Le Marchant, Life of Viscount Althorp, p
de la Réforme, ou plus exactement qu'ils furent de nouveau poussés à la victoire par leurs troupes. Inversement, les tories commencèrent par exulter. Le roi, sa femme, ses frères, ses bâtards, se réjouissaient bruyamment. Les Waverers avaient inconsciemment travaillé pour eux : en déterminant l'adoption du bill en seconde lecture, ils avaient délié le souverain de sa promesse, ils l'avaient libéré de la tyrannie whig. Les tories allaient pouvoir disloquer le bill à leur gré. Mais l'illusion ne dura guère.
La colère publique, grande dès qu'on eut appris la démission de lord Grey, devint redoutable quand on sut que c'était Wellington qui, au refus de lord Lyndhurst, de Sir Robert Peel, de Manners Sutton, acceptait de former un ministère. Dans toutes les églises du royaume, chaque nuit on sonna le tocsin. Partout, le travail s'arrêta ; partout, il courut des rumeurs d'armements populaires. Dès le 11, d'immenses pétitions, venues de Birmingham et de Manchester, furent apportées dans la capitale. A Londres même, des placards révolutionnaires furent affichés; aux fenêtres apparurent des pancartes informant les autorités qu' « ici on ne payait pas d'impôts ». Le Common Council de la Cité invita la Chambre des Communes à refuser le budget tant que le Reform Bill ne serait pas voté. Le roi, les princes du sang, la reine surtout, « la frow allemande », furent caricaturés, outragés, par la presse bourgeoise comme par la presse révolutionnaire. Le mercredi, lord Lyndhurst avait conseillé au roi de se retirer à Windsor; le vendredi, il lui donna l'avis de revenir^; et le samedi, depuis Hounslow jusqu'au Palais de Saint James, le carrosse royal fut suivi par les huées de la populace. Le roi et la reine se virent sur la route de l'exil, peut-être de l'échafaud : on fit à la cour des préparatifs de fuite.
Rien pourtant de semblable aux violentes explosions qui s'étaient produites en octobre, sans lien et sans but, à Derby, à Nottingham, à Bristol. Il n'y eut, dans tout le pays, ni un incendie, ni un assassinat. L' « Union Nationale » disciplinait le mouvement, le dirigeait vers un but précis et prochain. Elle ne se proposait pas exactement pour objet d'empêcher un coup d'État militaire par un coup de main insurrectionnel : le coup d'État qui n'avait pas été possible en France au mois de juillet 1830, comment i'eût-il été en Angleterre? avec une armée de onze mille hommes, dont sept mille seulement tenaient garnison à Londres, comment dompter quinze millions d'Anglais? — Ce qu'elle voulait, c'était faire sentir à la faction tory l'extravagance de ses desseins, son
1. Croker's Dianj, 9, 11 mai 1832 (Croker Papers, voL II, pp. 154, 157).
impuissance radicale, en organisant à travers le pays une sorte de grève politique. Que, dans toute l'Angleterre, on refusât de payer l'impôt, que dans toutes les villes les Unions politiques se constituassent en gouvernements locaux, jusqu'au jour où le Reform Bill serait voté : que pourrait là-contre une poignée d'aristocrates, soutenus par onze mille mercenaires dont la fidélité n'était pas à toute épreuve? Les meneurs se vantaient d'avoir à leur disposition un grand nombre d'officiers sans emploi, pour prendre partout la tête de leurs gardes civiques. Ils avaient des accointances dans le ministère : lord Durham les encourageait. Sir John Hobhouse, ministre de la guerre depuis janvier, les tenait au courant de ce qui se passait dans les conseils du parti whig *.
Le dimanche 13 mai, malgré l'agitation grandissante, les parlementaires étaient encore assez aveugles pour croire qu'un Reform Bill atténué pourrait être voté sous la responsabilité d'un ministère tory, et que les ultratories, après avoir soulevé la question de la réforme en 1829 pour ébranler Wellington, après s'être réconciliés avec lui en 1831 à cause de son irréductible opposition au projet de loi ministériel, pourraient l'aider maintenant à faire passer quelque système de réforme modérée. Wellington, qui partageait ou essayait de partager encore ces illusions, poursuivait avec lord Lyndhurst, avec Alexandre Baring qu'il désirait placer aux finances, avec Manners Sutton, de laborieuses négociations ^. Les whigs tenaient de leur côté au club de Brooks une réunion très orageuse; et Stanley, terminant un discours très violent par des conclusions très modérées, enlevait l'adoption d'une motion qui accordait à un ministère tory éventuel la tolérance du parti réformiste *. Mais le lendemain, au grand jour des débats publics, la combinaison s'effondra. Les hommes de r « Union Nationale », réunis le samedi dans la boutique de Francis Place, avaient imaginé une nouvelle forme d'agitation : s'attaquer à la Banque, provoquer un tel retrait des dépôts qu'elle se vît menacée de faillite. Tout Londres fut effectivement couvert d'affiches, invitant les Anglais, « pour arrêter le duc, à retirer leur argent ». Le mouvement réussit '*. Dès l'après-midi du lundi, l'effet s'en faisait sentir aux Communes.
Duncombe, le radical, prononça contre les tories un réquisitoire qui fut acclamé. Un tory. Sir Henry Inglis, déclara que, si Wellington assumait la responsabilité d'un Reform Bill même atténué, il ne pourrait sans se dés-