Times, 26 janvier
2. Sir James Graham à Sir Robert Peel, 30 janvier 1839 : Every day tlirows fresh light on the intention of ttie government to raise the question of Corn Laws (C S. Parlcer, Sir Jame^ Graham, vol. I, p. 277).
3. H. of C, 5 février 1839 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLV, pp. 55 sqq.).
4. H. of C, 5 février 1839 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLV, pp. 104-6).
ai4 LES ANNÉES DE LORD IVIELBOUIRNSE.
de majorité ^ Sir Robert Peel revint à la charge, et remporta un nouveau succès oratoire. On avait prévu deux ou trois jours de débats : tout fut expédié en une séance. Les délégués se rassemblèreat, s'ajotirnèrent sine die, décidèrent de retourner chacun dans sa province. Un moi* plus tard, ils étaient de nouveau à Londres pour appuyer de leur présence une nouvelle motion introduite par Villiers : elle fut rejetée comme la première ^. Le ministère se dérobait. Le Times, rassuré sur les intentions ministérielles, se désintéressait de nouveau de la question du Com Law. Il ne restait d'autre ressource aux libre-échangistes, comme vers la même époque aux chartistes, que de faire appel au pays.
Ils décidèrent, sans perdre de temps, de grouper toutes les villes qui avaient envoyé des délégués à Londres en une organisation unique, qui prit le nom, bientôt fameux, de V Anti-Corn-Law League. Manehester demeura leur centre d'action. Les ennemis des droits à l'importation des céréales y étaient maîtres de la corporation municipale depuis les élections de décembre ^; ils étaient maîtres de la Chambre de Commerce depuis^ qu'au mois de février, à la date du renouvellement annuel, tous les tièdes. — seize sur vingt-quatre, G. W. Wood en tête — avaient été éliminés et remplacés par des Ubre-échangistes intransigeants *. C'est à Manchester que fut imprimé, à partir d'avril, l'organe de la Ligue, ï Anti-Com-Law Circular. C'est là que s'éleva, sur ce « Champ de Saint Pierre » qui avait été en 1819 le champ de bataille de « Peterloo », le Free Trade Hall, vaste édifice destiné à abriter les meetings de la Ligue. 150 pieds de long, 105 de large, 15 750 pieds carrés de superficie. On pouvait y oiïrir des. banquets, de 3 800 couverts. Sur le mur qui dominait la chaire présidentielle, on lisait le mot « Justice », en lettres de feu qui avaient un yard de hauteur. 20 000 yards de calicot blanc et rose en drapèrent les parois ^.
Grands meetings en vue de recueilhr des signatures pour des pétitionsmonstres. Incursions faites dans les districts ruraux, par des agitateurs, aux gages de la Ligue, afin de raUier à la cause les travailleurs ag^ricoles et les fermiers auxquels on essayait de démontrer qu'ils étaient, eux aussi, sous le régime de la loi de 1828, exploités par les propriétaires. Dans les villes industrielles, obstruction violente des chartistes, subventionnée
1. H. of C, 15 mars 1838 (Parl.Deb., 3rd ser., vol. XLI, p. 946); 19 février 1839 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLV, p. 691).
2. H. of C, 12. 13, 14, 15, 18 mars 1839 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLVI, pp. 333 sqq., 441 sqq., 628 sqq., 715 sqq., 805 sqq.).
3. Manchester Guardian, 15 décembre 1838 : Sur 8 000 électeurs il y eut 3 500 votants. Sauf dans un quartier oih six ultra-radicaux (des chartistes) furent élus, Ites libre-échangistes enlevèrent tous les autres sièges, sans concurrents.
4. A. Prentice, History of the Anti-Corn-Law League, vol. I, pp. 110 sqq.
5. A. Prentice, Historij of the Anti-Corn-Law League, vol. I, p. 142.
souvent par le parti tory. Dans les campagnes, persécution organisée parle sqiiire, le parson et leurs clients. Malgré tout, succès croissant des propagandistes, dont le langage tendait à prendre une allure révolutionnaire. Prentice, dans son Histoire de la Ligue, compte, pour la seule année 1840, huit cents conférences, plus d'un million de brochures et de feuilles de propagande, vingt mille exemplaires de V Anti-Corn-Laiv Almanack, trois cent trente mille exemplaires de V Anti-Corn-Law Circular ^. La Ligue recueillit, la même année, presque un million et demi de signatures pour sa pétition en faveur de l'abolition totale des Corn Laws. Il est intéressant de noter, par contraste, que deux pétitions favorables à l'étabUssement non pas même du suffrage universel, mais simplement du household suffrage, ne recueilHrent au total que vingt-deux mille signatures-.
Sous l'action des hommes de la Ligue, un UN RADICALISME .. ,. , , • -^ ti
^ nouveau parti radical s organisait. Il se recru-
tait chez les industriels, grands et petits, dans la classe moyenne et dans la classe ouvrière elle-même. Parmi les chartistes, le parti de la « force morale », dégoûté par la violence des chartistes révolutionnaires, refit avec les classes moyennes, sur le programme de Y Anti-Corn-Law, le pacte d'alliance qui n'avait pas eu de résultats, un an plus tôt, quand il avait été conclu sur le programme du suffrage universel. William Lovett, jeté en prison, écrivit, sous le titre « Chartisme », un opuscule où on ne trouvait plus trace de son communisme d'autrefois. Ebenezer Elliott, le poète ouvrier, qui avait toujours été un adversaire acharné des Corn Laws, abandonna le parti d'O'Connor pour le parti de Cobden. Et ce mouvement pouvait bien apparaître toujours comme une continuation du Benthamisme orthodoxe. George Villiers appartenait au même groupe parlementaire que Grote, Roebuck et Sir Charles Molesworth. Bowring avait été le confident des années de vieillesse de Bentham, Seulement les ligueurs manchesteriens, hallucinés par l'idée fixe du hbre-échangisme, laissaient tomber la majeure partie du programme du maître.
Il n'était plus question de déclarer la guerre soit à la monarchie soit à la Chambre des Lords : on éludait les problèmes du radicalisme politique. De même qu'au xviii^ siècle l'aristocratie whig avait respecté les formes du gouvernement monarchique, se réservant la réalité du pouvoir, de même à présent les industriels, groupés sur le nouveau programme de Manchester, se montraient disposés à a-ccepter la forme aristocratique
1. A. Prentice, History of tbe Anti-Corn-Law League, vol. I, p. 173.