LIMITATION
p est travaille par la propagande antiesclavagiste,
DE LA JOURNÉE dont les organisateurs sont les évangéhques, DE TRAVAIL ceux de l'Éghse anghcane aussi bien que ceux
des sectes. Deux de ces piétistes, un manufacturier de Bradford, nommé John Wood, un régisseur de grands domaines nommé Robert Oastler, se demandent s'il n'y a pas en Angleterre et dans le Yorkshire même des misères aussi pitoyables que celles des nègres des Antilles : ils songent aux enfants qui sont astreints, dans les manufactures, à travailler jour et nuit pendant quatorze, quinze, seize heures de suite, — aux petits esclaves blancs des fabriques. Oastler est un tory, des opinions de John Wood nous ne saurions rien dire. Mais il ne semble pas que d'abord aucune arrière-pensée politique les anime. C'est dans les colonnes du grand journal libéral de Leeds, le Leeds Mercury, qu' Oastler commence sa nouvelle propagande. Un groupe de manufacturiers de Bradford se rallie au mouvement, rédige et signe une pétition que lord Morpeth, représentant libéral du Yorkshire, s'engage à déposer en leur nom au Parlement. De quoi s'agit-il en somme? D'étendre aux ouvriers drapiers
1. Sur les résistances protestantes au compromis de 1831, voir Rev. W. Hanna, Memoirs of ... Thomas Chalmers, vol. III, pp. 249 sqq.
du Yorkshire les bénéfices de la législation qu'on a commencé d'élaborer en ce qui concerne les ouvriers en cotonnades, Hobhouse, représentant radical du bourg de Westminster, et quia déjà fait voter par le Parlement, en 1825 et en 1829, deux lois pour la protection des enfants employés dans les manufactures de coton ^ rédige un nouveau bill -. Interdiction du travail de nuit pour les ouvriers âgés de moins de vingt et un ans. Journée de douze heures pour les ouvriers âgés de moins de dix-huit ans. Extension de ces dispositions à tout le textile, à la laine, au chanvre, au lin et à la soie, aussi bien qu'au coton.
Alors, après ce facile début, les déceptions commencèrent. Les manufacturiers d'Ecosse s'insurgèrent en masse ^ : moins bien outillés que ceux du Yorkshire, ils croyaient sans doute ne pouvoir leur faire concurrence que par l'exploitation de la main-d'œuvre ouvrière. Dans le Yorkshire même, les manufacturiers progressifs qui avaient pris l'initiative du mouvement virent se dresser contre eux la majorité des fabricants * : finalement, après de traînants débats ^, Hobhouse capitula. Le bill ^> tel qu'il fut voté par les deux Chambres, fut une simple loi de « consolidation » des lois antérieures, et concerna exclusivement les ouvriers des cotonnades. Ajoutons que, comme toutes les lois ouvrières antérieures, il n'établissait aucun service de contrôle pour veiller à l'apphcation des dispositions adoptées : même pour les ouvriers du coton ce ne devait être qu'une stérile déclaration de principes ''.
Par réaction ^, le mouvement d'opinion dans le Yorkshire s'aggrava : s'aggravant, il changea de forme. On était en pleine crise pohtique. La gentry, depuis longtemps mortellement brouillée avec les parvenus des manufactures, s'alarma de les voir se servir du Reform Bill pour
1. 6 Geo. IV, c. 63; 10 Geo. IV, c. 51, à laquelle il faudrait ajouter pour être complet 10 Geo IV, c. 63 : mais ce n'est ici qu'une loi de pure forme, ayant pour objet de rendre valide la loi précédente votée irrégulièrement. Voir Diary of J. S. Hobhouse, 19 et 23 juin 1829 {Lord Broughton's Recolleciions of a long lije, vol. III, p. 323).
2. H. of C, 10, 27 juillet 1831 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. IV, p. 1447; vol. V, p. 388).