PROGRÈS DE L'AGITATION LIBRE-ÉCHANGISTE. LE BUDGET DE
Si l'agitation populaire tournait toujours,
LA PROPAGANDE r < i^.- - r 4- ^ a ^'r^
POUR L'ABOLITION comme par une fatalité, a 1 avantage de 1 Oppo- DU CORN LAW sition conservatrice, quelle ressource restait-il
aux libéraux, aux radicaux parlementaires? Il leur restait de voir s'il n'était pas possible de se réconcilier avec l'opinion populaire, en opposant le programme de V Anti-Corn-Laiu au programme de VAnti-Poor-Law, et si, pour employer l'expression d'un journaliste, « Manchester » n'était pas capable de tenir tète à « Tamworth " ».
listes qu'en France. » « Avant d'en finir, poursuit le collaborateur du journal fouriériste, je veux vous dire un fait qui m'a beaucoup diverti et qui est assez caractéristique. Figurez- vous qu'il y a quelque temps Feargus O'Connor proposa dans un grand meeting à ses chartistes un moyen sûr pour faire la révolution. Je vous donnerais, mon cher, en dix mille à deviner le moyen... le moyen, c'était de l'autoriser à prendre sur le budget de l'Association de quoi aller cliercher à Paris cinquante républicains et de leur assurer une paie de 5 à 10 shillings quand ils seraient en Angleterre. « Nous en mettrons, ajoutait-il, de dix à vingt, selon l'importance du lieu, dans chacune des villes où nous voudrons que le mouvement éclate, et vous verrez que, quand vous aurez devant vous ces gaillards, l'afïaire ira bien ». — Un Polonais, un certain Beniowski, passa pour avoir organisé le soulèvement manqué du mois de novembre (M. Hovcll, Chartist Movemeni, p. 177). — Cf. les textes cités par nous dans notre article intitulé Chartism (Quart. Rev., juillet 1921, vol. CCXXXV, pp. 71 sqq.).
1. H. of C, 25 février 1840 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. LU, pp. 615 sqq.).
2. Patriot, 18 mars 1839 : Can it be doubted by whom the Chartists hâve been encouraged in their insaiie violence? But Manchester will be a match for Tamworth yet.
Qu'advenait-il donc, pendant que le mouvement chartistc avortait, du contre-mouvement organisé par le parti du libre-échange?
Les délégués qui se trouvèrent réunis, le 4 février 1839, à Brown's Hôtel, juste en face du Parlement, pour apporter la pétition libre-échangiste et veiller à ce qu'elle fût l'objet d'une discussion sérieuse, commencèrent sans doute par nourrir de très hautes espérances. Car, cinq jours après la conversion du Times, lord John Russell, leader de la Chambre des Communes, dans une lettre adressée à un Anti-Corn-Law Meeting qui se tenait dans sa circonscription, avait déclaré nécessaire de substituer au système de l'échelle mobile un « droit fixe et modéré ^ » : n'était-ce pas le signe que le ministère se ralliait aux vues manchestériennes^? Mais bien vite les délégués furent désappointés : leur échec fut aussi marqué, plus rapide que l'échec chartiste. La question des Corn Laws fut soulevée, dès la discussion de l'adresse, par lord Brougham à la Chambre des Lords, et à la Chambre des Communes par G. W. Wood, le président de la Chambre de Commerce de Manchester. Le ministère avait chargé Wood d'appuyer le vote de l'adresse : c'était une manière de rendre hommage à la Chambre de Commerce de Manchester et aux libre-échangistes de là-bas. Mais Wood avait toujours été, en cette matière, extrêmement tiède : c'est à cause de ses résistances que la Chambre de Commerce avait si longtemps tardé à prendre position sur la question. Il traça un tableau optimiste de l'état, florissant selon lui, de l'industrie britannique en général, de l'industrie cotonnière en particulier ^. Sir Robert Peel tira immédiatement parti de ce discours; si vraiment l'industrie britannique était si prospère, pourquoi le langage alarmiste tenu par les hommes de V Anti-Corn- Law Association "*? Puis vint le moment où lord Brougham à la Chambre des Lords le 18 février, et Villiers le 19 à la Chambre des Communes, tirèrent argument des nombreuses pétitions soumises au Parlement pour demander que l'une et l'autre Chambre ouvrissent une enquête sur la question. Ils prononcèrent de beaux discours. Mais la motion fut rejetée à la Chambre des Lords, à mains levées ; et, si elle obtint, à la Chambre des Communes, un nombre de voix beaucoup plus grand que dans la session précédente — cent soixante-quatorze voix au lieu de quatre-vingtdix-sept — , elle n'en fut pas moins rejetée à cent quatre-vingt-neuf voix