Ann. Reg., 1832, Public Documents, pp. 2So sqq
2. Article du colonel Thompson dans le Westminster Review, cité par A. Prentice, Hist. Ske'ches of... Manchester, p. 352.
?>. Pol. Reg., 4 août 1832 : It now appears tliat, in fact, thèse slaves are in gênerai the property of the English boroughmongers, that they are so in great part at least, and that the fruit of the labour of thèse slaves abro id. has long been converted into the ineans of raaking us liaves at home... their continuing to hold slaves cannoc be good to the people of England (vol. LXXVI!, p. 261).
tion. Mais ils leur faisaient sentir chaque jour qu'ils étaient les égaux des blancs devant Dieu, leur promettant l'émancipation prochaine, leur racontant comment en Angleterre les évangéliques se livraient en leur faveur à une propagande inlassable. Il n'est donc pas surprenant qu'au moment où la guerre servile éclata, la fureur des propriétaires d'esclaves se soit tournée contre eux. Au mois de janvier 1832, quatorze chapelles furent détruites par les colons; et il se constitua une Church Union pour faire une guerre impitoyable aux protestants des sectes ^. C'est donc entre ces sectes et l'Église anglicane, au moment précis où celle-ci était en butte à de formidables animosités, que la bataille s'engagea. Les wesleyens, qui constituaient la plus conservatrice de toutes les sectes, qui systématiquement s'abstenaient d'intervenir dans les luttes des partis, considéraient la question de l'esclavagisme comme une question morale et religieuse plutôt que politique, et recommandaient à leurs coreligionnaires d'exiger de tous les candidats parlementaires, avant de voter pour eux, qu'ils s'engageassent à appuyer l'abolition radicale de l'esclavage aux colonies ^. La résistance de l'Église se trouva afïaiblie par le fait que sur cette question, comme sur tant d'autres, le parti évangélique sympathisait avec les méthodistes. Un évangélique de marque, avocat en renom, Stephen, sacrifia un bel et lucratif avenir pour entrer au ministère des colonies, et travailler à l'émancipation rapide des nègres.
Tant que lord Goderich resta ministre des colonies, les bureaux perdirent inutilement beaucoup de temps à négocier avec les représentants des planteurs l'adoption d'un projet qui préparât l'émancipation des esclaves sans léser trop gravement les intérêts de leurs propriétaires. Mais Stanley lui succéda en mars 1833 : ses relations avec O'Connell étaient devenues si mauvaises qu'il n'était plus possible de lui laisser la gestion des affaires d'Irlande. Il voulut prendre sa revanche de son échec irlandais par un coup d'éclat. En moins de deux mois, il mit à lui seul sur pied un bill d'émancipation ^.
Il serait décidé, en premier lieu, que tous les enfants, à naître ou déjà nés et âgés de moins de six ans au moment de l'entrée en vigueur de la loi, seraient déclarés inconditionnellement libres. C'est ce que Buxton avait proposé il y avait précisément dix ans. Le ministère, répudiant la méthode temporisatrice de Canning, se ralliait à la méthode radicale des antiesclavagistes.
1. H. of C, 24 mai 1832 : discours de Fowell Buxton (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XII,p.41).
2. Wesleyan Methodists. Minutes of Conférence, vol. VI, p. 613 (Conférence de 1830); vol. VII, pp. 66-7 ( Conférence de 1831) et 175-7 (Conférence de 1832).
3. H. of C, 14 mai 1833 : discours de Stanley (PaW. Deb., 3rd ser., vol. XVII, pp. 1193 sqq.).
Cette méthode ne devait cependant aboutir que lentement à l'émancipation intégrale, puisque, si on s'en tenait là, tous les esclaves âgés de plus de six ans le jour de la promulgation de la loi étaient condamnés à rester perpétuellement esclaves. Stanley instituait à leur intention un système d' « apprentissage » réglé par la loi. La journée de travail serait de dix heures. Les trois quarts de la journée de travail appartiendraient au propriétaire moyennant une certaine allocation en nature ou en argent. Le quart restant appartiendrait à l'esclave, qui pourrait soit en disposer à son gré, soit en effectuer le versement en vue du rachat final de sa liberté. Le salaire de l'esclave, pendant ces deux heures et demie de travail quotidien, serait fixé de manière que, versé intégralement entre les mains du propriétaire, il pût racheter en douze ans la liberté de l'esclave. L'idée de ce régime d'apprentissage légal dérivait du principe qui avait inspiré toute la politique de Canning en matière d'institutions serviles. La différence, c'est que Canning avait institué un régime légal d'esclavage atténué dans l'espoir d'amener éventuellement les propriétaires à émanciper volontairement leurs esclaves. Stanley organisait le nouveau régime comme un régime de transition qui devait automatiquement, si l'esclave le voulait, faire place au bout de douze ans à un régime de Hberté complète.
En dernier lieu, afin de ne pas exposer les propriétaires aux risques d'un paiement incertain et lointain, l'État s'interposait entre les esclaves et leurs maîtres. A ceux-ci il versait immédiatement une somme considérée comme équivalente à ce que donnerait le rachat progressif de tous les esclaves : 15 000000 1.. Et c'est entre les mains de fonctionnaires impartiaux, envoyés par l'État aux Antilles, que les esclaves feraient, pendant douze ans, les versements destinés à racheter leur hberté.
Les colons déclarèrent qu'une somme de 15 000 000 1. ne leur suffisait pas ; ils demandèrent 20 000 000 1. . Ils ne s'accommodèrent pas d'un « prêt », même quand le prêt n'était, selon la formule gouvernementale, qu'un prêt fictif : ils réclamèrent un « don » sans condition. Le gouvernement et le Parlement firent droit à leurs demandes : ils eurent un don de 20000 000 1. ^
Les antiesclavagistes, de leur côté, n'acceptèrent qu'en protestant le système d' « apprentissage » institué par Stanley, bien qu'il répondît à leurs vœux d'il y a dix ans. Ils critiquèrent un système bâtard qui ne pouvait, selon eux, fonctionner à la satisfaction ni des maîtres ni des esclaves. Les esclaves n'auraient aucun mobile pour les stimuler au travail : ils ne travailleraient pas. Les maîtres fatigueraient l'Angleterre de plaintes
1. H. of C, 10 juin 1833 : discours de Stanley (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVllI, pp. 547 sqq.).
auxquelles on ne pourrait donner satisfaction, puisque ce ne serait pas l'esclave, mais le régime auquel il était soumis qui serait responsable de son oisiveté. D'ailleurs, puisque la somme versée entre les mains des planteurs ne constituait plus un prêt mais un don, puisqu'elle était arbitrairement portée de 15 0000001. à 20 0000001., pourquoi fixer au chiffre de douze, plutôt qu'à n'importe quel autre chiffre, le nombre d'années au bout desquelles 1' « apprenti » deviendrait un homme libre? Le gouvernement tint compte de ces critiques : et la durée du nouveau régime d'apprentissage fut réduit de douze ans à sept ans pour les esclaves employés au travail de la terre, à cinq ans pour les autres ^.
Ainsi remaniée, la loi passa sans difficulté dans les deux Chambres, à de grosses majorités. L'insurrection de la Jamaïque, contre-coup de la Révolution de Juillet, devait donc, entre tant d'autres insurrections contemporaines qui avortaient, être classée comme une insurrection qui réussissait. Mais, pour faire comprendre la joie qui accueillit l'émancipation <ies noirs, les grandes manifestations qui marquèrent un an plus tard, à travers toute l'Angleterre, le jour fixé pour l'entrée en vigueur de la loi, il importe d'insister sur le caractère essentiellement chrétien du mouvement. Ce que la bourgeoisie libérale ne sut pas faire à cette même date, en France, pour les esclaves des Antilles, la bourgeoisie évangélique eut l'audace de l'accompUr en Angleterre : et Wilberforce, quand il mourut quelques semaines après le vote de la loi émancipatrice, put se rendre ce témoignage que la victoire remportée par les noirs était véritablement sa victoire. Sans doute la « Revue de Westminster », organe du groupe de Bentham, fait campagne à fond pour la loi ; mais ici même des influences religieuses s'exercent : le rédacteur en chef, John BowTing, est un chrétien libéral, qui atténue, autant qu'il peut, l'antichristianisme du maître. Et d'autre part Joseph Hume, au Parlement, ne se lasse pas de prêcher la prudence : il demande que l'on n'aille pas « se jeter tête baissée dans un précipice ^ ». Sans doute Brougham a été, dans les milieux politiques, à côté de Wilberforce et de Buxton, le zélé protagoniste de l'émancipation : mais la « Revue d'Edimbourg », dans l'article qu'elle consacre à passer en revue toutes les réformes accomplies au cours de la première session du nouveau Parlement, ne parvient pas, tout en glorifiant l'abolition de resclavage,à dissimuler ses appréhensions: elle reconnaît l'extrême « difficulté du sujet » et déplore les «extravagances du parti antiesclavagiste ^ ■■.
1. H. of C, 24 juillet 1833 : amendement Fowell Buxton : 25 juillet 1833: discours de Stanley (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XIX, pp. 1184 sqq., 1238-9).
2. H. of C, 7 juin 1833 (Pari. Deb., 3rd, ser., vol. XVIII p. 45it).
3. Ed. Rev., octobre 1833. art. x. First Session of itxe Reformed Parliament (vol. LVII 1, pp. 206, 207).
N'exagérons pas l'importance de ces réserves : « libéraux » et « évangéliques » ont coopéré au vote de la loi. Ce n'en est pas moins un fait caractéristique que la première grande loi de libération votée par le Parlement réformé ait été votée sous l'influence combinée du libéralisme politique et du piétisme évangélique.
Si l'on veut définir un aspect du nouveau libé- LE LIBÉRALISME ralisme qui soit exempt de tout sentimentalisme
ÉCONOMIQUE chrétien, c'est aux économistes qu'il faut deman-
ET LA QUESTION (jgj. cette définition. Non seulement le groupe de
DES MONOPOLES. t> 4.u 4- i u ^ ^ i i:> i att x
Bentham et les hommes de la « Revue de \\ est- COMPAGNIE , . , ,.,
DES INDES minster », mais les simples libéraux, les ecri-
ET BANQUE vains de la « Revue d'Edimbourg », étaient les
D'ANGLETERRE disciples d'Adam Smith et de Ricardo. Les
plus optimistes considéraient que les intérêts des individus sont naturellement harmoniques, et que seule l'ingérence de l'État empêche cette harmonie de se manifester. D'autres, plus pessimistes— ceux qui suivaient de plus près Ricardo — ne méconnaissaient pas qu'il existe, entre capitalistes et ouvriers, entre propriétaires et capitalistes, des désharmonies naturelles d'intérêt, et que peut-être, avec le progrès du genre humain, ces désharmonies tendent à s'aggraver plutôt qu'à disparaître : mais ils tombaient d'accord avec les autres pour penser que l'État, par son intervention nécessairement maladroite, ne peut pas éviter de les rendre plus graves. Les uns et les autres proposaient donc un programme de libération économique. C'était répondre au vœu des économistes que de s'attaquer à certaines survivances de législation féodale par lesquelles était protégée la propriété foncière : faire que le droit de chasse ne fût plus un privilège attaché à la possession du sol et que le commerce du gibier devînt licite ^ ; faire que les créanciers eussent dorénavant recours sur les biens immobiliers des débiteurs au même titre que sur leurs biens mobiliers *. Et c'était répondre encore au vœu des économistes que de poursuivre l'abolition des monopoles légaux qui entravent la liberté des individus : liberté de consommer et de produire, liberté d'acheter et de vendre. Or, deux gros monopoles arrivaient précisément à échéance en 1833 et en 1834 : le monopole de la Compagnie des Indes Orientales et le monopole de la Banque.
En vertu du nouveau régime qui fut institué, la Compagnie des Indes Orientales conserva l'administration des Indes sous le contrôle du gou-