Ann. Reg., 1831, Chron., 10 janvier
2. Ann. Reg. 1831, p. 111; the spirit of journalism, to use a foreign phrase.... — Morning Chronicle, 23 avril 1833 : His (Sir R. Peel's) malédictions against Journalism and Democracy remind us of the maniac raving against his keepers, — et 25 avril : Sir Robert Peel... an enemy to the liberty of the press, which he chooses to terni Journalism.... Hetalked on Friday of the « despotism of journalism ». — Pour un emploi, méprisant, du mot «journal », Ann. Reg., 1831, pp. 241, 283,295; 1832, pp. 2,100, 131, 147. — Cf. au contraire Wesùn. Rev., janvier 1833, art. xiv. Journalism (vol. XVIII, p. 195) : Journalism is a good word for the thing meant.... A word was sadly wanted : Newspapers and newspaper writing, not to mention that they hâve a bad odour, only imperfectly describe the thing intended. The intercoramunication of opinion and intelligence, as maintained in England and other countries by means of journals, is too important to pass without a name and that a good one.... It is not very usual to find any one who will allow his connexion with a newspaper, and if it were avowed, it would certainly operate to the disadvantage of the party so avowing. ... In France, on the contrary, to be a journalist, is to be a person of note... the title of a journalist, implies éducation, character, and perhaps disinterested enlhusiasm. — L'auteur de l'article proteste contre la signification défavorable qui est généralement attribuée au vocable, en même temps qu'il en laisse deviner l'origine française : c'est que le Westminster Review est radical et francophile.
famine imminente. Cependant O'Connell avait pris la direction d'une autre agitation, non pas sociale mais politique, pour l'abrogation de l'Acte d'Union. A peine une association fondée par lui était-elle dissoute, qu'il en fondait une autre qui, sous un nom nouveau, poursuivait la même fin. Elle était dissoute encore, et la farce continuait. Le gouvernement interdit en bloc toutes les associations fondées par O'Connell : celui-ci inventa alors d'autres modes d'agitation. Un jour il conseillait aux Irlandais de retirer tout l'or déposé par eux dans les banques; un autre jour, de s'abstenir de consommer les denrées sur lesquelles ils payaient des droits au fisc anglais. Le 18 janvier, le secrétaire en chef Stanley et le lord lieutenant lord Anglesey le jetèrent en prison avec sept de ses associés. Mis en liberté provisoire, il reprit la série de ses bouffonneries juridiques. Un parti dans le ministère semblait vouloir sa condamnation; un autre parti hésitait et engageait des négociations avec lui par l'intermédiaire de son fils.
Telle était la situation du Royaume-Uni LE PARLEMENT quand, le 3 février, le Parlement s'assembla.
RENTRE EN SESSION. ' . • „ -:. -i. i. i- ^ ,
ouE^TiON'i Mauvaise en soi, elle était humiliante pour le
DIVERSES Cabinet. Sans majorité dans le Parlement, ne
pouvant compter sur la sympathie ni du clergé, ni des cours de justice, ni des Juges de Paix, il s'aliénait le bas peuple en pratiquant une politique autoritaire à laquelle Wellington n'avait pas osé recourir. « La vraie bataille, écrivait Jeffrey à un ami, c'est celle qui se livre, non pas entre whigs et tories, libéraux et illibéraux et autres dénominations bonnes pour des gentlemen, mais entre propriétaires et non-propriétaires, entre Swing et la loi ^ ». Si telle était la pensée de l'un des notables du parti gouvernemental, quel zèle pouvait-on attendre des ministres dans la réalisation de leur programme positif : paix, économies, réforme parlementaire?
La paix se maintenait, en dépit des sombres pronostics que faisaient bien des gens, et que justifiait l'état troublé de l'Europe : les mois suivaient les mois, et la conflagration générale ne se produisait pas. La Pologne s'étant insurgée en novembre contre la Russie, une armée russe commença en janvier l'invasion de la Pologne. Modène et Parme s'étant insurgées contre leurs gouvernements, et les Romagnes s'étant affranchies de l'autorité papale, une armée autrichienne s'avança pour rétablir partout la domination du parti de l'ordre. Lord Palmerston, héritier de
1. Jeffrey à Empson, 31 janvier 1831 (lord Cockburn, Lije of lord Jeffrey, vol. II, p. 233).
la tradition de Canning, protesta contre la double invasion russe et autrichienne. Mais il se borna prudemment à cette protestation verbale; et la France libérale ne fit pas davantage.
En Belgique, l'entente de l'Angleterre whig et de la France orléaniste était soumise à de sérieuses difficultés. Car il ne faut pas être dupe des vifs débats qui s'engagèrent à cet égard au Parlement : la politique belge de lord Grey et de lord Palmerston ne différait en réalité que par une nuance de celle qu'avaient suivie en septembre Wellington et lord Aberdeen. Il était assurément plus facile aux nouveaux ministres de se déclarer, en vertu de leurs principes libéraux, favorables à l'indépendance belge. Mais déjà leurs prédécesseurs tories y avaient consenti; et, comme ceux-ci, lord Grey et lord Palmerston souhaitaient que le nouvel État fût soumis autant que possible à l'influence hollandaise, aussi peu que possible à l'influence française. Pour régner en Belgique, ils proposaient le prince d'Orange, fils et héritier du roi des Pays-Bas '. Le Congrès National Belge passa outre au vœu anglais et offrit le trône à un fils de Louis-Philippe. La prudence de Louis-Philippe qui céda à une sommation anglaise, l'arrivée au pouvoir de Casimir-Perier, préparèrent la solution pacifique du problème belge par le choix du prince Léopold de Saxe-Cobourg, candidat agréable à l'Angleterre et non désagréable à la France. Cet arrangement constituait-il pour l'Angleterre une victoire, un échec, un compromis honorable? Il appartenait aux diplomates de discuter entre eux là-dessus. L'opinion, tout entière absorbée par les problèmes de la politique intérieure, n'attachait aucune importance à cette affaire dynastique. Elle voulait la paix, et l'imposait à lord Grey comme elle l'avait imposée à Wellington. « Je n'ai pas peur, écrivait en décembre lord Grenville au duc de Bucldngham, que personne nous implique dans une guerre. Je n'aimerais pas que la France ou l'Amérique surprissent notre conversation : mais c'est un fait que notre entrée en guerre est aussi
1. Certains documents contemporains permettent de suivre, pendant ce mois de janvier, l'évolution des sentiments de lord Grey au sujet de la candidature du prince d'Orange. Il semble encore favorable à cette candidature le 15 janvier (Diary of Sir John Hobhouse, 15 janvier 1831 : Lord Broiighton's RecoUedions of a long life, vol. IV, p. 79). Quinze jours plus tard, il est découragé par l'inertie dont fait preuve le parti du prince d'Orange. Il écrit à la princesse Lieven, le 30 janvier 1831 : « We still hear of the Orange party, but it does nothing, aud does not advance astep. This, therefore, may be put out of your calculation and the best thing now to be done — the neutrality being now established, which créâtes the best barrier that existing circumstances afford against her [France], if she passes it — is to take any King the Belgians will choose, who can be accepted without dishonour », (Correspondence of Princcss Lieven and Earl Grey, vol. II, p. 150), et se montre très alarmé le lendemain à l'idée que le parti du prince d'Orange pourrait, par quelque démarche intempestive, embarrasser la diplomatie anglaise (le même à la même, 31 janvier 1831 : Ibid., p. 151).
matériellement impossible qu'il le serait pour moi de faire des soldats avec les domestiques ou les travailleurs de mes terres ^ »,
Le pays réclamait la paix; il réclamait aussi des économies financières, et l'allégement du fardeau des impôts. Cette revendication avait joué un grand rôle au cours de la dernière campagne électorale ; et c'est en demandant que le détail de la liste civile fût soumis aux investigations d'une commission parlementaire que Sir Henry Parnell avait, le 15 novembre, provoqué le vote par lequel le ministère de Wellington avait été mis en minorité. Mais lord Althorp, le nouveau chancelier de l'échiquier, se rendait compte, après deux mois d'études, qu'il était difficile de donner satisfaction aux espérances qu'on avait encouragées, impossible de faire mieux que n'avait fait en ces matières le ministère de Wellington. La Révolution de Juillet, en réveillant la question belge, obligeait le gouvernement à armer : dût même la paix être maintenue, le contribuable aurait à payer les frais de cet accroissement des forces militaires. Il restait au ministre des finances une ressource : alléger les charges fiscales par un changement de l'assiette de l'impôt, réformer au lieu de simplement réduire. S'inspirant des idées de Sir Henry Parnell, lord Althorp présenta un budget ambitieux, qui n'eut aucun succès, et s'effondra sous les critiques de la Chambre des Communes. Lord Althorp, chancelier de l'échiquier et leader de la Chambre des Communes, las de l'exercice de ces hautes fonctions, en était, dans les derniers jours de février, à chercher quel serait pour le ministère le meilleur moyen de se ménager une chute honorable.
Au moment cependant où lord Althorp
LE REFORM BILL désespérait, le troisième point du programme
MINISTERIEL . . . , , . ^
ET SON HISTOIRE mmistenel n avait pas encore été abordé par le
Parlement; et c'est sur ce troisième point que l'attention du pays était vraiment concentrée. Par voie de meetings, de pétitions, on réclamait une Chambre des Communes vraiment représentative du peuple tout entier, la réduction de la durée des parlements, le scrutin secret. Cette agitation politique, faible dans les districts ruraux où les ou^Tiers agricoles se révoltaient contre leurs employeurs, était intense dans les districts industriels, y servait en quelque sorte de dérivatif à la violence ouvrière. Non que l'on n'envisageât le recours à la violence si le Cabinet trahissait la volonté de la nation : mais, pour l'instant, sur ses desseins, régnait un impénétrable mystère.
1. Lord Grenville au duc de Buckingham, 7 décembre 1830 (Duke of Buckinghain, Memoirs of the Courts and Cabinets oj William IV and Victoria, vol. I, pp. 161-2).
On voyait Denman se déclarer hostile au scrutin secret ^; lord Althorp, huit jours plus tard, s'y déclarer au contraire favorable ^ Le bruit courait, au commencement de janvier que les ministres avaient demandé aux deux représentants démocrates de Westminster, Burdett et Hobhouse, s'ils se contenteraient d'un cens électoral de 10 1. ^ Mais s'agissait-il seulement d'élargir les limites des bourgs existants, et, dans ces bourgs agrandis, de constituer, sur cette base, un corps électoral démocratisé? ou bien se proposait-on d'entreprendre la redistribution, sur une grande échelle, de la représentation parlementaire? Le 31 janvier, lord Grey était à Brighton, soumettant au roi le bill ministériel : et, dès le jour de la rentrée du Parlement, on sut que le bill avait été agréé par le roi. Fallait-il en conclure qu'il s'agissait d'un bill très modéré?
Pendant tout le mois de février — la discussion du bill devait commencer le 1" mars — l'incertitude subsista : pas une indiscrétion ne vint éclaircir le mystère. Les tories, sur la question du budget, reprenaient cependant l'avantage; et, comme on parlait moins de la réforme électorale, ils se flattaient de l'espoir que le pays y pensait moins. Peel, plus habile orateur qu'aucun des ministres, couvrait ceux-ci de sa protection dédaigneuse. A quelles difficultés n'allaient-ils pas se heurter quand le Reform Bill serait introduit! Ou bien la réforme serait radicale : et, dans ce cas, comment l'imposer à la Chambre des Communes? Ou bien elle serait modérée, et l'opinion démocratique se déchaînerait contre le Cabinet : d'un ministère libéral, on n'accepterait pas les modifications légères que l'on eût, d'un ministère tory, accueillies avec gratitude. Alors viendrait l'heure de Sir Robert Peel. « S'il n'y a pas de révolution, Peel sera premier ministre*».
Le 1er mars, lord John Russell prenait la parole devant une salle comble et anxieuse. Il établissait que la réforme électorale était fondée en droit, raisonnable, urgente. Il fallait rendre au peuple anglais confiance en ses représentants, par un plan qui, sans être subversif, fût de nature à satisfaire « tous les hommes raisonnables du royaume ». Ce plan, lord John Russell l'exposa en trois points ^.
1. H. of C, 22 novembre 1830 : Denman ajoute : « Though he must confess himself quite open to conviction upon the subject » (Pari. Deb., 3rd ser., voL I, p. 627).