‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 103 sur 158 · Ann. Règ., 1838, pp · texte numérisé non relu

Ann. Règ., 1838, pp

2. Duvergier de Hauranne, De l'alliance anglo-française et de l'ouverture du Parlement (Revue des Deux Mondes, 15 février 1841 ; vol. XLVII, pp. 474-5).

prendre en Elspagne, contre don Carlos, la défense de la monarchie constitutionnelle ^. De Lacy Evans, membre radical du Parlement et colonel en demi-solde, commanda cette troupe d'aventuriers qui, mal équipée, mal nourrie, décimée parla maladie, jetée au milieu des horreurs d'une guerre civile espagnole, alla de déboire en déboire '^. Il y avait bien encore pour le ministère anglais un dernier expédient à employer pour intervenir en Espagne sans violer ouvertement le principe de non-intervention; et c'était d'encourager l'intervention armée d'une tierce puissance, dans l'espèce la France, comme l'article 4 de la Quadruple Alliance permettait de le faire. Mais on se heurtait alors à d'autres difficultés. Le parti constitutionnel, en Espagne, s'était scindé en deux factions rivales. L'une, modérée, et dont le programme ressemblait à ce qu'on appelait à Paris le programme de la résistance, avait pour chef le comte Torreno, et prenait son mot d'ordre à l'ambassade de France. L'autre, plus démocratique, et qui rappelait le parti français du mouvement, marchait d'accord avec lord Palmerston et son ambassadeur à Madrid. De sorte que, lorsque la question d'une action militaire française en Espagne était soulevée, le concert anglo -français était impossible. Si Londres donnait à Paris, comme en 1836, l'avis d'intervenir, Paris disait non. Si c'était un ministre français qui proposait d'organiser une expédition, comme en 1835 ou en 1840, Lord Palmerston décourageait cette initiative.

On est en conséquence tenté de croire, à pre-- LORD PALMERSTON mière vue, que ces conflits entre les deux grandes

ET LOUIS-PHILIPPE. . .^. ... • 4. • - -^^ u,

Tir /-r>xrorr^ crr^z^ puissauccs maritimcs étaient mevitables, et

j^£ 283g que l'entente cordiale établie entre les deux

gouvernements avait quelque chose d'artificiel et de précaire. Cette entente allait cependant renaître après 1840; elle devait se transformer, une quinzaine d'années plus tard, en une alliance militaire effective. Il faut donc admettre qu'elle répondait, au milieu du xix^ siècle, en dépit de tant de frottements, à quelque besoin permanent, et que ce fut l'action de circonstances accidentelles qui la dérangea aux approches de 1840. La brouille eut pour cause immédiate une lutte

1. H. of C, 26 février 1836 : discours de lord Palmerston et de Sir Robert Peel {ParL Deb., 3rd ser., vol. XXXI, pp. 993 sqq., 1005 sqq.); H. of C, 10 mars 1837 : discours de lord Rlalion (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXVII, pp. 223 sqq.).

2. Ann. Reg., 1836, pp. 354, 399; 1837, p. 206, — H. of C. 17-18, 19 avril 1837; H. of L., 21 avril 1837 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXVII, pp. 1329 sqq., 1394 sqq.j XXXVIII, pp. 1 sqq., 21 sqq.).

d'amour-propre et de prestige qui s'était engagée depuis 1834 entre deux personnalités : Louis-Philippe et lord Palmerston.

Lord Palmerston voulait que, dans l'entente anglo-française dont il était l'auteur, l'Angleterre fût maintenue, autant que possible, au premier plan, et que cette entente offrît aux yeux du monde l'aspect d'une protection accordée par l'Angleterre à la France ^ Talleyrand n'était point fait pour se plier à l'arrogance de lord Palmerston, ni pour flatter sa vanité: il se considérait comme étant un assez grand personnage pour traiter d'égal à égal même avec des princes. Il n'est d'ailleurs pas impossible qu'il ait poursuivi secrètement le rêve de réaliser une seconde fois son chef-d'œuvre diplomatique de 1815, l'alliance de la France, de l'Angleterre et de l'Autriche : et c'était un rêve en effet, tant que les whigs et lord Palmerston restaient au pouvoir. D'où les difficultés auxquelles nous avons fait allusion, et le départ de Talleyrand au mois de septembre 1834. Talleyrand n'eut point de peine à faire partager par Louis-Philippe les sentiments de défiance et de haine que lord Palmerston lui inspirait. Car le système anglais, pour des raisons de politique intérieure et d'intérêt dynastique, pesait au roi des Français. Celui-ci était las de se faire partout, à la suite de lord Palmerston, le patron des révolutionnaires qui à Paris menaçaient son trône. Il aspirait à se rapprocher des puissances du Nord, et faisait à l'Autriche des avances que Metternich, heureux de voir se desserrer l'entente franco-anglaise, s'attachait à encourager. Lord Palmerston montrerait donc à Louis-Philippe, puisque celui-ci se refusait à comprendre les avantages de l'alliance anglaise, qu'il poursuivait une chimère s'il croyait pouvoir substituer un système autrichien au système anglais, ou même seulement compléter, balancer l'un par l'autre.

Il le fit avec un plein succès. Le souvenir de la crise révolutionnaire qui avait, après 1830, tourmenté les deux grandes nations occidentales, commençait à devenir lointain. La monarchie de Louis-Philippe, maintenant réactionnaire, n'éveillait plus chez les libéraux anglais les mêmes sympathies instinctives. L'Angleterre, moins absorbée par les problèmes de la politique intérieure, se montrait plus inquiète de savoir si son expansion sur les mers n'était pas menacée par la concurrence française. Lord

1. Lord Palmerston à lord Melbourne, l^r mars 1836 : ... When Ancillonand Metternich complain of this division of Europe into two camps that which they really complain of is, net the existence of two camps, but the equality of the two camps. The plain Enghsh is that they want to hâve England on their side against France, that they may dictate to France, as they did in 1814 and 1815; and they are provoked beyond measure at the steady protection which France has derived from us. But it is that protection VJhich has préservée the peace of Europe (Lord Melbourne's Papers, pp. 339-340).

Palmerston prit de plus en plus goût, mit de plus en plus de zèle à la gestion de son ministère. Il retrouva, à la Chambre des Communes, ses succès oratoires de 1829 et de 1830; et le Parlement, impressionné par l'imperturbable confiance en soi dont il faisait preuve, prit l'habitude de s'en remettre aveuglément à lui pour diriger la diplomatie nationale. Ne nous étonnons pas qu'avant d'entrer en pleine possession de ses talents, il ait laissé tant d'années s'écouler. Dans un État démocratique, il faut qu'un homme politique commence par déployer toutes ses ressources pour parvenir aux plus hautes charges de l'État. Dans un État aristocratique, constitué comme l'était l'Angleterre au début du xix® siècle, c'est le hasard des circonstances et de la naissance qui, dès sa jeunesse, le place à la tête d'un département ministériel : à lui, par l'exercice même des fonctions qui lui ont été attribuées, de savoir s'en rendre capable. Le moment était arrivé où lord Palmerston, après de longues années d'apprentissage, passait enfin maître. Il vieillissait : en 1839, « Cupidon )i prit femme. Après l'âge des plaisirs, l'âge du labeur politique, des grandes ambitions, était venu pour lui.

La question belge lui fournit l'occasion de donner à Louis-Philippe une première leçon. Le « Traité des vingt-quatre articles » avait, en 1831, tout en consacrant l'indépendance belge, laissé à la Hollande la majeure partie du Luxembourg, la majeure partie du Limbourg, et la ville de Maestricht. Léopold, non sans protester, avait accepté le traité; c'est le roi de Hollande qui avait refusé de le signer. En 1838 celui-ci se ravisa brusquement et réclama l'exécution des clauses du traité. Léopold protesta de nouveau, allégua que les circonstances n'étaient plus les mêmes qu'en 1831, puisque le roi des Pays-Bas avait laissé tomber le traité en désuétude et que depuis six ans le gouvernement belge administrait les territoires contestés à la pleine satisfaction des habitants. Il demanda en conséquence la revision du traité, et compta, pour faire prévaloir sa demande, tant sur Louis-Philippe dont l'appui lui était acquis avec l'approbation bruyante de la presse parisienne, que sur Victoria sa pupille, qui venait de monter sur le trône. Mais Victoria refusa de se laisser conseiller par son oncle ^ et lord Palmerston opta pour la thèse hollandaise qui était approuvée par les cours du Nord. Le gouvernement français, complètement isolé, finit par s'incliner, au mois de décembre 1838.

1. Le roi des Belges à la reine Victoria, 24 novembre 1838; lord Melbourne à la reine Victoria, 2 décembre 1838; la reine Victoria au roi des Belges, 5 décembre 1838; la reine Victoria au roi des Belges, 7 février 1830. 9 avril 1839; le roi des Belges à la reine Victoria, 19 avril 1839; la reine Victoria au roi des Belges, 30 avril 1839 (The Letters of Queen Victoria, vol. L, pp. 170, 172, 183, 190. 192, 193; trad. fr., vol. l, pp. 197, 198, 200, 214, 222, 224, 227).

Ainsi, sur cette question belge, dont la solution avait en 1831 scellé l'entente franco-anglaise, lord Palmerston se séparait de Louis-Philippe et se rapprochait ostensiblement, contre lui, des cours du Nord. C'était le retour à 1815, le triomphe de la politique de la Sainte-Alliance, par l'œuvre d'un ministère whig. C'était en même temps la victoire en Angleterre du parti protestant sur le parti cathohque. On remarquait en effet que, par une curieuse coïncidence, les insurgés du monde entier, clients du parti libéral avancé, en Irlande, en Belgique \ en Pologne, au Canada, à Terre-Neuve aussi ^ étaient catholiques. Dans la Prusse rhénane, l'archevêque de Cologne était en guerre ouverte avec le roi de Prusse; et il y avait en Belgique un parti pour favoriser la constitution d'une « Confédération Belgo-Rhénane » qui aurait fondu en un seul bloc les catholiques belges et les catholiques rhénans ^. En France même, les blancs frater-

1. Times, 12 janvier 1836 : ... Well, hère are the three great strongholds of Poperj' surrendered (Spain, Portugal, France); the West of Continental Europe is free, save oiily Belgium, where the priestly tyranny has been kept aUve, as in Ireland it has been reinforced, and exalted.... Neither in Belgium nor in Ireland is the priest obstructed by the genius of mihtary governmeîit, which in France, Prussia and Austria, keeps him to his good behaviour, — it is a worlhy rival to its sister tyranny. If we would proraptly put down the evil, brute force is, in such cases, a not un fit teacher of brute intelligence.

2. Sur les affaires de Terre-Neuve, voir H. of C, 12 décembre 1837 : discours de Hume (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXIX, pp. 978 sqq.).

3. O'Connell prit la défense des catholiques rhénans ; et le roi de Prusse fut si inquiet de l'attitude que l'opinion anglaise pouvait adopter à l'égard de cette question qu'U dépêcha à Londres un envoyé spécial pour éclairer l'opinion protestante. Ce fut le baron von Bunsen, théologien et homme politique : voir ses Memoirs, vol. I, pp. 465 sqq. Bunsen inspira les deux articles parus sur cette question dans le Qiiarterly Review (en janvier 1839, art. iv. Papal Conspiracy. Archbishop of Cologne; vol. LXIII, pp. 88 sqq. : excellent article, très documenté), et dans le Foret gn Quarlerly Review, janvier 1839, art. I. The Archbishop of Cologne, Prussia, and iîo/ne; vol. XX II, pp. 231 sqq.), — Memoirs of baron Bunsen, vol. I, p. 499 : lettre à sa femme, s. d. (début 1837).... Lord Melbourne complained of me at Lord Holland's saying, > Bunsen is setting up the country against us — his article in the « Quarterly » is in everybody's hands, and makes people mad », Biilow endeavoured to soothe him, saying « that / had not written it, that the article was good and true, and he, Melbourne, would ruin himself and colleagues by opposing its cause ». Melbourne thereupon • oftened and added, « Ail theyoung people are growingmad upon rehgion ». — Cf. Grevillc Memoirs, 11 mai 1838 : Stanley thinks the peace of Europe willbe disturbed, and that speedily.by the great antagonistic forces of religion growing out of the Prussian dispute; between the Court of BerUn and the Archbishop of Cologne ; this he told me the other day, and said people were little aware of what a religions storm was brewing.... — Et lord Stanhope, Conrersafions with Wellington, p. 179, à la date du 7 octobre 1839 : Popery and Protestantism hâve changed sides as to their social relations. At the outset Protestantism took the side of popular claims. Popery, on the other hand, ranked itself with the monarchical institution — with the aristocratical institution — with the institution, in short, of conse-vatism. The scène has now changed.... It is remarkable that the Papal government, which rejects democracy and the voluntary principle in its own Italian States, readily encourages and avails itself of them elsewhere for the extension of its influence and power. — V. aussi l'affaire, pour laquelle l'opinion anglaise se passionna, de la persécution autrichienne des prolestants du Zillerthal : Ann. Reg., 1838, pp. 468 sqq.; et Quarterly Review, juin 1839, art. vi. Popish Persécution in the Tyrol. — The Evites of Zillerthal (vol. LXIV, pp. 120 snq.).

misaient avec les rouges, et travaillaient, en haine de Louis-Philippe, à l'avènement de la République démocratique. En Angleterre donc, aux yeux de cette bourgeoisie conservatrice dont sir Robert Peel, mieux que tout autre homme d'État, exprimait la philosophie, le catholicisme apparaissait comme étant une religion à la fois démagogique et réactionnaire, la religion des foules superstitieuses et ignorantes; le protestantisme était, par contraste, la religion de la décence, de la sagesse et de la modération. Or voici que le parti whig, classé depuis le début du siècle comme étant en Angleterre le parti « catholique », trahissait la Pologne, proclamait l'état de siège au Bas-Canada, plaçait de nouveau les catholiques du Luxembourg et du Limbourg sous un gouvernement calviniste.

AFFAIRES D'ORIENT. Louis-Philippe venait de recevoir un premier RAPPROCHEMENT avertissement. Il allait subir en Orient une

ANGLO-RUSSE ET leçon plus sévère. La crise éclata lorsque, le

QUADRUPLE TRAITÉ 21 avrU 1839, l'armée turque franchit l'Euphrate, ANTIFRANÇAIS menaçant de couper vers Alep les communica-

tions terrestres de l'armée égyptienne d'Ibrahim Pacha, campée à Adana sur la rive septentrionale du golfe d'Alexandrette.

La déclaration de guerre du sultan Mahmoud au pacha avait été approuvée, conseillée par l'ambassadeur d'Angleterre auprès de la Porte, lord Ponsonby. Mais il ne faut pas croire que, lorsqu'il encourageait Mahmoud, lord Ponsonby ait été tout d'abord l'interprète de la pensée de lord Palmerston. Cet excentrique, d'une indolence et d'un autoritarisme également incroyables, considéré par tout le corps diplomatique comme aux trois quarts fou, avait été nommé sous la pression de la coterie de lord Grey^ dont il était le beau-frère\ Le premier secrétaire, en revanche, Henry Bulwer, qui venait de servir avec zèle en Espagne la politique de lord Palmerston, se montrait en somme favorable à la cause de Méhemet Ali^. Lord Palmerston, très indécis, accepta d'abord la proposition faite par la France d'un accord entre l'Angleterre, la France, l'Autriche et la Prusse pour s'interposer entre les belligérants et maintenir le statu quo dans le Levant. Non que déjà il n'y eût commencement de désaccord

1. Grcuille Memoirs, 18 juin 1837. — Voir une version différente, d'ailleurs suspecte, dans les Réminiscences of William IV. Correspondence between Lord Ponsonby and Mr. Urquhart, 1S33 io 1836, p. 4.

2. H. L. Bulwer à lord Palmerston, 28 août 1838 (Sir H. L. Bulwer, The Life of lord Palmerston, Book xii; éd. Tauchnitz, vol. lï, p. 247).

entre Londres et Paris. Londres demandait à l'Egypte d'évacuer la Syrie moyennant la constitution de l'hérédité de l'Egypte dans la famille du pacha; Paris désirait que la Syrie demeurât égyptienne. Mais pour l'instant lord Palmerston se gardait d'insister; et c'était le vieux système de Talleyrand, le système autrichien, repris par Louis-Philippe, qui paraissait triompher.

Les nouvelles émouvantes se succédèrent à Londres et à Paris. On apprit coup sur coup, dans le courant de juillet, la mort de Mahmoud, l'anéantissement de l'armée turque à Nezib^ la défection de la flotte turque passant tout entière au pacha. Lord Palmerston restait perplexe, et l'objet de sa perplexité, c'était la Russie, dont l'intervention armée paraissait inévitable. Pour les trois gouvernements de Paris, de Londres et de Vienne, le moment était venu d'interroger l'empereur Nicolas.

L'opinion anglaise hésitait, depuis 1815, entre deux haines nationales : la haine de la France et la haine de la Russie. Mais la haine de la Russie avait, après 1830, nettement pris le dessus. Car si le vieux parti tory restait antifrançais, les libéraux affectaient de tourner en dérision ses défiances et ses craintes, tandis que la Russie réconciliait contre elle conservateurs et libéraux. Ceux-là redoutaient, dans le Levant, en Perse, en Afghanistan, les agrandissements de l'empire russe. Ceux-ci redoutaient pour l'Europe libérale la menace de l'influence russe. Partout les russophobes dénonçaient le péril, prédisaient la guerre imminente : Dudley Stuart n'alla-t-il pas, dans un grand discours prononcé aux Communes, jusqu'à présenter le Zolluerein prussien comme une machination de la Russie pour étendre, par l'intermédiaire du gouvernement de Berlin, sa domination sur l'Allemagne tout entière^? La cour était animée des mêmes sentiments; et le vieux roi Guillaume était au même degré gallophobe et russophobe. Un ancien agent diplomatique tombé en disgrâce, David Urquhart, qui avait mis ses talents de publiciste

1. H. of C, 19 février 1836 {Pari. Deb., 3rd ser., voL XXXI, pp. 614 sqq.). — Cf. The Portfolio (de D. Vrquhart), vol. I, 1836 : Memoir on the means of maintaining tranquillity in tiie Interior of Germany in tlie event of War with the Exterior, drawn up at the désire of the King of Prussia by Count BernstorJï, 20 janvier 1831; pp. 3, sqq.; — Memoir on the State and Prospects of Germany, drawn up under the Direction of a Minister at St. Petersburgh, confidentially comiuunicated to several of the German Governments.pp.57,115; — et les observations de Urquhart sur ce mémoire, pp. 49 sqq. : v. en particulier p. 55 : Russia ... Supports Prussia until the « Comnxercial League » is eflected, but that league is to be in a state of transition. It must speedily pass into lier Dictatorship of Germany, through the struggle of the two great Monarchies, she, through the German Diet, stepping into this intermediary position of suprême control and direction. — Cf, Cargill (Wni. ). An Examination of the Origin, Progrcss, and Tendency of the Commercial and Political Confédération against England and France, called the « Prussian League », 184Q.

au service des ennemis de la Russie, était peut-être l'agent de la politique personnelle de Guillaume IV ^.

Or David Urquhart accusait lord Palmerston de poursuivre secrètement une politique d'entente avec la Russie; et pour forcenées que fussent les attaques dirigées par Urquhart contre le ministre, peutêtre n'étaient-elles pas absolument injustifiées. Depuis le moment où, en 1832, lord Palmerston, malgré l'émancipation belge, avait obtenu du Parlement que l'Angleterre continuât de payer à la Russie sa part de l'emprunt russo-hollandais, et envoyé lord Durham en mission spéciale à Saint-Pétersbourg pour chercher une formule d'accord, on l'avait vu soit en Pologne ^, soit dans le Levant ', soit même en Perse, adopter vis-à-vis de l'empereur Nicolas une politique conciliante. Et l'on en conçoit bien les raisons. Il ne fallait pas laisser l'Angleterre diplomatiquement isolée, dans le cas où Louis-Philippe desserrerait les liens de l'entente; il ne fallait pas donner à Louis-Philippe l'impression que l'Angleterre libérale avait de l'alhance française le même besoin que lui-même de l'alliance anglaise. La tâche était d'ailleurs difficile à remplir en raison de l'état de l'opinion anglaise que nous venons de définir, en raison des dispositions de la cour de Russie où lord Palmerston était détesté, en raison des intrigues russes en Afghanistan, en raison de la menace russe qui pesait sur Constantinople. Sans doute, une alHance positive de la France et de la Russie n'était plus à redouter depuis la révolution de juillet. Mais si le pacha d'Egypte, client de la France, s'agrandissait en Syrie, et si l'empereur Nicolas occupait militairement la Turquie sous prétexte de la protéger, tout ne se serait-il point passé dans le Levant comme s'il y avait entente de la France et de la Russie, au détriment des intérêts et du prestige anglais?

Au lieu de s'appUquer à ce que les démarches de la France et de l'Angleterre à Saint-Pétersbourg fussent concertées, lord Palmerston envoya lord Clanricarde conférer directement avec M. de Nesselrode, au grand déplaisir du gouvernement français *. Son anxiété, qui était grande, commença à diminuer le jour où il apprit, le 17 août, que l'agent russe à

1. Voir dans les Réminiscences of William IV,Correspondence between Lord Ponsonby and Mr Urquhart, 1S33 to 1836, pp. 71, 78-9, 86 sqq., pour les rapports d'Urquhart avec Sir Herbert Taylor.

2. Sur l'attitude de lord Palmerston lors de la destruction de la république de Cracovie, v. H. of C, Ui mars 1838 {Pari. Dcb., 3rd ser., vol. XXXII, pp. 403 sqq...

3. Surlaflaire du bateau « The Vixen», qui fit tant de bruit et brouilla Urquhart avec lord Palmerston, v. H. of C, 17 mars 1837 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXVII, pp. 621 sqq.); et : British Diplomacif illustraled in the affair of the « \ixen », addressed to the commercial constitncnc!/ of Great Britain. By an old diplomatie servant, 2d éd., 1838.

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