‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 74 sur 158 · Greoille Memoirs, 31 mars · texte numérisé non relu

Greoille Memoirs, 31 mars

3. Ellice à lord Durham, 21 mars 1836 : We did ail \ve could to throw over both the worthies... at least, to oblige them to change characters, for the unpopularity of the one and the indolence and indécision of the other were admitted on ail hands, and they hâve not hitherto changed their habits (St. Reid, Life of lord Durham, vol. I, p. 111). — Melbourne à lord John Russell, 12 avril 1835 : The questions of Brougham and Palmerston are of the utmost importance, fully as much as any questions of principle can be (FMvly Correspondence of lord John Russell, vol. II, p. 108).

congé; et le bruit s'était tout de suite répandu qu'il partait pour ne plus revenir, et n'avoir plus jamais affaire à Palmerston. Ainsi tout le corps diplomatique — non seulement les représentants de la Russie, de l'Autriche, de la Prusse, mais celui de la France libérale — faisaient en quelque sorte grève contre lui : il apparaissait comme un brouillon dangereux. Mais, si lord Melbourne réussit à éliminer lord Brougham, il dut, au refus de lord GreyS subir une fois de plus lord Palmerston. Par la manière dont celui-ci s'imposa à des collègues récalcitrants, il commença de justifier la confiance du petit groupe d'admirateurs qui l'entouraient, et qui, négligeant la mauvaise humeur générale de la presse et de l'opinion, semblent avoir voulu, dès cette époque, voir en lui un futur grand homme ^.

Spring Rice remplaça lord Althorp à l'Échiquier; Charles Grant, devenu lord Glenelg, remplaça Spring Rice aux colonies; Sir John Hobhouse remplaça Grant au Board of Control. Lord John Russell eut l'intérieur, avec la direction de la Chambre des Communes. Lord Lansdowne et lord HoUand réoccupèrent leurs anciens postes. Lord Duncannon, au Sceau Privé, fut chargé de maintenir la liaison avec 0'Connell;lord Howick, à la guerre, la liaison avec lord Grey. Poulett Thomson, président du Board of Trade comme l'année précédente, eut une place dans le cabinet; et Sir Henry Parnell fut admis enfin dans le ministère. C'était en somme l'état-major de 1834 qui reprenait, sans modifications notables, la direction des affaires.

Avaient-ils, tous ces ministres, en rentrant dans ETAT DES PARTIS. jg^ bureaux, la sensation d'avoir remporté une

LES CONSERVATEURS. . , . ,,^ .^. , . ,, f

SIR ROBERT PEEL Victoire définitive, ou seulement d avoir marque

ET WELLINGTON ^^^ temps d'arrêt dans la décadence de leur

parti? Ils ne disposaient à la Chambre des Communes que d'un peu plus de la moitié des voix, grâce à l'appoint des Irlandais; et les élections partielles, souvent défavorables, rendaient de

1. Early Correspondence of lord John Russell, vol. II, pp. 107-8.

2. William Russell à lord John Russell, 24 avril 1835 : Whatever you do, let mebegof you not to ask Palmerston for anything for me neither directly nor indirectly, don't even name me to him. He has his own corps of favourites to which I don't aspire to belong (Early Correspondence of lord John Russell, vol. II, pp. 108-9). — Gre\ille. après avoir écrit le 20 janvier: « Palmerston is beaten in Hants, at which everybody rejoices, for he is marvellously unpopular; they would bave liked to illuminate the Foreign Office», écrit le 17 février : « The other night I met some clerks in the Foreign Office to whom the very name of Palmerston is hateful, but I was surprised to hear them (Meihsh partieularly, who can judge both from capacity and opportunity), give ample testimony to his abilities, etc.

mois en mois leur situation plus précaire. Le parti tory restait toujours maître de l'Église, de l'armée. La tradition constitutionnelle voulait que les promotions militaires fussent faites par le commandant en chef, qui dépendait directement de la Couronne, et non par le secrétaire d'État à la guerre, membre du Cabinet, responsable devant le Parlement. C'est en vain que le ministère de lord Melbourne, en 1837, essaya de profiter d'un changement de règne pour corriger cet abus : le projet dut être abandonné avant même de venir en discussion dans les Chambres; et ce fut, après comme avant 1837, une mauvaise note aux Horse Guards qu'une recommandation ministérielle ^. Au Parlement, les jeunes gens d'avenir, Glasdstone depuis 1833, Disraeli depuis 1837, se disaient conservateurs, et même quelque chose de plus. La gentry whig devenait moins nombreuse : les pères restaient fidèles aux vieilles traditions de famille, mais les fils faisaient défection. La bourgeoisie des villes enfin commençait à s'effrayer du radicalisme, elle n'éprouvait que répugnance à l'égard d'O'Connell. Et le parti conservateur avait maintenant le chef le mieux fait pour se concilier cette classe : Sir Robert Peel, le fils d'un fabricant de cotonnades, dont la fortune balançait presque les immenses revenus des magnats de l'aristocratie britannique '.

C'est lui qui, en dépit de l'échec subi au Parlement, était le vainqueur véritable. A peine eut-il donné sa démission que des adresses, par centaines, lui furent expédiées de toutes les parties du royaume, des campagnes du sud, des villes industrielles du nord, pour lui attester qu'il gardait la confiance de la nation; et, quand, un peu plus tard, l'Université de Glasgow le choisit pour être son chancelier, ces manifestations

1. Sur ce problème, voir H. of C, 5, 6, avril 1837 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XXXVH, pp. 791 sqq., 813 sqq.) — Lord John Russell à lord Melbourne, 8 octobre 1837 (EaWy Cônes pondence of lord John Russell, vol. II, p. 205); 13 septembre 1839 {Early Correspondence of lord John Russell, vol. II, p. 266), — Queen Victoria s Diar3%4, 9 janvier 1838 (Girlhood of Queen Victoria, vol. II, pp. 252, 254). — Times, 8 février 1838 :... Turn over the Horse Guards to Lord Howick, and we know whose cousins, to the tenth degree, will fill each successive promotion. Cf. 10 février 1838. — La reine Victoria à lord Melbourne, 29 décembre 1837; lord Melbourne à la reine Victoria, 30, 31 décembre 1837; 10 février 1839 {The Letters of Queen Victoria, a sélection from Her Majesiy's correspondence between the years 1S37 and 1S61, vol. I, pp. 128, 129, 184. — Trad. fr., vol. H, pp. 144, 146, 215).

2. The seventh wealthiest man of England (C. S. Parker, Sir Robert Peel, vol. I, p. 371). Il était considéré comme jouissant d'un revenu de 40 000 I., moitié en terres, moitié en valeurs mobilières. (Lord Broughton's Recollections, 14 mai 1830; — Croker à lord Hertford, 19 janvier 1831; Croker Papers, vol. II, p. 101). Suivant Greville (Memoirs, 5 mars 1831), son père, le premier baronet, qui avait commencé sans un sou sa carrière, avec deux associés qui disposaient en tout d'un capital de 6 000 1., laissa en mourant 250 000 1. à chacun de ses plus jeunes fils, 60 000 1. à chacune de ses trois filles, et à Robert, son fils aine, des terres dont le revenu était de 22 000 1. et 450 000 1. en valeurs mobilières.

se reproduisirent. Plusieurs conseils municipaux lui envoyèrent des adresses; et, le conseil municipal de Glasgow ayant refusé de lui conférer la franchise de la Cité, trois mille ouvriers de l'endroit se cotisèrent pour la lui acheter ^ Étrange personnage, si hautain, si froid, et en même temps d'une susceptibilité maladive, envoyant des témoins, exigeant des excuses, à la première ombre d'une provocation; offrant toujours l'apparence d'une sorte de détachement philosophique, et cependant dévoré d'ambition. Par degrés jusqu'à l'automne de 1834, et d'une manière éclatante pendant les cent jours qu'avait duré son ministère, il avait acquis un prestige incroyable; suspect, pendant quelques années difficiles, de fourberie, de double jeu, il était maintenant l'objet d'un respect universel. Il dominait les hommes de son parti, les hommes de tous les partis.

Il se disait « conservateur » : c'est sous sa direction que le parti tory avait renoncé à sa vieille dénomination pour adopter ce nom nouveau ; « conservateur », mais non « réactionnaire » ni même « immobiliste ». Sa doctrine, c'était que, pour « conserver » les institutions traditionnelles du royaume — monarchie, aristocratie. Église — au milieu d'une société qui change incessamment, il fallait sans cesse les adapter à cette société changeante, et pour cela réformer sans cesse. A ce prix et par l'application de cette formule, il serait possible d'isoler, de paralyser ce parti radical dont les progrès terrifiaient tant de gens. Ainsi cet étrange conservateur était un novateur : il l'était non seulement de doctrine mais aussi à vrai dire d'instinct. Il avait commencé sa carrière d'homme d'État par le rétablissement du paiement en espèces, il l'avait continuée par la réforme du droit pénal. Il avait ensuite commis une lourde faute : il avait invoqué, pour refuser son appui à Canning, son hostilité absolue à la thèse de l'émancipation catholique. Pendant quatre ou cinq ans, il porta le poids de son erreur. Nul ne lui sut gré d'avoir fait voter par la Chambre des Communes, en 1829, cette même émancipation condamnée par lui deux ans plus tôt; et son autorité morale se trouva trop ébranlée pour qu'il pût prendre la direction de la réforme parlementaire : l'aristocratie whig en eut la gloire. Mais les temps devenaient à présent plus faciles; et il se déclarait prêt à réformer, à « mettre au point » toutes les institutions du royaume, dans un esprit conservateur, en collaboration avec les mode* rés de tous les partis, à l'exclusion seulement des démocrates et des révolutionnaires.

Il rencontrait, dans son parti, un obstacle à la réalisation de son programme. Ceux qui persistaient à s'appeler des tories, ceux que l'opinion

1. Graham à Stanley, 15 janvier 1837 (C. S. Parker, Sir James Graham, vol. I, p. 251) — Cf, C. S. Parker, Z.//e o/ Sir Robert Peel, vol. II, pp. 327 sqq.

appelaient les ultra-tories, ne reculaient devant l'emploi d'aucun moyen pour renverser le ministère libéral. Ils recherchaient contre les whigs l'alliance avec les radicaux; et Sir Robert Peel, qui ne voulait pas acheter le pouvoir au prix d'une telle alliance, était cependant obligé, dans l'intérêt de son parti, de leur donner parfois satisfaction. C'est ainsi, par exemple, que, sur la question de la Loi des Pauvres ou de la Loi des Fabriques, les tories réussissaient à entraîner avec eux, à la suite des révolutionnaires, la masse des conservateurs. Les ultras envisageaient encore d'autres mesures : si incroyable que la chose paraisse, il semble bien que le chef de leur faction, le duc de Cumberland, frère du roi, ait considéré comme possible de provoquer un coup d'État militaire, et de s'instituer successeur de Guillaume IV, à la place de la petite princesse Victoria, inféodée au parti whig ^. C'était une tâche difficile pour Sir Robert Peel de discipliner, à l'intérieur de son propre parti, cette folle faction et d'en atténuer le scandale. Heureusement que, dans un pays imbu de traditions parlementaires, cette faction était faible, incapable de se donner une organisation régulière. A la Chambre des Communes pas un leader digne de ce nom. A la Chambre des Lords, lord Lyndhurst, qui avait été le lord chancelier du ministère de Sir Robert Pell, ébaucha quelques intrigues : mais il n'était pas de taille. Les tories paraissaient bien avoir, à la Chambre Haute, dans la personne de Wellington, un chef désigné. Depuis qu'il avait pris une attitude militante à rencontre du Reform Bill, les tories lui pardonnaient sa défaillance de 1829 : il était redevenu leur idole. Mais Wellington se dérobait. Ce vieil aristocrate, ce vieux soldat, pour qui l'âge des conquêtes, amoureuses et guerrières, était passé, avait décidé de prendre sa retraite- Il avait été trop insulté, couvert de huées, en 1831 et 1832; et, malgré la modestie dont il avait fait preuve en s'effaçant derrière Sir Robert Peel, il avait encore, à la fin de 1834, été en butteà trop d'insinuations et de soupçons. Il adopta une attitude nouvelle de philosophe, de conseiller; il ne fut plus Achille, mais Nestor; il n'appartint plus à un parti, mais à la nation. Et il eut le plaisir de voir que cette politique était récompensée par le succès. Dans les clubs, dans les salons, les jeunes gens se pressaient pour entendre le vieux héros raconter ses histoires de batailles; dans la rue, quand il passait à cheval, la foule saluait, applaudissait. Il était d'ailleurs, depuis le vote du Reform Bill, très pessimiste; il ne croyait pas que, sous le nouveau régime, le pays pût être gouverné. Mais c'était une raison de plus pour lui de ne pas aspirer au pouvoir. Il laissait volontiers cette

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