EN IRLANDE
tique que le peuple anglais venait de traverser, sensiblement aggravé. Les statistiques officielles donnaient, pour l'année 1832, neuf mille faits qualifiés crimes, sur lesquels cinq cent soixante-huit incendies, deux cent quatre-vingt-dix mutilations de bestiaux, deux cent quarante-deux homicides ^. Il ne se passait pas de semaine que le public anglais ne fût informé de quelque atrocité, commise par une bande armée, à laquelle l'impunité semblait presque assurée. Car il était interdit aux Irlandais de dénoncer les coupables sous peine de périr de mort violente. Si la justice réussissait à mettre la main sur un coupable, le gouvernement se heurtait à une nouvelle difficulté : les jurés se dérobaient.
Stanley, secrétaire en chef pour l'Irlande, était en guerre ouverte avec le parti d'O'Connell : tout, dans ses discours et ses actes, respirait une sorte d'énergie belliqueuse. Il déclara qu'il ne répondait pas du rétablissement de l'ordre en Irlande sans des mesures exceptionnelles pour lesquelles le vote d'une loi serait nécessaire. Lord Grey se rallia à ses vues, et emporta,
1. H. of L., 15 février 1833 : discours de lord Grev (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XV, p. 733).
non sans peine, l'adhésion de ses collègues plus libéraux. Un Pcace Préservation and Coercion Bill fut introduit à la Chambre des Lords le 15 février 1833, et définitivement adopté le P^ avril, après débats dans les deux Chambres^. La nouvelle loi exigeait dix jours d'avertissement préalable et la sanction du lord lieutenant pour la tenue d'une réunion ayant pour objet de présenter une pétition au Parlement. Elle donnait en outre au lord lieutenant le droit de « proclamer » les districts où il jugerait que les désordres exigeaient une répression spéciale. Dans tout district « proclamé », les habitants devaient s'abstenir de toutes réunions séditieuses et illégales; nul ne devait s'absenter de son domicile pendant les heures de nuit sans fournir une raison valable de son absence; la police avait le droit de pénétrer dans les maisons pour chercher les armes cachées, et le lord lieutenant avait le droit de substituer aux tribunaux civils des conseils de guerre dont la loi définissait la composition, la procédure et les attributions. Enfin la loi dliabeas corpus était suspendue : trois mois devaient s'écouler avant qu'un prévenu eût le droit de réclamer sa mise en jugement. Ce furent les articles relatifs à l'institution des conseils de guerre qui soulevèrent à la Chambre des Communes les plus vifs débats : ils subirent, avant d'être adoptés, de notables atténuations-. Même avec ces atténuations, la loi restait extrêmement dure.
Singulière entrée de jeu pour le premier Parlement réformé! Lord Palmerston s'en amusait. « Jamais, écrivait-il à son frère, on n'a adopté un projet de loi plus violent.... C'est un vrai tour de force.... Peu de gouvernements absolus, usant de leur autorité, auraient pu imposer un système comparable à celui que les représentants du peuple, librement choisis, sont en train de mettre à la disposition du gouvernement de ce pays '. » Il est vrai qu'il ajoutait : « Cette loi va être suivie par des mesures de réforme, et c'est par où nous différons d'avec Metternich et le pape. » Quelles étaient donc les réformes que, pour l'heure, réclamait le peuple irlandais?
L'Irlande demandait d'abord, ou O'Connell réclamait en son nom, l'abrogation de l'Acte d'Union, le rétabUssement du Parlement de Dublin; et la question offrait suffisamment d'acuité pour que le ministère crût à propos, dans le discours du trône, de protester contre toute atteinte à