‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 73 sur 158 · LES PARTIS POLITIQUES ET LEURS CHEFS · texte numérisé non relu

LES PARTIS POLITIQUES ET LEURS CHEFS

CHUTE DU Après que la Chambre des Communes eut

MINISTÈRE DE SIR manifesté une première fois son hostilité au

ROBERT PEEL. cabinet conservateur par l'élection d'un Speaker

LORD MELBOURNE whig. Sir Robert Peel crut cependant devoir

encore rester premier ministre. Il voyait combien PREMIER MINISTRE ,^ .^ j. ^ ^ ^ ..

était modique, et comment se trouvait composée,

la majorité par laquelle Abercromby venait d'être élu. Et que lui reprochait cette faible et disparate majorité? Était-ce le fait même d'avoir accepté le pouvoir en novembre, dans des conditions soi-disant inconstitutionnelles, le roi ayant pris sur lui de congédier un cabinet qui avait la confiance de la Chambre des Communes et de lui substituer un cabinet

de son choix? Que l'Opposition osât donc se compter sur un vote formel de défiance à l'égard de son ministère. Il refusait de considérer comme tel un amendement à l'adresse, rédigé par les chefs de l'Opposition en termes volontairement vagues, et qui fut adopté à la faible majorité de sept voix ^. Était-ce sa politique qu'on lui reprochait? Qu'on attendît de la connaître. Il demandait qu'on lui accordât a fair trial, qu'on le prît en quelque sorte à l'essai.

Il aborda de front la question cléricale. Dès le 17 mars, la commission royale d'enquête qu'il avait fait nommer en décembre proposait, par un premier rapport ", la création de deux évêchés nouveaux à Manchester et à Ripon, la suppression de deux autres évêchés, la modification de plusieurs circonscriptions diocésaines, la revision des revenus alloués aux évêques, la division des trop grandes paroisses : l'argent nécessaire pour donner des prêtres aux nouvelles paroisses serait obtenu par la réduction des chapitres des cathédrales. Il essaya de résoudre la question des mariages des Dissidents par l'institution, à l'usage de qui voudrait, d'un mariage purement civil ^. Il introduisit un bill pour la réforme des cours ecclésiastiques de justice : quatre cents tribunaux consolidés en un seul, de compétence rigoureusement Umitée *. Il proposa tout un système pour la commutation, non pas obligatoire mais facultative, des dîmes en Angleterre ^. Restait la question d'Irlande. Le ministère adopta un plan pour la commutation des dîmes en Irlande, qui ressemblait, quant au principe sinon quant au détail de l'apphcation, au bill introduit un an plus tôt par le ministère libéral ^.

C'est alors que fut soulevée de nouveau la question de 1' « appropriation », en d'autres termes de l'affectation d'une partie des revenus de l'Église d'Irlande à des fins non ecclésiastiques. Ward, un an plus tôt, agissant au nom des radicaux, en avait fait une arme contre les whigs du ministère. Lord John Russell, devenu le leader officiel de l'Opposition libérale, retira cette question des mains de Ward, et en fit maintenant une arme contre les ministres conservateurs. Sans attendre le rapport

1. H. of C, 26 février 1835 (Pari. Deb., 3rd ser.. vol. XXVI, p. 410).

2. First Report from the Church Commission, as finallij settled Mardi 17 (Ann. Reg., 1835, Public Documents, pp. 302 sqq.).

3. H. of. C, 17 mars 1835 : discours de Sir Robert Peel (Pari. Deb., 3rd scr., vol. XXV, pp. 1073 sqq.).

4. H. of C, 12 mars 1835 : discours de Sir David Pollock (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVI, p. 908 sqq.).

5. H. of. C, 24 mars 1835 : discours de Sir Robert Peel (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVII. pp. 170 sqq.).

6. H. of C, 20 mars 1835 : discours de Sir Henry Hardinge (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVII, pp. 13 sqq.).

de la commission nommée en 1834 par le ministère libéral pour l'analyse des revenus de l'Église d' Irlande, il demanda, le 30 mars, à la Chambre des Communes de s'engager «à considérer l'état actuel de l'Église en Irlande, en vue d'appliquer le surplus de ses revenus, dans la mesure où ils n'étaient pas nécessaires à la satisfaction des besoins spirituels de ses membres, à l'éducation générale de toutes les classes, sans distinction de religion ^ ». 11 obtint gain de cause une première fois, à la majorité de trente- trois voix ^ puis une seconde, à la majorité de vingt-cinq voix^. Comme cependant Sir Robert Peel semblait disposé à demander que la Chambre continuât la discussion de son projet de loi sur la commutation des dîmes en Irlande, lord John Russell déposa le texte d'une nouvelle résolution, par laquelle il était expressément déclaré que nulle mesure sur la question des dîmes en Irlande ne constituerait une solution satisfaisante et définitive, qui ne serait pas conforme à ce principe de 1' « appropriation «. Le ministère fut battu une fois encore, par deux cent quatre-vingt-cinq voix contre deux cent cinquante-huit : soit vingt-sept voix de minorité *. Alors Sir Robert Peel se retira.

Ce n'était pas en vérité d'un cœur léger que l'état-major du parti whig se préparait à reprendre le pouvoir. Lord Stanley, aux premiers jours de la session, se considérait comme le chef d'un groupe — d'une « section », comme on disait ^ — qui comptait une quarantaine de membres environ et constituait peut-être le noyau d'un parti du centre, capable, après la chute du ministère, de gouverner le pays à l'exclusion des tories et des radicaux. Or, il est probable que lord Melbourne et lord Grey étaient favorables à cette idée de lord Stanley ^ : l'alliance avec les radicaux et O'Connell leur déplaisait infiniment. Lord Howick, le fils de lord Grey, chaque fois que la discipline du parti lui commandait de voter contre le ministère, avait soin d'expliquer que son vote n'impliquait aucun désir de renverser Sir Robert Peel '. Bien des gens, dans le parti, pensaient comme lord Melbourne, lord Grey et lord Ho\s'ick.

Mais les Russell se montrèrent plus agressifs. O'Connell ayant fait des

1. H. of C, 3rd ser., vol. XXVIl, pp. 361 sqq. (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVII, pp. 361 sqq.).

2. H. of C, 2 a\Til 1835 (Pari., Deb., 3rd ser., vol. XXVIl, pp. 770 sqq.). — La majorité anglaise fut de 9 voix contre la motion (Ann. Reg., 1835., p. 221).

3. H. of C, 7 avril 1835 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVII, p. 861).

4. H. of C, 7 a\Til 1835 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVII, p. 969).

5. [Grant J.], Random Recollections of the House of Gommons, pp. 152-3.

G. Il semble même que des négociations aient été engagées à cette date entre lord Melbourne et Sir Robert Peel lui-même (\\. F. Monypenny, Life of Disraeli, vol. I, pp. 278-9).

7. H. of C, 26 février, 30 mars 1835 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXVI, pp. 375 sqq.; vol XXVII, pp. 454-5).

ouvertures à lord John Russell, ces ouvertures furent immédiatement accueillies ^ Invité à une réunion des membres du parti libéral qui se tenait le 18 mars chez lord Lichfield, le chef irlandais y vint avec sa bande, et fit preuve, à l'égard des chefs du parti, d'un loyalisme sans réserves. Quelques jours plus tard, un banquet ayant été offert à lord John Russell pour célébrer sa promotion au poste de leader de l'opposition, O'Connell vint encore, et déclara, en se retirant, que « de sa vie il n'avait passé une plus délicieuse soirée ^ ». Ceux qui se souvenaient des invectives dont si récemment encore il accablait le ministère whig se divertirent ou s'indignèrent de cette palinodie. Ils allaient découvrir, derrière le démagogue exubérant, le maquignon madré. Par ces avances d'O'Connell les chefs du parti libéral se trouvèrent désarmés vis-à-vis des radicaux. La « section » de lord Stanley se volatilisa ; et lord Stanley et Sir James Graham, restés bientôt lesseuls membres de leur groupe, se trouvèrent condamnés à glisser, plus ou moins rapidement, vers le conservatisme pur et simple. Le bloc libéral était refait : grandes familles Nvhigs, Dissidents protestants, radicaux, et groupe irlandais d'O'Connell.

Lord Melbourne reconstitua donc le ministère dont il avait avec tant de dextérité provoqué la chute : car il était le seul premier ministre libéral qui fût acceptable à Guillaume IV. Il y avait deux chefs dont la collaboration lui apparaissait comme utile : c'étaient lord Grey et lord Althorp, devenu maintenant lord Spencer. Mais Tun et l'autre se dérobèrent, et firent comprendre qu'ils s'étaient irrévocablement retirés de la politique active. Il y avait deux hommes d'État dont lord Melbourne désirait se débarrasser, et toute l'aristocratie whig était d'accord avec lui sur ce point. C'était d'abord lord Brougham, auquel il ne pardonnait ni son intrigue du mois de juin, ni l'incroyable extravagance de langage et de conduite dont il avait fait preuve, deux mois plus tard, au cours d'une tournée entreprise en Ecosse. Et c'était aussi lord Palmerston ^ Au mois d'août 1834, à peine signés les derniers articles additionnels du « Traité de la Quadruple Alliance », Talleyrand avait demandé un

1. O'Connell à Lord John Russell, 13 février 1835; Lord John Russell à O'Connell, 20 février 1835; Lord Grey à lord John Russell, 23 février, 11 mars 1835 (Early Correspondence of lord John Russell, vol. II, pp. 92, 97, 98, 103).

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