DE LA SÉPARATION
DE L'ÉGLISE programmes divergents de ceux qui réclamaient,
ET DE L'ÉTAT en Angleterre, en Écosse, en Irlande, au moment
où s'assembla le premier Parlement réformé, la suppression des abus de l'Éghse.
Il y avait d'abord un parti, dogmatique et turbulent, qui réclamait,
1. H. of C, 27 février 1833 {Pari. Dcb., 3rd ser., vol. XV, pp. 1 226-7).
2. H. 0/ C, 18 mars 1833 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVL pp. 758, 766).
3. H. of C, 18 mars 1833 : certainly his opinion was, that the clause would be bctter •wlthout the Amendment, and the Government agreed to it merely in déférence to the opinion of one hon. gentleman {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVI, pp. 767-8 .
4. H. of C, 5 février 1833 {Pari Deb., 3rd ser., vol. XV, p. 148).
sans phrases, la suppression de l'Église en tant qu'Église d'État, la séparation de l'Église et de l'État. Sur ce point comme sur bien d'autres, les radicaux anglais se défendaient d'être des utopistes : ils demandaient que la démocratie anglaise s'organisât sur le modèle de la démocratie américaine. Ils alléguaient que, depuis le jour où les catholiques avaient été politiquement émancipés, où les Dissidents avaient été dispensés de se soumettre aux obligations du Test Ad, la séparation de l'Église et de l'État avait été virtuellement accomplie. Que restait-il à faire pour la consommer? Il fallait dispenser les Dissidents de l'obligation, encore subsistante, d'être baptisés, mariés, enterrés, selon le rite de l'Église établie. Il fallait enlever à l'Église le monopole du haut enseignement, et conférer aux Dissidents soit le droit de fonder une Université autonome, soit l'accès aux collèges des Universités d'Oxford et de Cambridge. Il fallait enlever au clergé les quelques fonctions politiques qui lui étaient encore dévolues, et supprimer à la Chambre des Lords le « banc des évêques », si impopulaire depuis 1831.
D'autres revendications étaient inspirées par des préoccupations d'ordre plus matériel. Il fallait abolir les dîmes, avec ou sans compensation pour ceux qui les avaient touchées jusqu'à présent : la question était aiguë en Angleterre, en Irlande, en Ecosse. Il fallait abolir les contributions locales, appelées church raies, dont le montant, annuellement fixé par les vestries des paroisses, et payé par tous les contribuables, était affecté à l'entretien exclusif des églises du culte officiel. Les paroisses de la capitale étaient en état d'insurrection ouverte contre le paiement des church raies; et la loi de Hobhouse votée en 1831 en vue de la réforme des vestries avait été pour les mécontents un premier succès ^. Loi purement facultative, elle n'avait d'ailleurs guère été appliquée en dehors de la capitale. Mais, dans les provinces, l'ancien régime, soit que le vestry fût un vestry « ouvert » où tous les contribuables votaient en réunion publique, soit qu'il fût un vestry « fermé », où par accident les Dissidents se trouvaient avoir la majorité, permettait à de véritables insurrections de se produire contre le paiement des church rates ^. Il y avait enfin des Anglais qui ne se contentaient pas de demander l'abolition des dîmes et
1. Voir pour la métropole, les faits immédiatement antérieurs au vote de la loi de Hobhouse, qui contribuèrent sans doute au passage de la loi en même temps qu'ils préparèrent l'explosion subséquente (Pol. Reg., 24 septembre 1831; vol. LXXIII, pp. 779 sqq.). — En 1833, les habitants de Lambeth étaient encore réduits à procéder par voie de pétition contre un vestry élu selon le système de Sturges Bourne (Pol. Reg., 12 janvier 1833; vol. LXXIX, pp. 84-5).
2. V. les faits cités par Sp. Walpole, Hist. of England, vol. V, p. 267, pour les localités de Manchester {open vestry) et de Braintree, Essex (close vestry).
des charch rates : ceux-là proposaient que l'État confisquât les biens de l'Église comme l'Église avaity au xvi^ siècle, confisqué les biens de l'Église catholique. Ces biens pourraient être affectés soit au rachat de la Dette — c'était le système préconisé par Cobbett ^ — soit à telle ou telle fin d'assistance ou d'éducation populaire.
Quels étaient ceux qui présentaient ces revendications? Au premier rang parmi les ennemis de l'Église, on rencontrait les radicaux, ennemis en fait non seulement de l'Église anglicane mais de toute Église et de toute religion, les disciples de Bentham et de James Mill, d'une part, et, d'autre p^rt, les révolutionnaires proprement dits qui dépassaient en violence le groupe des utilitaires. Mais ils avaient, dans cette campagne nouvelle qu'ils engageaient contre l'Église d'État, des alliés au sein même de l'Église chrétienne.
C'étaient les protestants des sectes. Leur nombre s'accroissait d'année en année : pour la seule Angleterre, il dépassait certainement déjà le deuxième million ^. Leur organisation s'améliorait : c'est ainsi que les Indépendants, surmontant enfin leurs vieux préjugés autonomistes, venaient, en contituant la General Congregational Union, de se donner une organisation centralisée ^. Enfin il semblait que la Réforme électorale de 1832