DES ESCLAVES
tique coloniale, a vrai dire, plutôt que de politique
intérieure au sens propre du mot, — ce fut le problème de l'abolition de l'esclavage. La question était déjà presque mûre, avant la Révolution de Juillet : il fallut cette révolution pour la jeter au second plan sur les programmes des candidats, lors des élections générales. Après quoi la propagande antiesclavagiste, loin de se ralentir, prit au contraire, sous l'influence des événements, un caractère révolutionnaire.
Le ministère whig pratiqua d'abord, en la développant, la politique de réforme modérée qui avait été adoptée par Canning et lord Bathurst. Dans les vieilles colonies des Antilles, des avantages matériels (un abaissement des droits perçus sur l'importation de leurs sucres) furent promis aux planteurs s'ils donnaient, chez eux, force de loi aux décrets par lesquels le gouvernement avait, dans les colonies dites de la Couronne, étabU un régime de protection légale du travail des esclaves ^. En même temps le gouvernement proclama l'émancipation de tous les nègres qui étaient la propriété directe de la Couronne *. Mais le résultat immédiat de cette démarche gouvernementale fut de déchaîner une insurrection. Les nègres
1. H. uf L., 3 juiu 1833 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVIIl, pp. 23<S sqq.).
2. Lord Palmerston à lord Graiiville, 1^' mars 1831 : Cowley's stalement th a Austria does not mean to raeddle with the Pope's territory is satlsfactory and relieving. We are ail too busy with Heform to make it possible to give you instructions about Italy; — et, 9 mars 1831, du même au même, cette phrase caractéristique : I hâve been too busy to write lo vou for some days ( Sir H. L. Buhvcr, Life of Viscoiint Pulmersio i, Book VIII; 'éd. Tauchîiitz, vol. II, pp. 48, 49.)
3. Ann. Reg. 1S32. PubUc Documents, pp. 282 sqq. — Cl. H. of C, 15 avril 1831 : discours de lord Althorp: 23 murs 1832 : discours de lord Althorp et de lord Howick {Pari. Deb., 3rd ser., vol. III. pp. 1423; vol. XI, pp. 807, 815).
4. H. of C, 17 août 1831 : explications données par lord Howick en réponse à une question de Burge {Pari. Deb., 3rd ser., vol. VI, p. 160).
des Antilles surent que le gouvernement avait pris des mesures en leur faveur, mais ils n'en comprirent pas la vraie nature : le bruit se répandit parmi eux que le roi d'Angleterre avait proclamé, pour la Noëi, la liberté de tous les esclaves. En décembre éclata à la Jamaïque une formidable révolte d'esclaves, qui pendant une dizaine de jours livra l'île au pillage ^
La loi martiale fut proclamée. Les miliciens blancs rétablirent l'ordre. A Londres, le groupe colonial qu'on appelait le West India Interest essaya d'exploiter les désordres pour obtenir l'ajournement de l'émancipation des esclaves. Mais les antiesclavagistes, Buxton en tête à la Chambre des Communes, veillaient :ils savaient que les conjonctures leur étaient favorables. Ce qui faisait au Parlement la force du Wesl India Inlcrest, c'est le pouvoir qu'il avait d'acheter, argent comptant, la représentation d'un certain nombre de bourgs pourris. Aux mois d'avril et de mai 1832, au moment où se livrait, avant le vote du Reform Bill, la dernière bataille, il apparut que combattre l'esclavage, c'était enlever au parti tory un moyen de corruption. Lord Harewood défendait les planteurs à la Chambre des Lords : or, il se trouvait être, dans ce Yorkshire si passionnément attaché tout à la fois à la cause de la Réforme et à la cause de l'antiesclavagisme, le chef du parti tory. Le marquis de Chandos, aux Communes, était le protagoniste des partisans de l'esclavage, en même temps que le plus actif et le plus habile des adversaires du Reform Bill. « N'hésitez pas, écrivait Perronet Thompson dans le Westminster Review, à jeter bas un abus, surtout lorsque, comme c'est le cas pour l'esclavage, les défenseurs de cet abus défendent en même temps tous les autres - ». Cobbett le démagogue, qui pendant longtemps avait été l'ennemi de l'antiesclavagisme, qui devait au fond de son cœur le demeurer toujours, se raUia pour un temps à la cause : il donnait ainsi satisfaction à ses haines politiques '.
Ajoutons que la querelle des esclavagistes et des antiesclavagistes prenait l'aspect d'une guerre de religion. Les sectes dissidentes, chez qui l'esprit de prosélytisme s'était réveillé depuis un demi-siècle, évangélisaient les nègres des Antilles. En Angleterre, elles servaient de centre de ralliement aux boutiquiers, aux ouvriers; dans les Antilles, aux esclaves. Les prédicateurs, méthodistes ou baptistes, ne poussaient pas les nègres à l'insurrec-