Pol. Reg., 26 février 1831 (vol. LXXL pp
3. Voir l'article intitulé « My Triumph : to the readers of the Register on the Destruction of the Boroughmongers, Pol. Reg., 5 mars 1831 (vol. LXXI, pp. 624 sqq.).
4. « To the People of Preston. On the Parliamentary Ref orm now under discussion, and on the Conduct of the Preston Cock with regard to tlïe JNIeasure (Pol. Reg., 12 mars 1831 ; vol. LXXI, pp. 661 sqq). — V. en particulier p. 662 : This measure is one the adoption of which will forra a really new era in the afïairs of England, aye, and of the world too : it will produce greater effects than any that has been adopted since the « PROTESTANT REFORMATiox » : it will bc callcd... «THE REFORM », as thc change nxade in the time of Henry VIII is called « the reformation «, and as that made in 1688 is called « the révolution i.
fut poursuivi. Le bill était présenté par lord John Russell comme devant doubler le nombre des électeurs, le porter de cinq cent mille à un million * : ainsi la « Réforme »> anglaise, provoquée par l'exemple de la « Révolution » parisienne, s'annonçait comme devant être, à certains égards, plus audacieuse que cette Révolution. Le bill abolissait radicalement, avec les corporation boroughs, le scandale des freemen non résidents. Il supprimait d'un coup tous les nomination boroughs. C'était assez pour justifier l'enthousiasme général. Dans toutes les villes, dans tous les comtés, se tinrent de grands meetings en faveur de la Réforme; et ce ne furent pas seulement des libéraux, ce furent aussi des tories qui y prirent part. Le roi, heureux de voir le radicalisme révolutionnaire comme noyé dans ce grand mouvement d'opinion, se réjouit de la décision qu'il avait prise^. Les ministres eurent l'impression qu'ils avaient derrière eux la nation tout entière.
Les tories firent, à la Chambre des Communes, aussi bonne contenance que possible. Sur la motion de lord John Russell, les débats durèrent huit jours. Les orateurs de l'Opposition alléguèrent que supprimer sans indemnité les nomination boroughs, c'était faire œuvre antisociale, ébranler le droit de propriété ^. Ils contestèrent que le bill offrît les caractères d'un règlement définitif. Chaque fois que la distribution de la population changerait, il faudrait changer la distribution des sièges; et déjà le bill, avant même d'être voté, était périmé, puisqu'il se fondait sur les résultats d'un recensement vieux de dix ans*. Ils insistèrent sur le fait que le système anglais de représentation était essentiellement un système de
1. H. o(. C, 1 mars 1831 (Pari Deb., 3rd ser., vol. U, p. 1 083). — Il prévoj-ait exactement un accroissement de 455 000 électeurs : 110 000 pour les bourgs déjà pourvus d'une représentation, 50 000 pour les nouveaux bourgs, 95 000 pour Londres, 60 000 pour l'Ecosse, 40 000 pour l'Irlande. 100 000 pour les comtés. Le nombre des électeurs étant approximativement, avant 1832, de 435 000 pour l'Angleterre, 3 600 pour l'Ecosse, 25 000 pour les comtés irlandais (nombre des électeurs dans les bourgs irlandais, indéterminable), on arrive à un nombre d'électeurs certainement inférieur de plusieurs milliers à 500 000. En fait l'accroissement du nombre des électeurs fut, moins grand que lord John Russell ne l'avait prévu (à Londres, par exemple, un accroissement de 44 000 seulement au lieu de 95 000 : H. of C, 18 avril 1836, discours de Duncombe; Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXII, pp. 1170); et le nombre des électeurs fut au total, de 813 000 seulement. Cela déjà était considérable. Pour fixer les idées, rappelons qu'à la suite de la Révolution de Juillet le cens électoral fut simplement abaissé en France de 300 francs à 200 francs. D'où, pour 31 000 000 habitants, 160 000 électeurs. Un électeur pour 200 habitants. En Angleterre, pour 24 000 000 habitants, 800 000 électeurs. Un électeur pour 30 habitants.
2. Le roi à lord Grev, 3 mars 1831 (Correspondence of Earl Grey with William IV..., vol. I, p. 136).
3. H. of C, 2 mars 1831, discours de H. Twiss, de lord Darlington; 22 mars 1831, discours de SU: James Scarlett (Pari. Deb., 3rd ser., vol. II, pp. 1130, 1177; vol. II, pp. 771 sqq.).
4. H. of C, 2 mars 1831, discours de C. B. Wall; 7 mars 1831, discours du colonel Sibthorp (Pari. Deb., 3rd ser., vol. II, p. 1171; vol. IH, p. 123).
représentation « variée >• ^ Ici le droit d'envoyer des représentants au Parlement appartenait au patron aristocratique d'un bourg fermé ; ailleursil appartenait à tous les contribuables, et parfois même, comme à Preston, à tous les habitants. Le nouveau bill était un bill de nivellement. Il créait, dans toutes les circonscriptions du royaume, deux classes légales, l'une située au-dessus, l'autre située au-dessous d'un certain niveau de fortune : celle-là jouissant, celle-ci ne jouissant pas de ses droits politiques-. A la vieille constitution, dont tous les contours étaient brouillés, ii substituait une constitution nouvelle, dont le plus grave défaut était d'être trop bien dessinée. En haut, une Chambre des Lords aristocratique; un peu plus bas, une Chambre des Communes bourgeoise ; tout en bas une plèbe dépourvue de franchises politiques. Régime périlleux pour l'ordre social. Au moment où la France essayait — on vendait bientôt avec quel succès — d'effectuer une révolution à l'anglaise pour la défense de ses privilèges constitutionnels contre les empiétements de l'absolutisme, l'Angleterre effectuait une réforme doctrinale, imitée des méthodes françaises. A la première crise économique, les pauvres se dresseraient contre les riches; et c'en serait fait, ce jour-là, de la monarchie, de l'aristocratie, et de la classe moyenne elle-même.
Bien peu cependant, parmi ces orateurs, se faisaient des illusions sur le succès possible d'une opposition intransigeante. Bien peu osaient s'en tenir au point de vue de Wellington et disconvenir qu'une réforme, au moins modérée, fût devenue nécessaire. Sir Robert Peel, en particulier, était très net à cet égard '. Lord John Russell fut, le 9 mars, autorisé à
l.H. of C, 3 mars 1831 : discours deRaring (PaW. JDeft., 3rd ser., vol. II, pp. 1305 sqq.).
2. H. of C, 3 mars 1831 : discours de Sir Robert Peel (Pari. Deb., 3rd ser., vol. II, pp. 1336, 1346). — Cf. 18 avril 1831 : discours de M. T. Sadier (vol. III, p. 1559). Avec ce résultat bizarre que la Réforme aboutit à réduire le nombre des électeurs dans un certain nombre de circonscriptions. Encore ne faudrait-il pas sur ce point forcer les choses. Il est vrai qu'en fin de compte le nombre des électeurs se trouva diminué dans quarante-trois bourgs anglais et gallois, sur cent cinquante-six qui conservèrent leur représentation. Mais, sur ces quarante-trois bourgs, vingt-sept bourgs anglais et trois bourgs gallois étaient, avant le Reform Ad, des corporation boroiighs : la réduction du nombre des électeurs tint à la suppression du droit de vote des freemen non résidents dans l'immense majorité des cas, et par exemple à Canterbury, où le nombre des électeurs tomba de 2 325 à 1 511; à Douvres, où il tomba de 2 385 à l 651; à Gloucester où il tomba de 1 900 à 1 527; à Lancaster où il tomba de 4 000 à 1 109; à Maldon où il tomba de 4 000 à 716; à Sudbury où il tomba de 1 000 à 509: à York où il tomba de 3 750 à 2 873. Pour ce qui est des treize autres bourgs, et si on néglige les cas où le nombre des électeurs, faible avant la Réforme, demeura faible ensuite, ne variant que de quelques dizaines, on ne trouve que deux cas où une réduction notable du corps électoral est manifestement due au caractère non démocratique de la nouvelle franchise. A Preston, qui était théoriquement un bourg de suffrage universel, le nombre des électeurs passa de 7 500 à 6 352. A Westminster, qui était un bourg de scot and lot, il passa de 16 000 à 11 576 {Return of the number of eledors..^ in the years 1815, 1.S30, 1832-3 and 1859-60, 1860).
3. H. of C, 16 décembre 1830 {Pad. Deb., 3rd ser., vol. I, p. 1227); 3 mars 1831
introduire son bill, sans que l'Opposition osât se compter. Le 14 mars, la Chambre des Communes adopta le bill, en première lecture, à mains levées. Lorsqu'enfin, le 22 mars, l'Opposition, en deuxième lecture, vota contre le bill, le ministère obtint une majorité d'une voix — trois cent deux voix contre trois cent une.
Ce résultat mécontenta les plus violents parmi les tories. Ils reprochèrent à Sir Robert Peel, qui de nouveau se trouva en butte à la malveillance de son propre parti \ de n'avoir point provoqué, dès le début du mois, un vote hostile au ministère. Et cependant, pouvait répondre Peel, le ministère mis dès le mois de mars en minorité, c'était la dissolution inévitable, une crise révolutionnaire peut-être, des élections désastreuses certainement. Au contraire, le ministère, conservant une majorité, mais une majorité d'une voix seulement, était condamné à poursuivre la discussion du Reform Bill, et à la poursuivre dans de détestables conditions. Que resterait-il du bill de lord John Russell après un ou deux mois de débats, article par article?
Le 18 avril, à la rentrée des vacances de Pâques, lord John Russell rapporta son bill légèrement revisé ^. Cinq bourgs qu'on avait privés de toute représentation gardèrent un membre. Sept bourgs auxquels on avait enlevé un représentant en gardèrent deux. Sept bourgs additionnels obtinrent un représentant, pendant que Halifax, par voie de compensation, n'en avait plus qu'un au lieu de deux. Huit comtés dont il n'avait pas été question en mars eurent trois représentants au lieu de deux. Quelques retouches furent en même temps apportées à la définition de la franchise. Les enfants actuellement vivants des freemen résidents se la virent maintenir pour le jour où ils atteindraient leur majorité; et pareillement les apprentis actuels, pour le jour où ils deviendraient freemen à leur tour. La franchise des comtés fut étendue à deux nouvelles catégories de leaseholders : toute extension du droit de suffrage dans les campagnes était bien vue de l'Opposition tory. Dans les bourgs, la franchise des 10 1. fut accordée à l'occupant d'un magasin ou d'un comptoir (warehouse, counting-house), et non plus seulement d'un domicile : par où se trouvait constitué, sous l'apparence d'une
{Pari. Deb., 3rd ser., vol. III, p. 1337); 24 mars 1831, discussion du bill irlandais (Par/. Deb., 3rd ser., vol. III, p. 912).
1. Croker à lord Hertford, 22 mars 1831 : Peel cornes to me very often and kindly. He is sore perplexed. I suppose his conscience tells him that he is tlie primary cause of ail the mischief (Croker Papers, vol. II, p. 112). — Greville Memoirs, 24 mars 1831 : I continue to hear great complaints of Peel — ■ of his coldness. incommunicativeness and deficiency in ail the qualities requisite for a leader, particularly at such a time. There is nobody else, or he would be deserted.... — -Cf. ibid., 18 mars 1831.
2. H. of C, 18 avrU 1831 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. III, pp. 15 sqq.).
disposition plus libérale, un droit de vote plural à l'usage des capitalistes qui possédaient, outre une maison d'habitation, un magasin ou des bureaux. Mais il apparut tout de suite que ces modifications étaient insuffisantes pour fortifier la situation parlementaire du ministère : et déjà Sir Robert Peel avait obtenu que le ministère permît de mettre aux voix la question de savoir pourquoi, tandis qu'on augmentait le nombre des représentants d'Irlande et d'Ecosse, on abaissait d'une trentaine le nombre des membres anglais et gallois ^. Question doublement habile. D'une part, les tories semblaient pressentir la faiblesse future du parti whig; dans un pays constitué par 1' « union » de trois royaumes distincts, il serait de bonne guerre d'exploiter, contre les tendances irlandaises ou écossaises du parti populaire, le patriotisme de l'Angleterre proprement dite. D'autre part, les ministres avaient expressément déclaré qu'ils consentaient à relever le nombre des membres prévus par son bill, à condition que le relèvement profitât à des villes industrielles ou à des comtés importants : le ministère pouvait donc difficilement prétendre que la question soulevée mît l'existence du bill en danger. Ainsi dès le premier jour les tories allaient prendre la direction des débats. Lorsqu'un membre tory de la Chambre des Communes, le général Gascoyne, demanda à la Chambre des Communes de déclarer que le nombre des représentants de l'Angleterre et du pays de Galles ne devait pas être diminué, le Cabinet, par la voix de Stanley, déclara que, si la motion Gascoyne était votée, le bill serait considéré par lui comme perdu. Or, par huit voix de majorité, la Chambre des Communes adopta la motion Gascoyne.
Il fallait donc maintenant ou que le ministère se retirât, ou bien que, conservant la confiance du monarque, il obtînt de lui une dissolution du Parlement. Guillaume IV, depuis trois mois, s'était déclaré nettement hostile à l'idée d'une dissolution. Le moment venu de prendre une décision, il céda : n'ayant pas encore l'habitude du pouvoir, faisant l'apprentissage de son métier en pleine crise politique, la peur de déchaîner la révolution par le renvoi de ses ministres finit par l'emporter dans son esprit sur la peur de provoquer, en prononçant la dissolution, des élections révolutionnaires ^
1. H. of C, 13 avril 1831 : question de Sir Robert Peel et réponse de lord Althorp (Pari. Deb., 3rd ser., vol. III, pp. 1273-5). — Cf. Sir Robert Peel à Croker, 15 (?14) avril 1831 (G. S. Parker, Sir Robert Peel, vol. II, p. 181).
2. H. of C, 12 avril 1831, discours de lord John Russell; 13 avril 1830, discours de Stanley (Pari. Deb., 3rd ser., vol. III, pp. 1242, 1264).
3. Le Roi à lord Grey, 21 mars 1831 (Corr. of Earl Grey wilh William IV, vol. I, p. 177).
4. Le roi à lord Grey, 21 mars, 21 avril 1831 (Coircspondence of Earl Grey wilh William IV, vol. I, pp. 177, 227).
En attendant de connaître sa décision finale, c'étaient à Westminster, dans les deux Chambres, des discussions confuses et tumultueuses. Le 21, la Chambre des Communes, passant outre au désir de lord Althorp, refusa de continuer la discussion du budget. Lord Wharncliffe introduisit à la Chambre des Lords une motion invitant le roi à ne pas dissoudre : la motion devait venir en discussion le 22. Ce jour-là, pendant que les deux Chambres entraient en séances, un coup de canon retentit. Ce coup de canon signifiait que le roi quittait son palais de Saint- James pour venir, en personne, à Westminster, prononcer la dissolution. Aux coups de canon qui se succédaient, les ministériels répondirent par des applaudissements, les tories par des clameurs furieuses. « La prochaine fois que l'on entendra ces canons, cria l'un de ceux-ci à ses adversaires, ils ne tireront pas à blanc, et ce sont vos têtes qu'ils emporteront ^ ». Le tumulte durait encore quand le roi fit son entrée à la Chambre des Lords; il ne s'apaisa que lorsqu'il fut monté près de son trône pour déclarer le Parlement prorogé, « en vue de sa dissolution immédiate ».