‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 58 sur 158 · Rev. William Palmer, A Narrative..., p · texte numérisé non relu

Rev. William Palmer, A Narrative..., p

décembre, un théologien d'Oxford, déjà fameux par ses travaux d'iiébraïsant, Pusey, publia un véritable traité sur la pratique du jeûne.

En quoi consiste la doctrine commune du groupe? Les problèmes de l'heure forçaient, en 1833, les jeunes théologiens d'Oxford à prendre position sur deux points. Premièrement, l'essentiel de la religion chrétienne,, c'est le sacrement de la communion : les évêques, et sous leur autorité les prêtres, ont été désignés par Dieu pour l'administrer il'épiscopat est donc d'institution divine. Supprimer des évêchés comme vient de le faire le Parlement, c'est violer le dogme de la succession apostolique, usurper sur la puissance divine. Deuxièmement, l'Église anglicane pratique un culte dont les détails sont fixés par le livre de prières officiel. Voici que des réformateurs prétendent, après avoir confronté la liturgie anglicane avec les « trente-neuf articles de foi » de l'Église, que la liturgie, sur tel ou tel point, contredit la doctrine, contient des vestiges de romanisme : ils demandent qu'elle soit revisée. De quel droit? Ne vaudrait-il pas mieux se fonder sur l'examen de cette liturgie pour déterminer quelle est la véritable doctrine de l'Église, pour comprendre que l'Église d'Angleterre est l'Église catholique à son état de pureté, par antithèse avec l'Église romaine, dégénérée depuis le Concile de Trente, et les sectes protestantes, également dégénérées, condamnées à verser tôt ou tard dans le socinianisme?

Bref, il s'agissait, pour Keble, Newman et leurs associés, de recommencer, mais en sens inverse, l'œuvre entreprise depuis un siècle par le parti évangélique au sein de l'Église. Les « évangéliques » avaient voulu « revivifier » l'Église en faisant appel aux émotions que peut susciter, dans une âme pieuse, le dogme de la justification par la foi. Ils avaient échoué : ils avaient fortifié démesurément les sectes qui maintenant se retournaient contre l'Église, qui peut-être allaient la détruire. Les « apostoliques » — c'est le nom, emprunté aux Carlistes, aux absolutistes espagnols, que se donnèrent les jeunes théologiens^ — allaient essayer de « revivifier m^ l'Église, en faisant appel à ces émotions, également vives, que provoque l'accomplissement du rite de la communion, la participation au drame, chaque jour renouvelé dans toutes les églises, du sacrifice divin. Après un siècle et

1. R. W. Church, Oxford Movement, p. 52. — C'est Richard Hurrell Froude qui aurait inventé cette dénomination.

2. On se demande si c'e>t par accident que le mot ravivai apparaît dans la première phrase de la préface qui, en 1834, fut mise en tête du premier volume des Tracts : The follawing Tracts were published with the object of contributing something towards the practical revival of doctrines, which, although held by the great di\ines of our Church, al présent hâve become obsolète with the majority of her members.

demi de suspens, la guerre recommençait entre le chiistianisme qui se fonde sur le mystère de la grâce et celui qui se fonde sur le mystère de l'eucharistie : celui-là plus triste, plus froid, plus viril; celui-ci plus théâtral, plus pathétique, plus féminin. Non que Newman et ses amis aient tout de suite abordé de front le problème de l'eucharistie ^. Le « mouvement d'Oxford » s'enchaînait immédiatement avec les mouvements de la poHtique du jour. C'est la question de l'existence de l'Église en tant qu'Église que la politique irlandaise du ministère soulevait; et ce que les théologiens d'Oxford visaient à réveiller, afin de combattre l'individualisme des sectes, c'était, avec le dogme de la succession apostolique, ce qu'on pourrait appeler l'esprit ecclésiastique, le « sens de l'Église ».

Les hommes de la Haute Église ne se bornèrent pas d'ailleurs à la diffusion.des brochures, des Tracts, où ils développaient les principes de leur théologie. Ils ne renoncèrent pas à organiser une démonstration collective. Abandonnant l'idée d'une société des « Amis de l'Église», ils essayèrent d'une autre méthode. Ils recueillirent dans le clergé des signatures pour une adresse à l'archevêque de Canterbury, aux termes de laquelle l'archevêque était assuré de la joyeuse coopération de son clergé pour toutes mesures propres « à ressusciter la discipline des anciens temps, à resserrer les liens entre les évêques, les clercs et les laïques et à augmenter la pureté, l'efficacité et l'unité de l'Église ». L'idée ne fut pas sans alarmer encore les évêques : elle leur sembla, comme le projet primitif, contraire à l'esprit de la hiérarchie ecclésiastique. Elle n'en fut pas moins mise à exécution avec un plein succès : sept mille signatures furent recueillies ^.

Puis les High Churchmen, encouragés par cet heureux début, rédigèrent une autre adresse destinée à être signée exclusivement par des laïques, et présentée par eux à l'archevêque de Canterbury. Un comité laïque, à Londres, concentra les signatures. Les agitateurs n'osèrent pas tenir une seule réunion publique : ils étaient timides encore, avaient encore présent à l'esprit le souvenir des émeutes de 1831. Mais le succès fut éclatant : ils recueillirent en quatre mois deux cent trente mille signatures. D'au-

1. Les auteurs des Tracts répudient expressément le dogme de la Transsubstantiation (Tract no 36); ils réimpriment l'Histoire de la Transsubstantiation papiste, de John Cosin, évèque de Durham, suivant qui les expressions employées par Jésus et par l'Apôtre doivent être comprises en un sens « sacramentel et mystique », non « grossier et charnel ». Entendons donc que, lorsque Keble, le 6 septembre 1833, affirme K that the only way of salvation is the partaking of the body and blood of our sacrificed Redeemer » (Perceval, Collection, p. 13), il adopte la solution mystique de Luther, intermédiaire entre la négation calviniste et le littéralisme romain.

2. Rev. William Palmer, A Narrative..., pp. 11-2; il donne le texte de l'adresse. — Cf. Newman à Froude, 7 novembre 1833; à S. Rickards, 22 novembre 1833 {Lciters and Correspondence, vol. I, pp. 47C, 488).

tant plus éclatant que les signatures, à la dilîércnce de ce qui se passait souvent en pareil cas, avaient subi un contrôle sévère. Seuls des householders authentiques, des chefs de famille, furent admis à signer l'adresse ^

Les sectes, de leur côté, ne demeuraient pas L'AGITATION „„„ " mactives. Elles se reprochaient l'apathie dont

LES DISSIDENTS ^ ^^ avaient fait preuve lors des élections géné-

rales, la confiance aveugle qu'elles avaient manifestée à l'égard du ministère whig. Comment leur patience avait-elle été récompensée? Le Parlement réformé, au cours de sa première session, avait totalement négligé leurs revendications, ne s'occupant que des affaires d'Irlande. Et voici maintenant que c'était la Haute Église qui donnait le signal d'un mouvement d'agitation et de propagande, d'une sorte d'organisation autonome au sein de V Establishment. Une maladresse, commise à cette même date par le clergé anglican, favorisa le mécontentement des Dissidents. On approchait du jour, fixé par une loi récente-, passé lequel les membres du clergé ne pourraient plus revendiquer le paiement de la totalité de leurs dîmes; et les clergymen, soucieux de ne pas laisser prescrire leurs droits, firent appel en foule aux tribunaux. On parla de dix mille, de cinquante mille procès engagés '. L'anticléricalisme paysan, qui paraissait assoupi depuis 1831, se réveilla. Le 5 septembre, au moment même où les Tracts for the Times commençaient à paraître, un certain nombre de membres des congrégations dissidentes, pasteurs et laïques, se réunirent dans le Sussex, et émirent le vœu que ï United Committee of Deputies provoquât la réunion à Londres, avant l'ouverture de la session parlementaire, d'une « convention » de délégués des congrégations dissidentes pour présenter leurs doléances, et exiger que le ministère leur donnât satisfaction sans délai *.

h' United Committee répondit qu'il ne pouvait engager une aussi grosse affaire sur la demande d'un seul comté, mais il conseilla aux Dissidents de procéder par voie de pétitions qui seraient présentées au Parlement. Par ces pétitions, les Dissidents devraient demander d'abord « le redressement de tous les torts qui leur étaient encore faits », mais aussi déclarer l'union de l'État et de l'Église, sous toutes ses formes, contraire à l'Écriture, « de quelque manière, ajoutait prudemment le Committee, que l'on dût

1. Rev. William Palmer, A Narrative..., pp. 13 sqq. — Ann. Reg., 1834, p. 71. — British Magazine, 1" mars 1834 (vol. V, p. 346).

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