Morning Chronicle, 3 août
plausible — si une fournée de pairs briserait effectivement la résistance de la Chambre Haute. Beaucoup de pairs qui avaient, en octobre, voté pour le Reform Bill, menaçaient de modifier leur attitude en manière de protestation contre cette atteinte à leur ordre : beau résultat si, pour chaque nouveau pair créé, un pair favorable au Reform Bill faisait défection 1 Et c'est ici qu'intervenaient utilement les modérés du parti tory. Ils offraient, si on renonçait à faire des pairs, de voter pour lebill en seconde lecture. Mais qu'arriverait-il quand la Chambre des Lords passerait à la discussion des articles? Lord Grey était convaincu qu'on sauverait les parties essentielles du bill pourvu qu'on se résignât à sacrifier totalement la Cédule B, déjà sacrifiée en partie. Et, si beaucoup de ses collègues étaient sceptiques sur ce point, l'optimisme même du premier ministre lui permettait de leur faire une promesse qu'il espérait bien ne jamais avoir à tenir. Au cas où, après avoir voté le Reform Bill en deuxième lecture, la Chambre Haute annoncerait l'intention de le mutiler en détail, lord Grey demanderait au roi de créer le nombre de pairs nécessaire pour assurer le vote intégral de la loi.
Le 26 mars, le bill fut porté à la Chambre des Lords. Lord Hanowby et lord Wharncliffe annoncèrent leur intention de voter pour la deuxième lecture ^. L'évêque de Londres prononça un discours libéral^. Wellington, tout en se déclarant hostile au bill, ne se déclara plus hostile à toute espèce de réforme ^. La date de la deuxième lecture, d'abord fixée au 5 avril, fut reculée jusqu'au 9, d'accord entre lord Grey et lord Wharncliffe; car les négociations avec ceux qu'on appelait les Waverers, les « hésitants » du parti tory, se poursuivaient. Le Cabinet, ostensiblement, se préparait à réclamer une fournée de pairs en cas d'échec : la liste était dressée. Cela ne fut pas sans influencer les tories. Le 13 avril, après cinq jours de débats, le ministère l'emporta par cent quatre-vingt-quatre voix contre cent soixante-quinze : soit une majorité de neuf voix. Depuis octobre, on avait avancé d'un pas. On renvoya au 7 mai, après les vacances de Pâques, la discussion des articles.
Elle commença au jour fixé, mais tout de
LA CRISE suite elle tourna court. L'article premier du
DU MOIS DE MAL , .„ ^ -^ , ^ • u ^ u
VOTE FIWL portait qu un certain nombre de bourgs per-
DU REFORM BILL daient leur franchise. Lord Lyndhurst, au nom
du parti tory, demanda que l'on ajournât le
vote de l'article jusqu'au moment où, contrairement à la procédure
1. H. of L., 26 mars 1832 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XL pp. 862, 863).
2. H. of L., 26 mars 1832 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XI, p. 864).
3. H. of L., 26 mars 1832 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XI, p. 869).
adoptée en 1831, on discuterait, une fois votés tous les articles de la loi, quels bourgs il convenait d'inscrire sous la Cédule A. Les tories, après avoir consenti, avec les atténuations nécessaires, à la réforme du cens électoral proposée par les whigs, semblaient ainsi se réserver la liberté de rejeter, s'il leur en prenait la fantaisie, l'article qui supprimait les nomination boroughs. Lord Grey déclara qu'il ne pouvait accepter l'amendement, et fut battu par cent cinquante et une voix contre cent seize. Il se leva aussitôt pour demander la suspension des débats. C'était exactement, à un an de distance, le cas de l'amendement Gascoyne qui se présentait de nouveau. Seulement, dans le cas de l'amendement Gascoyne, on avait contre la Chambre des Communes le recours d'une dissolution. Vis-à-vis de la Chambre des Lords, quel recours? Un seul : une fournée de pairs. Le 8 mai, lord Grey en fit la demande au roi, qui refusa. Guillaume IV évita prudemment de faire à la proposition de lord Grey une opposition de principe : c'eût été manquer aux promesses que lord Grey lui avait antérieurement arrachées. Mais il protesta, comme il ne cessait de faire depuis deux mois, contre le nombre excessif des nouveaux pairs que ses ministres lui proposaient de créer ^. Alors lord Grey offrit sa démission et celle de ses collègues : elle fut immédiatement acceptée.
Le premier ministre avait donc accompli l'acte énergique que l'on attendait de lui en octobre. Mais il ne faut pas croire qu'en donnant sa démission il eût voulu faire sentir au roi son pouvoir, et préparé son retour triomphal au ministère. Il était las d'une si lourde responsabilité, et lord Althorp l'était comme lui. Ces deux aristocrates, placés par les circonstances à la tête d'un mouvement qui ressemblait par instants au prélude d'une révolution, regrettaient les temps heureux où ils étaient les princes de l'Opposition, tous les tracas de la politique active pesant sur les tories. D'autres, parmi leurs collègues, n'avaient jamais aimé le bill dont ils avaient accepté la responsabilité collective : trop heureux si, entre les mains des tories, la réforme électorale prenait une forme plus modérée. Certains radicaux eux-mêmes s'effrayaient à la perspective d'un conflit révolutionnaire : James Mill alla trouver Brougham, l'engagea à ne pas adopter une attitude factieuse si le roi formait un ministère de réformateurs modérés^. C'est seulement petit à petit que la confiance revint aux chefs du parti
1. Le roi à lord Grey, 9 mai 1832 (Corr. of Earl Grey wilh William IV, vol. H, pp. 395-6). — Lord Grey demandait une cinquantaine de pairies nouvelles; le roi, une vingtaine seulement, les nouveaux pairs du Royaume-Uni devant être tous des pairs écossais ou irlandais (voir en particulier la longue lettre du roi à lord Grey, 5 avril 1832 : Corr. of Earl Grey with King William IV, vol. IL pp. 311 sqq.).