‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 23 sur 158 · Graham Wallas, Life of Francis Place, pp · texte numérisé non relu

Graham Wallas, Life of Francis Place, pp

LA RÉVOLUTION DE JUILLET Ex\ AxN'GLETERRE. 53

honorer lui donner son appui ^ Alexandre Baring, sur qui Wellington comptait pour être son ministre de finances, fit appel aux vvhigs pour sauver le pays d'une révolution en reprenant la direction des affaires ^. Si le parti tory se débandait à ce point, Wellington ne pouvait que renoncer à une tâche impossible : le 15, il informa le roi qu'effectivement il abandonnait la partie. Le roi fit rappeler lord Grey.

Pendant quatre jours encore, la situation demeura tendue. Mais l'issue n'était pas douteuse : lord Grey restait, bien malgré lui ^ le maître de la situation. Wellington, en se retirant, avait promis au roi de ne pas persévérer dans sa politique d'obstruction au Reform. Bill et de s'abstenir, quand le bill serait soumis de nouveau à un vote de la Chambre Haute. II suffisait donc qu'un certain nombre de pairs suivissent son exemple pour que le succès du bili fût assuré : Guillaume IV écrivit aux plus influents une sorte de lettre circulaire, leur demandant d'adopter la même attitude que Wellington. Mais lord Grey ne pouvait se contenter d'une espérance, il voulait un engagement public de Wellington. Or celui-ci, ayant pris la parole le jeudi à la Chambre des Lords, ne fit pas la déclaration attendue. Lord Grey se considéra comme trahi, et se retourna vers le roi qui fut obligé de donner par écrit la promesse de créer le nombre de pairs nécessaires, « s'il survenait quelque obstacle au cours de la discussion du bill ». Alors, le samedi 19, Wellington se décida à prendre l'engagement qu'on exigeait de lui.

En moins d'une semaine, la Chambre des Lords, à moitié déserte, expédia la discussion : le 4 juin, le bill était adopté en troisième lecture par cent six voix contre vingt-sept *. Quelques modifications sans importance^, qui avaient été introduites par les Lords, furent ratifiées sans discussion

1. H. of C, 14 mai 1832 (Pari Deb., 3rd ser., vol XII, pp. 944 sqq.).

2. H. of C, 14 mai 1832 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XII, pp. 953 sqq.).

3. V. les lettres citées par G. IM. Trevelyan (^Lord Grey of tbe Reform Bill, p. 398) : à lord Rolland, 13 mai 1832 : I begin to be afraid the attempt (de Wellington pour former un ministère) may fail; — 14 mai 1832 : I wish to tiod they (les tories) were fairly In ofiBce; — 15 mai : I believe ail you say is quite right : the truth is that never was a captive more desirous of escaping from prison than I am from my présent situation. But I will do my duty.

4. Cinq évêques qui avaient voté contre le bill en 1831 votèrent pour; un qui avait voté contre s'abstint; quatre qui s'étaient abstenus votèrent pour.

5. Celle-ci en particulier. Pour définir l'immeuble dont l'occupation confirmait la franchise, le bill originel avait dit simplement : a hoiise. En avril 1831, les ministres ajoutèrent : warehouse, or counting house. Le troisième Reform Bill, tel qu'il fut soumis en décembre aux délibérations de la Chambre des Communes, ajoutait : or shop. Finalement les Lords ajoutèrent une dernière définition : and other buildings. t As this amendment, déclara lord John Russell, was an extension, not a Umitation, of the franchise, he was sure it would be gladly accepted by the House » (H. of C, 5 juin 1832; Pari. Deb., 3rd ser., vol. XIII, p. 408). En réalité l'amendement constituait une extension non du droit de sulïrage, mais du vote plural au bénéfice de ceux qui, en Angleterre, détenaient plusieurs immeubles.

par la Chambre des Communes; et le 7 juin le bill reçut l'assentiment royal ^.

Ainsi se dénouait en Angleterre une crise qui avait duré presque deux ans. Mais était-ce bien le dénoûment final d'une crise qui n'avait été que le contre-coup, peut-être en fin de compte passager, d'une crise continentale, ou seulement le prélude de convulsions nouvelles? Malgré des symptômes rassurants que nous avons notés en passant, il subsistait beaucoup de raisons d'être inquiet. On était à Londres, le jour où le bill fut promulgué, incertain sur l'issue du grand soulèvement qui avait éclaté le 5 juin à Paris lors des obsèques du général Lamarque. Même si le pouvoir royal devait, comme il semblait probable, avoir raison de l'émeute, quel fond pouvait-on faire sur l'avenir de la France? Et si la France était encore à la merci de tels désordres deux ans après avoir réussi sa Révolution de Juillet, quel sort devait-on pronostiquer à l'Angleterre, maintenant qu'elle semblait avoir tout juste évité une insurrection par le vote d'une réforme — révolutionnaire aux yeux de bien des gens — de sa représentation parlementaire?

1. 2 et 3 W. IV, c. 45. — Loi pour l'amendement de la représentation en Ecosse : 2 et 3 W. IV, c. 65, — en Irlande, 2 et 3 W. IV, c. 88.

Les partis en 1833. — Le libéralisme gouvernemental. — Les débuts de la centralisation administrative.

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