L'ASSOCIATION
LONDONIENNE "" P^^^* groupement ouvrier qui avait pris
DES TRAVAILLEURS pouY titre « l' Association Londonienne des
Travailleurs » (London Working MerCs Association). C'était une société de lecture et de discussion, dont les membres voulaient travailler au développement de l'éducation populaire par l'école, par le livre, par le journal. L'acte constitutif de l'association porte la date du 16 juin 1836. Un mois plus tôt, le cabinet, en présentant le projet du budget annuel, avait abaissé de, 4 d. à 1 d. le droit de timbre sur les journaux. S'il le faisait, expliquait le Chancelier de l'Échiquier, c'était afin de protéger les recettes de l'État : car la vente des journaux non munis d'un timbre avait pris des proportions telles que tout moyen faisait défaut à la justice pour la réprimer. Au premier rang de ceux qui fondèrent 1' « Association des Travailleurs », on remarquait
1. Ed. Rev., juillet 1837, art. vu. Neivspaper Literature (vol. LXV, p. 213). L'article serait de Brougham.
2. H. of C, 15 novembre 1837 (Pari. Deb., 3rd scr., vo). XL, p. 1192).
3. H. of C, 5 août 1831 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. V,p. 867). — Quelques changements furent cependant apportés au mécanisme du scrutin en 1836 : réduction de deux jours à un de la durée du scrutin dans les comtés; multiplication des lieux de vote (6 and 7 Will. IV, c. 102). Deux ans plus tard la définition du cens d'éligibilité fut modifiée en faveur de la richesse mobilière : il ne fut plus nécessaire que le revenu exigé fût un revenu foncier (1 and 12 Cict., c. 48).
l'imprimeur Hetherington, le libraire John Cleave, l'ouvrier James Watson, qui s'étaient rendus populaires, depuis cinq ou six ans, dans la guerre que la presse radicale livrait à la police, en répandant des journaux non munis du timbre. Maintenant le gouvernement capitulait : c'est au grand jour, légalement, qu'ils allaient pouvoir poursuivre leur propagande.
En faveur de quelles idées? Hetherington était un disciple de Robert Owen, un « socialiste ». De même aussi l'ébéniste "William Lovett, le fondateur de l'association, au moment où elle fut constituée^. Mais le groupe recevait souvent la visite de Francis Place, le tailleur radical de Charing- Cross, l'ami de James Mill et de Joseph Hume. Le programme, qui nous a été conservé par Lovett, est vague — volontairement vague sans doute
— et nettement modéré. On se proposait « de viser, par tous les moyens légaux, à mettre toutes les classes de la société en possession de leurs droits légaux, politiques et sociaux ». La démocratisation du droit électoral, l'organisation d'un système d'éducation populaire, tels étaient les points sur lesquels tous les membres se trouvaient d'accord ^ Il y avait donc recul par rapport au communisme de Robert Owen, retour plus ou moins conscient aux idées de Bentham; et l'on n'est pas surpris de voir, en conséquence, les hommes politiques du parti radical se rapprocher de Lovett et de ses amis. A un dîner donné le 15 février 1837 par les électeurs radicaux de Finsbury en l'honneur de leur représentant Wakley, Joseph Hume et Daniel Whittle Harvey suggérèrent que le moment était venu, pour stimuler l'opinion populaire et intimider le Parlement, de fondre en un bill unique les diverses propositions qu'on avait pris l'habitude de faire, depuis 1832, en faveur de l'extension du droit de suffrage, du scrutin secret, de la réduction de la durée des Parlem.ents et de l'abolition totale du droit de timbre sur les journaux. Roebuck et O'Connell, présents au banquet, firent des réserves, expUquèrent que la tactique était dangereuse ^, L'idée n'en fut pas moins reprise par 1' « Association Londonienne des Travailleurs », avec cette différence que l'association ne se contenta plus d'une « extension du droit de suffrage », mais réclama le suffrage universel. Alors Roebuck et O'Connell se laissèrent entraîner, consentirent à entrer dans une commission mixte de parlementaires et de membres de r « Association » pour élaborer le bill en question. Roebuck visait à
1. Voir son article paru dans le Hetherington' s Twopenny Dispatch, 10 septembre 1836,
— Voir encore son article paru dans The Charter, 17 février 1839.