LA FRANCE
déjà produits entre les deux gouvernements,
presque à l'insu du grand public, dans le cours de l'été de 1834. Puis
Wellington avait, trois mois durant, géré le Foreign Office. Il avait, sans
succès, essayé de modifier l'orientation de la politique espagnole de
l'Angleterre, offert aux factions qui se disputaient la péninsule d'exercer
entre elles une sorte d'arbitrage impartial. II avait offensé l'opinion libé-
1. La reine au roi Léopold, 2ô novembre 1839; au prince Albert, 27 novembre 1839 (The Letters of Queen Victoria, vol. I, pp. 250, 252; trad. fr., vol. I, pp. 296, 298.
2. La reine au prince Albert, 8 décembre 1839 (The Letters of Queen Victoria, vol. L p. 254; trad. fr., vol. L P- 300).
3. Mémorandum d'Anson, 15 janvier 1841 (The Letters of Queen Victoria, vol. I, p. 322; tr. fr., vol. I, p. 384).
4. Voir le mémorandum d'Anson, 28 mai 1840 (The Letters of Queen Victoria, vol. L p. 283; trad. fr., vol. l, p. 336). Anson note que Stockmar tient l'influence de la dame de compagnie de la reine, la baronne Lehzen, pour responsable de cette attitude.
5. A son père, août 1840 : Victoria allows me to take an active part in Foreign Affairs, and I think I hâve done some good. I alwa3's commit my views to paper, and then communicate them to Lord Melbourne. He seldom answers me, but I hâve the t;atisfactionof seeinghim act entirely in accordance witli what Ihave said (Sir Th. Martin, Life of his Royal Highness the Prince Consort, vol. I, p. 95 n.).
raie en nommant à l'ambassade de Saint-Pétersbourg Lord Londonderry, le plus provocant des tories. Aurait-il rendu meilleurs ou pires les rapports de son pays avec la France? Il était tombé du pouvoir; lord Palmerston en avait repris possession. Et c'est un fait que, celui-ci étant ministre, les rapports avec la France avaient constamment empiré.
Sur tous les points du globe, des conflits avaient éclaté. En Amérique, la politique française était très active; et à Buenos-Aires, au Mexique, les amiraux français avaient procédé, en 1838, par voie d'ultimatum pour défendre les intérêts de leurs nationaux. En 1839, la flotte française avait bloqué la côte mexicaine, bombardé Vera Cruz ; et, les Américains ayant appelé lord Palmerston au secours de leurs « droits naturels » menacés, le gouvernement anglais avait fini par s'entremettre entre le Mexique et la France ^. Il en était du Vieux Monde comme du Nouveau Monde, avec cette difl'érence qu'ici les conflits anglo-français étaient en quelque sorte plus directs. Partout où il y avait guerre civile, un des deux partis était la faction française, et l'autre la faction anglaise. C'est ce qui arrivait en Grèce, où la France était accusée par l'Angleterre de faire de la propagande révolutionnaire quand le parti anglais était au pouvoir, le reproche étant retourné par la France contre l'Angleterre quand le parti français avait pris le dessus^. Et c'est ce qui arrivait aussi en Espagne, où il semblait que, traditionnellement, la politique française dût s'opposer à la politique anglaise.
L'exécution des clauses de la Quadruple Alliance ofl'rait des difficultés pour le gouvernement britannique. En vertu de l'article 3 du traité, il devait coopérer « par l'emploi de ses forces navales » à l'expulsion des troupes carlistes et miguelistes; et dans les articles additionnels du mois d'août il n'avait été encore question que d'armes, de munitions, et de vaisseaux de guerre. Mais quelle pouvait être l'efficacité de la flotte anglaise contre les bandes carlistes qui guerroyaient en Navarre et dans le pays basque? Et comment obtenir du Parlement britannique que, passant outre à la stricte application du traité, il consentît à faire les frais d'une expédition militaire en règle? Lord Palmerston, comme jadis Canning, recourut à des expédients.
De l'infanterie de marine fut débarquée, en nombre disproportionné avec l'importance de la flotte. Un Order in Council, suspendant l'opération du Foreign Enlistment Ad, autorisa dix mille Anglais volontaires,, auxquels le gouvernement de Londres donna des armes, à s'en aller