomphé de leur voisin immédiat, pour pouvoir attendre et espérer même des propositions de paix.

Les Carolinîens ont cherché à rejeter sur la France et sur l'Espagne, l'odieux de ce soulèvement des Indiens, mais c'est une pure invention, car Spotswood gouverneur de la Virginie, qui ne resta pas étranger à la répression comme on la vu plus haut, écrivait alors au comité du commerce, « que jamais on ne parvenait à amener les Indiens à rompre avec les Anglais, à moins qu'ils n'y fussent contraints par lesprovocationsdes gens qui trafiquaient avec eux'. » La guerre contre les Yamassees fut une des plus rudes épreuves par lesquelles passa la Caroline du Sud : on estime les dommages qu'elle en éprouva à cent mille livres sterling, indépendamment d'une dette égale en billels de circulation, et sans compter les attentais individuels qui ne lui furent point épargnés.

Le résultat de cette guerre fut la confiscation du lerritoire des vaincus qu'on offrit aux émigrants d'Europe dont on voulait se faire un rempart contre les incursions des Espagnols et des Indiens de Floride. Cependant les Yamassees quoique refoulés ne laissèrent pas d'inquiéler toujours les établisse-

• flildrelh, 2"ïol., p. 216-277, et Carroll, 1" vol., p. 19f

Dotzeci!ïGoog[c

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menls européens qu'on y créa par la suite, et d'enlever les esclaves noirs qui étaient une fortune pûur leurs maîtres. Soutenus par l'Espagne avec laquelle ils avaient fait nllîancc, les Yamassees se sentaient autorises davantage encore à exercer leurs vengeances, et plus d'un Colon perdit ta vie dans les nombreuses incursions qu'ils se permettaient en Caroline. Ces alertes fréquentes et cruelles rendant presque illusoire la possession de ce territoire, le colonel Palmcr se décida à réunir une petite troupe et à envahir la Floride, pour avoir raison de tous ces méfaits. Lorsqu'il fut à la tèle de trois cents hommes composés de blancs et d'Indiens amis, il franchit la frontière et s'avança jusqu'au fort Saint- Augustin, la seule place importante de cette province. Il saccagea et incendia toutes les habitations, détruisit les l'écoiles, massacra ou fit prisoriniers beaucoup d'Indiens, et emmena avec lui tous les bestiaux qu'il put enlever. En un mot, la dévastation fut {elle, qu'il ne resta plus debout en Floride, que les propriétés protégées par les canons du fort.

. Quant aux tribus plus importantes qui s'étaient détachées de l'alliance de la Caroline, elles y furent admises de nouveau par des traités de paix difficiles quelquefois à exécuter ponc: luellement par les Indiens, sollicités qu'ils étaient par l'alliance de la France dont les établissements se rapprochaient de plus en plus des provinces anglaises '.

Mais ce qui contribua plus que tout te reste à assurer ta tranquillité de la Caroline du Sud, fut la fondation de lu Géorgie dont jevais parler, et plus lard, la cession de b Floride par l'Espagne à l'Angleterre. Il semblait que cette dernière puissance ne fli jamais trop pour contribuer à la sécurité de ses colonies du sud à cause des immenses ressources . qu'elles présentaient, et donl les habitants ne devaient recueillir qu'une faible pari, suivant la politique très-connue de la métropole.

i Carroll, !" vol., p. 211-273.

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