‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 25 sur 158 · LORD PALMERSTON · texte numérisé non relu

LORD PALMERSTON

ET LE PROBLÈME litarisme » s oppose, selon la phraséologie de

DES RELATIONS Bentham, à 1' « ascétisme ». Or, dire que l'homme

FRANCO-AN GLAISES est né non pour la souffrance mais pour le plaisir, c'est dire qu'il est né non pour obéir aux ordres d'un maître — maître divin ou maître humain, Dieu tout-puissant ou roi absolu — mais pour jouir de sa liberté. 1830, après 1789,a été une révolution de la liberté; et la révolution a eu cette fois deux foyers, à Paris et à Londres. De sorte que dans un moment où les partis européens fraternisent par-dessus les frontières, où c'est un même parti de conservation politique et sociale qui semble lutter chez toutes les nations contre un même parti de progrès, l'union intime de la France et de l'Angleterre est, aux yeux d'un radical anglais, le symbole du libéralisme victorieux. Il est donc permis, si l'on se place à ce point de vue, de considérer le problème politique, à cette date, comme étant d'abord un problème de politique internationale, de politique diplomatique.

Le ministre des affaires étrangères dans le cabinet de lord Grey, c'est lord Palmerston. Si nous voulons nous représenter exactement ce que fut lord Palmerston à ce stade de sa carrière politique, faisons effort pour oublier le diplomate triomphant de 1840 et de 1848, sorte de tribun aristocratique, dominant l'opinion, manipulant la presse, faisant la leçon à tous les souverains du continent, tenant tête à sa propre reine. Nouveau venu dans le parti libéral, transfuge du parti tor}', suspect à bien des gens de l'un et de l'autre bord, les témoignages contemporains s'accordent à nous le montrer alors impopulaire dans ses bureaux, où il fatigue ses subordonnés par sa hauteur et son imponctualité, à la Chambre des Communes, où il est considéré comme un orateur médiocre, un parlementaire peu assidu, plus homme du monde et de plaisir qu'homme d'affaires et d'action ^. Les organes de l'opinion conservatrice l'accablent de

1. [J. Grant], Random Recollections of the House of Gommons from the year 1830 to the close of 1835 including personal sketches of the leading Members of ail parties. Bij one of no party, 1836, pp. 218-9 : The situation he fills in tlie Cabinet gives him a certain degree of prominence in the ej'es of the country, which he certainly does not possess in Parliament. His talents are by no means of a high order... He is an indiffèrent speaker.... He is also very irregular in his attendance on his Parliamentary duties.... He is very vain of his personal appearance, and is generally supposed to dévote more

leur mépris ^. Bien souvent, du côté ministériel, le Morning Chronicle, le Times, lui reprochent la faiblesse de sa politique, et la déplorable habitude qu'il a prise de se faire servir dans les capitales du continent par des agents tories^; et le Times, en attendant de lui infliger, à cause de la recherche extrême de sa mise et probablement aussi de ses mœurs faciles, le sobriquet de « Cupidon », aime à plaisanter « notre exquis ministre des affaires étrangères », « ce gentleman si accompli », ce « frivole dandy ^ » Il s'efface en réalité, dans le cabinet, derrière lord Althorp et lord John Russell. Les quatre aimées pendant lesquelles, pour la première fois, il dirige la politique extérieure du royaume, ne doivent être considérées dans sa longue carrière que comme des années d'apprentissage.

L'apprentissage se fait dans des conditions difficiles. L'opinion britannique, d'une part, dans son ensemble, est libérale. Au moment où les tories tombent du pouvoir, il est impossible au gouvernement de ne pas innover en matière de politique extérieure^, et de conserver des relations de solidarité avec les puissances du Nord. Mais d'autre part jamais l'Angleterre n'a été dans une disposition d'esprit plus pacifique; jamais l'horreur morale ni l'impossibilité financière de la guerre n'ont été plus profondes. « La non-intervention, écrit VEdinburgh Review, est la clef de l'indépendance des États ; elle est la meilleure barrière contre ce fléau, le pire

of lus time in sacrilîcing to the grâces than is consistent with the duties of a person who has so mucli to do with the destinies of Europe. — Diary of Sir John Hobhouse, 19 mars 1831 : ... Lord Nugent and Poulett Thomson ... told me that it was impossible to go on with such Cabinet Ministers as Graham, and Grant, and Palmerston who either would not, orcould not,speak{LordBroaghton' s Recollections of a long life, vol. IV, p. 96).

— Grevillc Memoirs, 17 février 1835 : It is certain that he eut a very poor figure in Parliament the time he was in office before. V. encore, ibid., 19 mars, 11, 12 mai 1834.

1. Standard, 2 janvier 1833 : ...As to the Lords Goderich and Palmerston, ï\Ir Charles Grant, and the other omnibus Statesmen, nobody, we suppose, ever dreamed of asking them what they want to do, as everybody knows tliat they will do that thing, whatever it is, that promises to keep them in place.— Quart. Rev., vol. LXIV, p. 84 : ... imitators, self-important men, who, as Canning said of my Lord Palmerston, < nearly touched the top oi mediociily ». — H. of C, 26 févr'.er 1835, discours de l'avocat Goulburn : It had bcen admitted by the other side, and by their ad vocales out of doors, that what had been long wanting in the Foreign Department of this country was an individual possessing a comprehensive mind. Would they take the seal from the noble Duke, who now held that office, and put in his place the rejected of Hampshire? (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVI, p. 357).

2. Morninfj Chruniclc, 30 et 31 mai, 1 el 11 juin 1832. — Times, 1, 9, 11 juin 1332, 24 mars 1834.

3 30 juillet 1832 : our « exquisite » Foreign Secretary. — 7 mai 1834 : ... if the subject is not too coarse jr too tri\ial to occupy the polite attention of so fine a gentleman.

— 25 juin 1834 : We feel... shame more than surprise at this cold-blooded and unprincipled shuffiing. What an oîTensive union is that of a duU understanding and an unfeeling heart : add to this the self-satisfied air of a flippant dandy, and you hâve the most nauseous spécimen of humanity — a sort of compound wliich justifies Swift in the disgusting exhibition of his Yahoos.

(le tous, qu'on appelle la guerre \ » Qu'arrivera-t-il donc si, comme à Miinchengrâtz, l'empereur de Russie, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse concluent un pacte d'intervention commune contre tout péril révolutionnaire couru par l'un d'eux? Le Foreign Office protestera contre cette application du principe d'intervention contre-révolutionnaire qui menace de faire dégénérer tout mouvement révolutionnaire en une guerre générale. A quoi bon cependant cette protestation verbale, au cas où l'intervention contre-révolutionnaire deviendrait effective? Ou bien, si on veut vraiment intimider l'adversaire, comment éviter qu'elle prenne insensiblement la forme d'une contre-intervention militaire? Comment ne pas revenir de la philosophie pacifique de la non-intervention à la philosophie guerrière de r « équilibre des puissances »? La difficulté, déjà sérieuse du vivant de Canning, l'est devenue plus encore. Car le parti de la guerre en France, c'est le parti du « mouvement » avec lequel les Anglais sympathisent dans la mesure où ils font profession de radicalisme. Tandis que le parti de la paix, en France, c'est le parti de la « résistance », qui aspire à se réconcilier, dans la mesure où les événements de juillet 1830 le permettent, avec les puissances absolutistes.

La France, d'ailleurs, depuis un siècle et demi, est, pour l'Angleterre, r « ennemi héréditaire ». L'Angleterre et la France sont les deux « puissances maritimes » dont les marines — marine de guerre et marine de commerce — sont en rivalité chronique sur toutes les mers : Guillaume IV, vieux marin, donne libre cours à l'expression de ses sentiments antifrançais-. Voici pourtant, par l'effet de la révolution de juillet, lord Palmerston obligé d'adapter les principes de la diplomatie de Canning à un système européen tout nouveau : la France, devenue puissance libérale, est en principe l'alliée de l'Angleterre. Il est impossible de la traiter comme le Portugal ou les républiques sud-américaines, simples clientes de l'Angleterre, Elle est assez forte, peut-être, pour disputer à l'Angleterre le patronage des petites nations. Comment faire alors pour empêcher que, dans l'union franco-anglaise, qui est une nécessité de l'heure, la France soit aussi manifestement que possible maintenue au second rang? Problème diffî-

1. Ed. Rev., décembre 1831, art. vi. Récent Histortj... of Portugal (vol. LIV p. 442). — Cf. Ed. Rev , a\Til 1832, art. x. History... of Roland (vol. LV, p. 264) : It is in vain to deny that two great antagonist principles now divide Europe — freedom and despotism. They are to be tounà contending from Lisbon to St Petersburgh; and we meet them in every political question — The absolûtes can carry their ends only by war; from which they are now restrained by a sensé, if not of weakness, certainly of that whicli is akin to it, insecurity. The best security of the libérais is in tranquillity ; and in their strength, thereforc, lies peace.

2. Le roi à lord Grey, 16 avrU 1832 (Corr. of Earl Grey with William IV, voL H, pp. 351 sqq.), Cf. Greville Memoirs, 10 septembre 1833.

elle : « Paris, écrit lord Palmerston à son frère, est le pivot de ma politique étrangère ^ ».

Casimir Périer avait posé les principes de la BELGIQUE. ^ bonne entente », de 1' « entente cordiale ^ »

MÉDITERRANÉE. ,,. , . c- t ir f • -^ -4.

TA r.T,AT^T,r,r,rT^ svcc 1 Angleterre. Si 1 alliance française était

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