‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 126 sur 158 · DES TRADE UNIONS · texte numérisé non relu

DES TRADE UNIONS

ENTRÉE EN SCÈNE nîamtenant coahses, prit vraiment corps; et,

DE FE ARGUS P°^^ Comprendre le caractère de ce nouveau

O'CONNOR radicalisme, il faut suivre d'un œil attentif les

querelles qui se produisirent au sein de 1' « Association des Travailleurs » à Londres. Une grève avait eu lieu au mois de juin dans les filatures de coton de Glasgow; un certain John Smith avait été trouvé, pendant la grève, assassiné dans la rue; et on avait accusé les ouvriers grévistes de ce meurtre. Il y avait eu perquisition dans les bureaux de la corporation, arrestation de dix-huit ouvriers. On avait d'abord fait peser sur eux les inculpations les plus graves : incendie, meurtre. Puis on avait abandonné ces chefs d'accusation; et

1. Life and Siruggles of William Loveit, p. 102; M. Hovell, Ihe Charlisl Movement, pp. 69-71. — Cf. la lettre ouverte d'Oastler à lord John Russell (Times, 12 août 1839. Voir aussi Times, 21 août 1839). L'histoire racontée par Oastler ne tient pas debout dans le détail : le rôle joué par O'Connell est néanmoins bien déSni.

on les avait accusés seulement d'avoir « conspiré » pour intimider leurs camarades et obtenir un relèvement de salaires. Le jury, à une faible majorité, les condamna à sept ans de déportation. Les Trade Unions s'émurent. Une pétition signée de vingt mille noms fut portée au Parlement. C'était l'affaire des Dorchester Labourers qui recommençait ^.

Or, O'Connell venait, en ce moment même, de se brouiller avec les Trade Unions. Il avait eu des difficultés avec les ouvriers syndiqués de sa ville de Dublin, dont le programme de guerre sociale venait prendre par le travers son programme de libération nationale. Il avait pour bailleurs de fonds, à Dublin, de gros entrepreneurs contre lesquels les ouvriers s'étaient mis en grève. Il déclara la guerre aux Trade Unions. Ses adversaires politiques, à Westminster, s'amusèrent de le voir — avec quelle éloquence indignée! — faire la statistique des crimes ouvriers, dénoncer la formation de sociétés secrètes, déplorer l'impossibilité où l'anarchie irlandaise mettait les juges et les jurys de condamner, d'atteindre les coupables. « Quelle chose curieuse, écrivait Whately, si O'Connell devait finir comme Actéon, massacré par la populace - ! v

D'où, pour les hommes de 1' « Association des Travailleurs », un difficile problème de tactique à résoudre. Ils ne pouvaient prendre parti pour les ouvriers sans rompre avec O'Connell. Ils ne pouvaient rompre avec O'Connell sans perdre au Parlement le meilleur avocat de leur cause. Ils imaginèrent, pour tourner la difficulté, de demander au Parlement, non pas la grâce des condamnés, mais d'abord l'ouverture d'une enquête sur les actes du syndicat des filateurs de Glasgow, sur ceux de tous les syndicats ouvriers du Royaume-Uni ^ : si vraiment les ouvriers syndiqués étaient innocents des crimes dont on les accusait, qu'avaient-ils à redouter d'une enquête? Seulement il se trouva dans 1' « Association des Travailleurs » une minorité révolutionnaire pour s'indigner : elle récusait l'arbitrage d'une Chambre des Communes tout entière composée de riches bourgeois et que 1' « Association des Travailleurs », dans ses manifestes, appelait « la Chambre pourrie'* ». Un certain Harvey, qui se posait, dans les milieux révolutionnaires de Londres, en émule de Marat, dénonça violemment O'Connell. Lovett et ses amis lui reprochèrent de manquer à la discipline radicale en attaquant O'Connell au moment où ils travaillaient à se mettre d'accord avec lui sur le programme du suffrage universel.

Page 1