‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 69 sur 158 · EN · texte numérisé non relu

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DISLOCATION mmistenelle. Les mmistres savaient que, dans

DU MINISTÈRE les circonscriptions, leurs candidats avaient

besoin, pour se faire élire, de l'appoint fourni par les Dissidents. Us savaient d'autre part que les a Dissidents politiques », assez forts pour leur imposer partout leur alliance, ne l'étaient pas assez pour rallier à leurs vues la majorité de la nation. D'où l'inévitable gaucherie de leur politique. Il ne faut pas croire d'ailleurs que les débats auxquels nous venons de faire allusion aient longtemps retenu l'attention du Parlement : seule, la question de l'admission des non-anglicans dans les Universités souleva des débats un peu approfondis. La question d'Irlande, comme en 1833, restait au premier plan. O'Connell voulait qu'il en fût ainsi, les ministres devaient subir sa volonté, et il ne déplaisait pas à l'Opposition conservatrice que les whigs offrissent le spectacle de cette servitude. A chaque instant, quelque scandale irlandais provoquait une révélation désastreuse suivie d'un démenti maladroit : venaient alors les tapages parlementaires, les rappels à l'ordre du Speaker, les échanges de témoins. C'est ainsi que les Anglais étaient récompensés d'avoir émancipé les catholiques et réformé l'électorat : leur régime politique était ravalé au niveau de la démagogie irlandaise.

O'Connell souleva la question de l'abrogation de l'Acte d'Union entre l'Angleterre et l'Irlande, d'abord pendant la discussion de l'adresse — car les ministres avaient jugé bon d'introduire dans le discours du trône une condamnation formelle de cette abrogation — puis sous forme d'une motion dont il prit, deux mois plus tard, l'initiative. Il parla cinq heures de suite ^. Mais O'Connell, politicien retors, ne songeait nullement à retirer un résultat pratique de cette manifestation oratoire. Il voulait seu-

1. H. of C, 20 juin 1834 {Pari Deb., 3rd ser., vol. XXIV, pp. 697 sqq.).

2. H. of L., 1" août 1834 (Pari. Deb , 3rd ser., vol. XXV, pp. 840 sqq., 861 sqq.).

3. H. of C, 22 avril 1834 (Pari. Deb., 3rd ser., vol XXII, pp. 1092 sqq.).

lement, en exaspérant le public anglais, exercer sur celui-ci une action d'intimidation.

Plus urgente était la question des dîmes, qui vint, dès le 20 février, devant le Parlement. On ne pouvait guère l'éluder depuis que, s'interposant entre les clercs et les fermiers, l'État, par une loi votée en 1832 S s'était institué grand percepteur des dîmes en Irlande pour le compte de l'Église. Il venait encore en 1833 d'émettre des Bons de l'Échiquier jusqu'à concurrence de 1 000 000 1., en vue d'avancer à tous ceux à qui des dîmes étaient dues en Irlande, pour les trois années 1831, 1832 et 1833, les sommes qui leur revenaient ^. Ou bien donc le gouvernement rentrerait dans ses avances, ou bien le contribuable anglais se trouverait soumis à l'obligation perpétuelle de verser au clergé irlandais les sommes que les paysans refusaient de leur payer. Littleton, en 1834, pour régler définitivement la question, introduisit un bill directement inspiré d'un bill antérieurement introduit par Stanley en 1832 '. Il est inutile d'entrer dans le détail de ce projet de loi qui devait n'être pas adopté. Disons seulement qu'il proposait ,de transformer la dîme en un impôt foncier, payé par le propriétaire et non plus par l'exploitant, que faculté était donnée au propriétaire d'en racheter le montant, et que le produit de cet impôt foncier devait être ensuite distribué par les commissaires ecclésiastiques entre les membres du clergé irlandais, sans la moindre défalcation.

Une fois de plus le ministère se refusait implicitement à admettre que le clergé de l'Église d'Irlande fût trop payé, et que l'État eût le droit de prélever une portion de ses revenus pour l'affecter à des fins d'intérêt général. Aux protestations véhémentes d'O'Connell et de Sheil, Stanley, le 6 mai, répondit, avec sa brutalité coutumière, par une fin catégorique de non recevoir. Alors lord John Russell se considéra comme relevé de la consigne qu'il observait scrupuleusement depuis un an, libre de parler enfin. Il déclara «que les revenus de l'Église d'Irlande étaient plus grands qu'il n'était nécessaire pour l'instruction religieuse et morale des personnes appartenant à cette Église et pour la stabilité de l'Église ellemême* ». Il prévit que cette déclaration allait le brouiller avec des hommes pour lesquels il avait beaucoup d'amitié et de considération; mais il avait, envers l'Irlande, un devoir sacré à remplir.

Ainsi tous les efforts tentés depuis un an pour maintenir l'unité du

1. H. of C, 12 juin 1833 : discours de lord Althorp (Pari. Deb.,3Td ser., voL XVIII, p. 659). — 3 and 4 Will. IV, c. 100.

2. H. of C, 20 février 1834 {Pari. Deb., 3rd ser., vol XXI, pp. 572).

3. 2 and 3 WiU. IV, c. 119. —Cf. H. of C, 5 juillet 1832 : discours de Stanley (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XIV, pp. 95 sqq.).

4. H. of C, 6 mai 1834 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXIII, p. 666).

cabinet avaient été vains. La cassure était faite. Alors les radicaux anglais entrèrent en campagne. Henry George Ward annonça son intention de proposer aux Communes le vote d'une résolution affirmant la nécessité de réduire les biens temporels de l'Église d'Irlande : il agissait, prétendit-on, à l'instigation de lord Durhani, qui s'était retiré du ministère depuis un an, et semblait aspirer à jouer, contre le ministère, le rôle d'un tribun populaire. Le 27, les débats s'ouvrirent par uii grand discours de Ward qui fut appuyé par Grote; mais, avant d'avoir pu leur répondre, lord Althorp, en pleine séance, reçut de lord Grey l'avis que quatre ministres, Stanley, Graham, lord Ripon et le duc de Richmond, étaient démissionnaires. Il demanda l'ajournement de la discussion, qui fut tout de suite accordé.

Sir Robert Peel triomphait. Depuis 1832, il était brouillé avec Wellingtoa ^ : leurs relations n'avaient jamais été plus mauvaises qu'au cours du dernier liiver. Car Wellington s'était laissé élire au poste de chancelier de l'Université d'Oxford, que beaucoup d'amis de Peel désiraient voir conférera celui-ci; et Peel avait été fort affecté de ne l'avoir pas obtenu -. Maintenant Wellinston se rapprochait de lui; il promettait, si le roi invitait le parti conservateur à reprendre le pouvoir, de se tenir au second rang et de servir sous les ordres de Sir Robert Peel ^. Le lendemain du jour où Stanley et Graham donnèrent leur démission, le roi Guillaume, recevant à l'occasion de son anniversaire une délégation du clergé irlandais, fit une déclaration d'attachement à l'ÉgUse, de guerre aux ejinemis de l'Église, avec la volubilité et la prolixité qui lui étaient propres ^ ; et Sir Robert Peel, et tous ceux qui pensaient comme lui, purent considérer comme symptomatique l'indulgence avec laquelle ce discours était accueilli par l'opinion. En somme, il arrivait ce que, depuis deux ans, il souhaitait et prédisait. Sur cette question de l'Irlande et de l'Église, le ministère cédait à la pression radicale; et, dans la mesure où il y cédait, les éléments modérés du parti whig refluaient vers le parti tory rajeuni dont Sir Robert Peel avait pris la direction. Visiblement, la chute du ministère était prochaine.

Pour l'instant, il réussit à se reconstituer; et ce ne furent pas des libéraux avancés qui vinrent remplir les places vides. Car il fallait ménager lord Lansdowne, qui semble avoir un instant donné sa démission ^ et

1. Note by sir Robert Peel, 10 mai 1834 (C. S. Parker, Sir Robert Peel, vol. II, pp. 236 sqq.).

2. es Parker, Sir Robert Peel, vol. II, pp. 227 sqq.). — Grcuitle Memoirs, 15 juin 1834.

3. Arbuthnot à Sir Robert Peel, 12 mai 1834 (G. S. Parker, Sir Robert Peel, vol. Il, pp. 240 sqq.).

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