‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 17 sur 158 · Ann. Reg., 1831, Chron., 21 octobre · texte numérisé non relu

Ann. Reg., 1831, Chron., 21 octobre

2. J. R. M. Butler, The Passing of tbe Great Reform Bill, p. 296.

3. PoL Reg., 5 novembre 1831 (vol. LXXIV, pp. 362 sqq.) : reproduction intégrale du récit du Bristol Mercury. — Ann. Reg., 1831, Chron., novembre.

dera », ligues bourgeoises fondées avant juillet pour refuser l'impôt en cas de violation de la Charte, se formaient les sociétés nouvelles des « Amis du Peuple », des « Droits de l'Homme », recrutées partiellement parmi les ouvriers, ouvertement républicaines, et où se manifestaient des tendances socialistes. Dans l'état de malaise qui pesait sur toute l'Europe occidentale, la consommation s'était resserrée; et la production, au bout de quelques mois, devait s'en ressentir. Ainsi tendait, en apparence, à se confondre l'histoire des deux grandes nations occidentales. De chaque côté de la Manche, la crise politique dégénérait en crise sociale; et la crise sociale aggravait la crise politique.

Il y avait, parmi ceux qui réclamaient la Réforme, des bourgeois et des ouvriers. Les premiers étaient enrôlés dans les « Unions Politiques »; par une foule d'intermédiaires, en particulier par Bentham et ses lieutenants, ils étaient en relations constantes avec les dirigeants, les ministres. Les révolutionnaires au contraire, avocats de la classe ouvrière, généralement issus eux-mêmes de cette classe, étaient pour les ministres un objet de terreur, et ne connaissaient le gouvernement que par les persécutions dont ils étaient les victimes. Non seulement le Cabinet whig, trompant les espérances populaires, renonçait à demander l'abrogation du Stamp Ad de 1819, mais il l'appliquait avec rigueur; et les jurys bourgeois, disposés à acquitter des révolutionnaires bourgeois — Prentice de Manchester ^, par exemple, et même Cobbett ^ — frappaient impitoyablement ceux dont l'origine était ouvrière : Carlile, Taylor, Carpenter, Hetherington ^. Comment s'étonner que ces ou^Tiers, conscients que leur culture était au moins égale à celle de leurs alliés bourgeois, aient voulu relâcher l'alliance, avoir leurs organisations propres, et employer à leur profit les procédés d'agitation et d'intimidation que les démocrates bourgeois employaient contre les aristocrates et les horoughmongersl

Nous voyons effectivement, dans l'été de 1831, les ouvriers auxquels Robert Owen avait inculqué sa doctrine « coopérative » — nous dirions aujourd'hui et Robert Owen allait bientôt dire « socialiste » — répudier un des points essentiels de cette doctrine, et combiner les revendications sociales avec les revendications politiques, que Robert Owen persistait à considérer comme indifférentes et même nuisibles. D'une association qui

1. Pol. fleff., 23 juillet 1831 (vol. LXXIH, pp. 239-240).— A. Prentice, Hilt. Skciches... of Manchester, (pp. 386 sqq.). Il ne s'agissait pas, dans ce cas, de poursuites gouvernementales, mais d'un procès en diffamation, intenté par un membre du parti adverse.

2. Ann. Reg., 1831, Chron. 7 juillet. — Pol. Reg., 16 juillet 1831 (vol. LXXIII, pp. 128 sqq.).

3. Life and Stmggles of William Loveli, pp. 59 sqq. — Ann. Reg., 1831, Chron., 4 juillet.

avait pour nom « l'Association britannique pour la propagation de la science coopérative» sortit une association à fins nettement politiques, qui s'appela d'abord F « Union des métiers métropolitains », puis 1' « Union nationale des classes ouvrières ». Elle admit les intellectuels, mais ce ne fut qu'après de vifs débats, et seulement en principe : en fait, la société se recruta exclusivement parmi les ouvriers ^.

Elle avait au mois d'octobre une douzaine de branches à Londres, et tenait un meeting hebdomadaire dans la Roiunda, près de Blackfriars Bridge. Lorsque, le Parlement ayant été prorogé, les radicaux bourgeois décidèrent de fédérer toutes les Unions politiques du royaume en une seule « Union politique nationale », ils se heurtèrent à 1' « Union nationale des classes ouvrières ». Les bourgeois de 1' « Union politique nationale », assignaient pour seule fin à leur Union « d'aider le roi et ses ministres à obtenir, contre une petite faction, le vote de leur grande mesure de réforme parlementaire'^ ». Les ouvriers de l'autre groupement ripostèrent par une déclaration qui affirmait le caractère sacré de toute propriété honnêtement acquise; les droits égaux, naturels et inaliénables de tous les hommes ; l'illégitimité de « toutes les distinctions héréditaires »; et, loin d'adhérer au Reform Bill gouvernemental, ils réclamèrent le suffrage universel, le scrutin secret, les Parlements annuels ^ Lorsque à la fin d'octobre 1' « Union politique » donna rendez-vous à ses adhérents pour l'approbation des statuts, les hommes de 1' « Union des classes ouvrières » firent dégénérer la réunion en bagarre, et obtinrent que le Conseil de l'Union fût composé, pour une moitié, d'ouvriers manuels. A force d'habileté, les organisateurs réussirent à trouver, pour occuper ces postes, des ouvriers non inféodés aux doctrines révolutionnaires de la Roiunda. Beaucoup de membres bourgeois s'effrayèrent cependant; et sir Francis Burdett, qui avait accepté la présidence de 1' « Union nationale », finit par donner sa démission^. « Si les ministres flanchent, écrivait à un ami le jeune Stuart Mill, ou si les Pairs s'obstinent, je suis fermement convaincu que dans six mois une Convention nationale, élue au suffrage universel, tiendra ses séances à Londres ^ ».

1. Life and Strugglcs of William Louett, pp. 68 sqq. : This Association was organized somewhat on tlie plan of tlie Methodist Connection. Class leaders were appointed at public meetings of the members in the proportion of one for about every thir'y or forty members; the Class leaders mostly meeting with their classes weekly at their own houses. — Graham Wallas, Life of Francis Place, pp. 269 sqq.

2. Voir le texte complet des statuts, Ann. Reg., 1831, Chron., 31 octobre.

Page 1