‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 51 sur 158 · Pol. Reg., 14 jan\àer 1831 (vol. LXXV, pp. 129 sqq · texte numérisé non relu

Pol. Reg., 14 jan\àer 1831 (vol. LXXV, pp. 129 sqq

2. Le nombre des Dissidents fut, vers cette époque, l'objet de discussions passionnées, trop passionnées pour que le contrôle en soit facile. Voir plus haut, p. 57, les statistiques du Morning Chronicle, — que le Standard contesta; voir surtout les renseignements abondants que donne James Bennett, History of Dissenters during the last thirtif years from 180S to 183S, pp. 268 sqq. — Joseph Hume (H. of C, 5 mai 1834; Parl.Deb., 3rd ser., vol. XXMI, p. 509) considère les Dissidents comme étant en majorité. « From returns in his possession, it appearedthat in 29 large manufacturingtowns in England, the members of the Established Church formed only one fifth of the population ». — O'Connell (H. of C, 3 juin 1836; Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXlV,p. 79) estime que les Dissidents sont six millions contre huit millions de membres de l'Église. — Estimations l'une et l'autre \isiblement exagérées, si l'on ne considère comme Dissidents que les pratiquants des cultes autres que le culte anglican; mais il y a, dans les basses classes, une masse d'indifférents que l'Église Établie revendique, puisqu'ils se marient selon ses rites, que le Dissent peut revendiquer aussi, puisque, s'ils se marient à l'église, c'est parce que la loi les y contraint, et que, le reste du temps, ils ne prennent part aux cérémonies d'aucune Église. Voir les statistiques, singulièrement discordantes, que donnent, pour le Lancashire, le British Magazine, organe de la Haute Église, (vol. V, pp. 205, 477) et Slaney, membre radical du Parlement (H. of C, 30 novembre 1837; Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXIX, pp. 39<'-l). — Le chiffre auquel il convient de s'arrêter, c'est, nous scnible-t-il. le chiffre de trois millions. Il est accepté officiellement par les Dissidents en 1828 (Test Act Reporter, p. 442); par James Bennett, dans son History of Dissenters, p. 272; par lord Henley, Plan of Church Reform, 1832, p. x; par lord Grey et par l'évêque de Londres, H. of L., 17 juillet 1833 {Pari. Deb., 3rd ser., vol XIX, p. 739). Ce chiffre comprend les catholiques avec les protestants des sectes.

3. British Magazine, V^ septembre 1833 (vol. IV, pp. 241 sqq.). — Congregational Magazine, octobre 1836 (vol. XII, pp. 628 sqq.). — J. Waddington, Congregational History, Continuation to lifôo, pp. 348 sqq. — R. \V. Dale, History of English Congregationalism, pp. 686 sqq.

dût accorder, dans les circonscriptions urbaines, une influence prépondérante aux groupements nonconformistes. Nous voyons en conséquence se former, au mois de mars 1833, un comité, qui prend le nom d' United Commitiee, pour l'étude et le redressement des injustices auxquelles les Dissidents sont en butte \ Mais le programme du nouveau comité était très modéré : s'il réclamait que l'on mît enfin les Dissidents sur un pied de complète égalité civile avec les membres de l'Église anglicane, il s'abstenait de présenter la revendication extrême de la séparation de l'Église et de l'État-. Nous avons vu d'ailleurs quelle avait été l'apathie des Dissidents, lors des élections de décembre.

Il y avait une seule partie du Royaume-Uni où, dans le premier semestre de 1833, la séparation de l'Église et de l'État constituât ie programme explicite des protestants des sectes : et ce n'était pas l'Angleterre, c'était l'Ecosse. En Ecosse, l'Église d'État, c'était l'église presbytérienne : or, les groupes qui s'étaient, depuis un demi-siècle, détachés de l'Église presbytérienne sur des questions de dogme, changeaient maintenant d'attitude, et pensaient avoir découvert que la véritable raison pour laquelle l'Église d'État versait dans le latitudinarisme et le rationalisme, c'était le fait même de son alliance avec l'État ^. Marshall, Ewing, Wardlaw mettaient, à la fin de 1832, cette nouvelle agitation en branle. « Ce qui est national, écrivait Wardlaw, ne saurait être pur ^ ». Et il se fondait une Voluntary Church Association pour affirmer la nécessité de substituer, dans l'organisation des éghses chrétiennes, le principe « volontaire ^ » au principe de l'obhgation. Car une religion d'État, une religion imposée par la loi, « sécularise la religion, favorise l'hypocrisie,

1. Christian Adaocate, mai 1831. Les Wes'eyens et les Quakers refusèrent de se joindre aux autres dénominations.

2. Ed. RciK, février 1832, art. i. The Church and the Dissenters (3d ser., vol. VII, p. 113) : ... They hâve engaged in no warfare against the temporalities of the possessioned church; rarely are they found declaiming against the Establishment, or even its abuses, and the conduct of the clergj'; and when thèse subjects are adverted to, It is, nine times out of ten, in self-defence.

3. Ed. Rev.. juillet 1833, art. i. Conlroversij on Establishments (3rd ser., vol. X, pp. 69 sqq.).

4. Civil Establishments of Christianity tried by their only anthoritatiue test, the ivord of Cad, 1833, p. 43.

5. Pour les origines de l'expression, voir déjà Paley, Principles of Moral and Political Philosophy, 1785, Book VI, chap. x : This maintenance (of the clergy) must either dépend upon the voluntary contributions of their hearers, or arise from revenues assigned by authority of law... The difFiculty with which congrégations woiild be established and upheld upon the voluntary plan... {2^ éd., vol. II, pp. 310, 312). — Robert Hall, -in Apoloyy for the Freedom of the Press, 1773, p. 75 : Turn a Christian Society into an established church, and it is no longer a voluntary assembly for the worship of God : it is a powerful corporation, full of such sentiments and passions as usually distinguish such bodies; a dread of innovation, an attachment to abuses, and propensity to tyranny and oppression.

perpétue l'erreur, entraîne l'incrédulité, détruit l'unité et la pureté de l'Église, trouble la paix et le bon ordre de la société civile » ^

Plus animés encore étaient les six millions de catholiques irlandais sous la conduite d'O'Connell. Celui-ci, disciple de Bentham en même temps que pieux catholique, se déclarait, à la suite de son maître, partisan de la démocratie intégrale, du libre-échangisme intégral et de la séparation intégrale de l'État et de l'ÉgUse, Et quelle partie du Royaume-Uni en vérité, apportait plus d'arguments que l'Irlande à l'appui de cette thèse? Comment justifier cette ÉgUse d'État nombreuse et opulente dans un pays où la population était en immense majorité catholique, relevait en d'autres termes de cette ÉgUse même qui avait été dépouillée pour enrichir l'Église Établie d'aujourd'hui? Fallait-il considérer l'ÉgUse d'État comme une égUse de missionnaires, largement subventionnée pour travailler à la conversion de l'Irlande? Mais n'était-il pas temps de constater, après deux siècles écoulés, qu'elle avait failli à cette tâche? Et, depuis que l'État, par l'émancipation catholique, semblait s'être formellement déclaré indifférent en matière de religion, pouvait-il même l'assumer?

A cette thèse radicale s'opposait la thèse, très LE PROGRAMME différente, de la « réforme ecclésiastique », ou

DE LA RÉFORME r^u u d f r • i - • • ^

DE L'ÉGLISE Church ite/or/n. Ceux qui la préconisaient recon-

naissaient le péril où se trouvait l'Église depuis V Emancipation Ad et l'abrogation du Test Ad. Mais, loin de vouloir la réduire à n'être plus qu'une secte entre les sectes, ils voulaient la réformer afin de la fortifier en la rendant plus pure. Même parmi les hommes de la « Haute Église >>, il en était qui reconnaissaient la nécessité d'une réforme. L'archevêque de Canterbury avait pris l'initiative, en 1831, de déposer à la Chambre des Lords trois bills pour l'amélioration du système des dîmes, pour le relèvement, dans certains cas, des traitements des ministres du culte et pour la réglementation des cumuls ecclésiastiques ^. Mais, d'une façon générale, le parti de la « Haute Éghse » se défiait de l'idée, et presque du mot même de « réforme ». Les High Churchmen aimaient

1. Rev. W. Hanna, Memoirs of... Thomas Cbalmers, vol. IH, pp. 349-350.

2. Sur le bill relatif aux dîmes (facultatif), voir quelques détails dans Cobbett, Pol. Reg., 13 août 1831 (vol. LXXIII, pp. 415 sqq.), et Rev. J. Miller, A Letter tothe Right Hon. the Earl Grey...on the origin and nature of church property, and the connection of tUhes wilh the existing agricultural distress, and on improvements which may be safely adopted without the introduction of a new principle, 1831, p. 60. — Sur le bill relatif aux cumuls ecclésiastiques (renforçant les pouvoirs du Chancelier et de l'Archevêque), voir H. of L., 25 août, 13, 20, 26 septembre 1831 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. VI, pp. 854, 1372; vol. VII, pp. 229, 589).

à faire observer que les abus tant dénoncés étaient dus en grande partie au droit de patronage ecclésiastique que la constitution de l'Église anglicane accordait à la couronne et aux laïques ^. Ils mettaient en lumière ce que certains évéques, usant de leur autorité, avaient su faire depuis quelques années pour corriger ces abus^. Que l'on renforçât l'autorité épiscopale, que l'on choisît les évêques dans le parti de la « Haute Église » comme avait fait lord Liverpool pendant les longues années de son ministère : il n'en fallait pas davantage, à les en croire, pour épurer l'Église ^

C'est dans le parti évangélique, toujours numériquement faible aux plus hauts degrés de la hiérarchie — un seul évêque en 1832 s'y rattachait — mais de plus en plus actif et nombreux dans le corps de l'Éghse, que la revendication de la réforme était énergique. Inquiets de voir le nonconformisme faire chaque jour de nouvelles recrues, les évangéliques prétendaient, à l'intérieur de l'Église, rivaliser de piété avec les sectes et, pour cela, accentuer le caractère protestant de cette Éghse, que le parti du High Church était trop porté à effacer. Ils demandaient que l'on prit au sérieux les « trente-neuf articles », profession de foi de l'anglicanisme et que l'on réformât à cette fin la liturgie. Il fallait abroger l'interminable office des matines ; supprimer le Credo de Saint-Athanase, ou tout au moins dans ce Credo les damnatory clauses, les articles qui déclarent certaines opinions théologiques dignes de la damnation éternelle; et corriger les rites de l'ordination, du baptême, du mariage, des funérailles, de l'absolution, où bien des formules choquaient un protestant orthodoxe, portaient encore la marque de la superstition romaine*.

Ils demandaient que l'on construisît de nouvelles éghses. Ils demandaient que l'on multiphât le nombre des évêques, que l'on découpât deux évêchés dans le diocèse de York, dans le diocèse de Lincoln " : un réformateur allait jusqu'à réclamer que l'on portât à quatre-vingtquatorze le nombre des évêques en Angleterre et au pays de Galles ®. Ils demandaient que les nominations ecclésiastiques n^ fussent pas abandonnées aux caprices de la politique, et que le ministère fût assisté dans son choix par une commission mixte où des représentants de l'épiscopat

1. Rev. E. Burton, Thoughts upon the Demand for Church Reform, 1831, pp. 14-15, 22.

2. British Critic, janvier 1832, vol. XI, pp. 172 sqq. (mandement de l'évêque de Durhara).

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