Morning Chronicle, 30 avril
1. H. of C, 16 avril 1834 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XVII, pp. 178 sqq.).
avait voulu renouveler son expérience de l'année précédente, aurait-il eu l'appui de Cobbett? Car Cobbett revenait insensiblement à son toryisme originel. Démagogue né, ce serait mal le juger de dire qu'il épiait, pour s'y conformer, les mouvements d'humeur de la canaille : il est plus vrai de dire qu'il les éprouvait en même temps que la canaille. Il ne se souciait plus, maintenant, de crier : « Sus aux Évéques! », comme en 1831. Sans doute il aurait crié plus volontiers : « Sus aux Irlandais! » Une motion en faveur de la suppression du banc des évêques fut présentée, mais pour la forme seulement : elle n'obtint que cinquantehuit voix ^.
A défaut de la séparation de l'Église et de ESSAIS LÉGISLATIFS ,,^. , -4. t^ a ^ t a
nrvPRç Etat, on pouvait entreprendre la reforme de
QUI AVORTENT l'Église. Un jour lord Brougham déposa inopi-
nément deux projets de loi à cet effet ^ : le premier portait sur les cumuls ecclésiastiques, le second sur l'absentéisme. Stérile manifestation : on n'entendit plus jamais parler des deux bills de lord Brougham. Le ministère pouvait tout au moins essayer de satisfaire aux revendications plus modestes, et d'un intérêt plus immédiat, que présentaient les Dissidents et les ennemis de l'Église. Il s'y essaya, mais sans succès.
Le ministère aborda la question des church rates. L'Angleterre payait chaque année en church rates 550 000 1. environ, sur lesquelles 250 000 1. étaient affectées à l'entretien des monuments du culte officiel. Le ministère fixa à 250 000 1. la somme qui serait annuellement allouée à l'Église. Mais elle ne serait d'ailleurs plus demandée aux contributions locales ; elle serait inscrite au budget national, et prélevée sur le produit de l'impôt foncier. Cette solution déplut à tous, aux Dissidents comme aux gens d'Église. Qu'importait aux Dissidents que la somme versée à l'Église fût une tax, et non un rate'^ Le bel avantage pour les contribuables! et voulait-on se moquer d'eux? Ce qu'ils réclamaient, c'était la suppression pure et simple, et totale, des church rates. Cette suppression, l'Irlande venait de l'obtenir; et déjà ils avaient découvert le moyen de l'obtenir en Angleterre, dans chaque paroisse, par la grève du vestry. Le compromis ministériel avorta. Lord Althorp, le 21 avril, recueillit deux cent cinquante-six
1. H. of C, 13 mars 1834 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXII, pp. 131 sqq.).
2. H. 0/ L., 16 mai 1834 {Pari. Deb., vol. XXIII, pp. 1103 sqq.). — Les deux bills semblent avoir été introduits par Brougham d'une manière irrégulière : voir les débats qui s'engagèrent à ce sujet, H. of L., 23 mai 1834; Pari. Deb., Srdser., vol. XXIII, pp. 1103 sqq.; 1250 sqq.).
HISTOIRE DU l'EL'I-LE ANGLAIS, III. H
voix contre cent quarante pour son projet de résolution ^. Après quoi, la discussion ne fut pas reprise.
Le ministère essaya de résoudre la question des dîmes. Elles coûtaient chaque année aux cultivateurs anglais plus de 4 000 000 1., sur lesquelles environ les quatre cinquièmes allaient à l'Église-. Charge d'autant plus intolérable que la dîme était proportionnelle au produit de la terre. Donc^ plus le travail du cultivateur faisait rendre à la terre, plus il devait payer. Chaque année, il fallait débattre le prix de cette augmentation, entrer en conflit avec le clergé. Le 15 avril, lord Althorp proposa un autre sys~ tème ^. D'une part, une nouvelle méthode pour l'évaluation de la dîme. Dans chaque comté serait estimé le rapport moyen entre le montant de la dîme et le montant du fermage : on se fonderait sur le chiffre ainsi obtenu pour fixer la somme due au clergé, qui varierait, en conséquence, avec le fermage, non avec le produit annuel de la terre. D'autre part, permission donnée au tithe payer de racheter sa dîme, selon un plan facile et équitable, s'il en acquittait, en une fois, vingt-cinq fois le montant. La Chambre des Communes, sans distinction de partis, approuva le principe du bilL Mais Sir Robert Peel souleva certaines objections de détail, qui portèrent. Pour cette session la réforme n'aboutit pas.
Les Dissidents se plaignaient que la cérémonie du mariage fût monopolisée par l'Église Établie, et que tous — à l'exception des quakers et des Juifs, pour qui la loi avait pris des dispositions spéciales — fussent tenus de faire consacrer leurs unions par des prêtres anglicans. Les unitariens étaient particulièrement pressants; car la loi du mariage les obligeait à se parjurer en faisant acte d'adhésion au dogme de la Trinité. Et c'est pour cette raison même qu'ils manifestaient tant d'humeur à l'égard de l'agitation nouvellement organisée par les congrégationalistes pour obtenir la séparation de l'État et de l'Église : c'était compromettre par une demande excessive le succès de la réforme définie à laquelle ils attachaient tant de prix. Lord Holland se fit leur avocat auprès des ministres, qui consentirent à les satisfaire'*. Mais le bill introduit à cet effet par lord John Russell exigeait encore la publication des bans à l'église paroissiale^ : il se heurta à l'intransigeance des Dissidents. Le 28 février. Sir John Campbell, promu Attorneg General, était soumis à réélection dans le bourg de Dudley. Il iut battu : et les Dissidents affirmèrent que c'étaient
1. H. of C, 21 avril 1834 {Pari. Deb., 3rd ser., vol XXII, pp. 1012 sqq.).
2. A. .L. Lowell. The Government of En gland, vol. II, \i. 37â.
3. //. of C, 15 avril 1834 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXII, pp. 818 sqq.).
4. R. Brook Aspiand, Memoirs of... tlie Rev. Robert Aspland, pp. 534,535.
5. H. of C, 25 février 1834 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXI, pp. 776 sqq.).
eirxqui avaient refusé à Sir John Campbell l'appoint de leurs voix, afin de donner une leçon au parti whig. Le bill fut retiré.
Les Dissidents demandaient encore que le Parlement anglais, persévérant dans la voie où il était entré lorsqu'il avait aboli les Test Acts et émancipé les catholiques, leur accordât le droit, qui leur était encore refusé, de briguer des grades universitaires en Angleterre. Ayant échoué dans sa tentative pour leur donner satisfaction sur la question du mariage, le ministère aborda ce nouveau problème. Il y avait deux manières de le résoudre.
La première était de fonder, en face des deux Universités anglicanes d'Oxford et de Cambridge, une Université nouvelle, qui serait autorisée légalement à conférer des grades et ouverte aux étudiants de toutes confessions. L'Université libre dont nous avons raconté la fondation à Londres dix ans plus tôt demandait à cet effet, par voie de pétition, une charte d'incorporation; et les ministres auraient peut-être accueilli cette demande avec faveur. Mais comment braver devant le Parlement l'opposition des Universités d'Oxford et de Cambridge qui soulevaient des objections juridiques? La question fut renvoyée pour examen au conseil privé : autant dire qu'elle y fut enterrée ^.
La seconde solution, celle qui était le mieux faite pour contenter l'impatience des Dissidents, c'était de leur conférer, par une décision législative, le droit d'obtenir des grades dans les vieilles Universités. A la fin de mars, une pétition de soixante-trois membres de l'université de Cambridge fut présentée à la Chambre des Communes par Spring Rice ^ à la Chambre des Lords par lord Grey lui-même ^; et un membre de la Chambre des Communes déposa un bill auquel le ministère donna son appui unanime. Mais la discussion fut ardente.
On nia que le Parlement eût le droit de prendre une pareille décision. Les collèges étaient des corporations; les fondations qui jadis avaient été faites en leur faveur, une loi ne pouvait en modifier les termes. On alla jusqu'à prétendre que la cause de l'union de l'Église et de l'État se trouvait mise en jeu par cette réforme. Les collèges d'Oxford et de Cambridge étaient l'expression même de cette union sous son aspect spirituel. Ils étaient destinés à former tout à la fois l'aristocratie gouvernante et le clergé d'une nation chrétienne. Ils devaient rester enveloppés d'une atmosphère anglicane. Sir Robert Peel, disposé par ailleurs à pratiquer
1. //. o( C, 27 février 1834 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXI, pp. 875-6). — Quart. Rev., juin 1834, art.xi. Revoliilions of 1688 and ISol (vol. LI, p. 516). — Greville Memoirs, 25 avrU, 11 mai 1834.
2. H. of C, 24 mars 1834 (Pari Deb., 3rd ser., vol. XXII, pp. 569 sqq.).
3. H. of L., 21 mars 1834 (Pari. Deb. 3rcl ser., vol. XXÎI, pp. 497 sqq.).
une politique de concessions modérées aux revendications nonconf ormistes, prononça sur cette question un discours chaudement favorable aux prétentions cléricales ^. Le bill, voté à une grosse majorité par les Communes, fut rejeté par les Lords en première lecture, comme tout le monde s'y attendait, après avoir été mollement défendu par le premier ministre et le lord chancelier ^.
Toutes ces tentatives, précipitées, incohé- LA QUESTION rentes, pour donner satisfaction aux vœux des
D IRLA^D nonconf ormistes témoignaient de la nervosité