‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 153 sur 158 · DEBUTS DE LA · texte numérisé non relu

DEBUTS DE LA

SESSION DE 1841 choses. Il y avait assurément, parmi les

ministres, des libre-échangistes déterminés. Nous avons vu, aux premiers jours de 1839, lord John Russell faire sensation par une déclaration publique d'hostihté à l'égard du Corn Law. Il reprenait en somme la politique qu'il avait combattue, tout jeune encore, quand elle avait été, aux environs de 1820, adoptée par lord Liverpool. Aux revendications démocratiques dont le caractère révolu-

1. H. of C, 5 avril 1841 : discours de Herries (Pari. Deb., 3rd ser., vol. LVII, p. 914 ),

tionnaire l'effrayait, il voulait faire diversion en adoptant le programme réformateur des économistes libéraux. Mais il était obligé à présent, pour leur donner satisfaction, d'attaquer de front le monopole des propriétaires fonciers : comment s'étonner qu'il n'ait pas rallié les suffrages de la majorité de ses collègues, membres de la gentry et parfois grands propriétaires? Lord Melbourne était d'ailleurs, à tous égards, un homme d'État plus timoré que ne l'avait été vingt ans plus tôt le chef du cabinet tory. Il fit à lord John Russell une opposition intransigeante ^ : d'où la déception infligée par le cabinet aux libre-échangistes lors de la session de 1839. Même résistance en 1840 : lord Melbourne, s'il parla, devant les Lords, le langage embarrassé qui convenait au chef d'un gouvernement divisé, n'en déclara pas moins que soulever la question, la soumettre même à une enquête, c'était faire courir au pays le danger d'une révolution ^. A la Chambre des Communes, lorsque Villiers introduisit sa motion annuelle en faveur d'une enquête à ouvrir sur l'opération de la loi de 1829, ses adversaires réussirent une première fois, par un stratagème de procédure, à faire avorter le débat; une deuxième fois ils couvrirent du bruit de leurs protestations la voix des orateurs libre-échangistes. Et la motion fut rejetée par trois cents voix contre cent soixante-sept voix '. Or, il est bien vrai que la violence même avec laquelle lord Melbourne s'exprimait, et les manœuvres obstructionnistes auxquelles se livraient à la Chambre des Communes les défenseurs du Corn Law, pouvaient être, jusqu'à un certain point, interprétés par les libre-échangistes comme des signes favorables : n'était-ce pas la preuve qu'on avait peur d'eux? Graham, au début de la session, avait cru que les ministres allaient faire de l'établissement d'un droit fixe une question de cabinet, se laisser battre, et provoquer sur cette question des élections générales ^. Le radical Warburton, au cours des débats sur la motion Villiers, prédisait qu'elle serait adoptée en 1841 à une majorité triomphante ^. Il faut bien reconnaître cependant que l'opposition de lord Melbourne demeurait irréductible ; que la motion Villiers rassemblait moins de voix favorables qu'elle n'en avait rassemblé en 1839; et que les libre-échangistes furent, en fin de session, très découragés par le médiocre résultat qu'avait obtenu,

1. Lord Melbourne à lord John Russell, 29 décembre 1838; 18, 20, 21, 23, 29 janvier 1839 (Lord Melbourne's Papers, pp. 387 sqq.).

2. H. of. L., 11 juin 1840 (,Parl. Dfft., 3rd ser., vol. LIV, pp. 1040 sqq.).

3 H. of C, 1, 2, 3 avril 1840 {Pari. Deb., 3rd ser., vol LUI, pp. 315 sqq., 432 sqq., 481 sqq.); 26 mai 1840 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. LIV, pp. 563 sqq.).

4. Sir James Graham à Arbuthnot, 28 février 1840 (C. S. Parker, Sir James Graham, vol. I, p. 293).

5. H. of C, 26 mai 1840 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. LIV, p. 627).

au Parlement, leur vaste pétitionnement, si brillamment organisé. « Il ne faudra rien de moins qu'une famine, écrivait Baines, pour leur arracher leur monopole ^. » Le Morning Chronicle, en août, avouait à contre-cœur que l'opinion publique était calme, sinon même apathique, qu'il y avait « un arrêt temporaire » dans l'agitation de VAnti-Corn-Law'-. Les travaux de la commission d'enquête sur les droits à l'importation ne semblent avoir été signalés par aucun grand journal de Londres; et Prentice, qui en publia de longs extraits dans le Manchester Times, avoue que, « même à Manchester », peu de gens s'y intéressèrent ^.

A vrai dire, en cette fin d'année 1840, la question d'Orient retenait toute l'attention du public; et l'éclatante victoire diplomatique remportée par lord Palmerston parut, en décembre, devoir lever toutes les difficultés qui embarrassaient la politique intérieure du ministère. Quand le Parlement se réunit, le 24 janvier 1841, la politique extérieure fut le thème presque exclusif de tous les discours prononcés pendant la discussion de l'adresse. Wellington se trouva d'accord avec lord Brougham à la Chambre des Lords, Peel avec Hume à la Chambre des Communes, pour regretter que lord Palmerston eût, de gaîté de cœur, compromis les bonnes relations de la France avec l'Angleterre. « Une entente cordiale entre les deux pays, était, déclara Peel, essentielle à la paix et au bonheur de l'Europe. » Il voulait espérer qu'après vingt-cinq années de paix les hommes avaient enfin compris que le maintien de la paix était pour tous non seulement « un avantage inestimable », mais une « grande obligation morale », et qu'il s'était constitué de « nouveaux intérêts matériels » assez forts pour empêcher à l'avenir toute explosion des passions guerrières^. Ainsi, pour critiquer la politique extérieure du ministère whig, Peel empruntait à Cobden sa phraséologie pacifiste. Mais, pour l'instant, la position de lord Palmerston semblait inébranlable; et les autres ministres, tout en restant pleins de rancune à son égard, espérèrent pendant quelques jours bénéficier collectivement du prestige acquis par lui seul.

La déception fut rapide. Quatre élections partielles eurent lieu dans les premiers jours de février^. Toutes furent défavorables au parti whig; et dans trois des circonscriptions le siège avait été, depuis 1837, occupé par un whig. Ces défaites, qui venaient après bien d'autres défaites subies depuis un an, étaient graves : car le ministère disposait au Parlement d'une

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