NOUVELLE-ZÉLANDE
COLONIE DU CAP "°^ établissements du contment austra-
lien ^ au sud-est la Nouvelle-Zélande, au sudouest la colonie du Cap. Elles offraient ce caractère commun, d'être
1. Macaulay à Zachary Macaulay, 12 octobre 1836 (Sir G. (1. Trevelyan, Life and Leilers of lord Macaulay. éd. Tauchnitz, vol. II, pp. 244-5).
2. Sir G. O. Trevelyan, Life and Letters of lord Macaulaij, éd. Tauchnitz, vol. Il, pp. 195 sqq.
3. Mais non pas appliquées sans délais. Car, James Mill étant mort, les Directeurs hésitèrent, pendant plus de vingt ans, à la mettre en vigueur (Bain, James Mill, p. 356).
4. H. of C, 6 mars 1838 (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLI, p. 484).
5. Nouvelle-Galles du Sud; 27 Geo. III, c. 2; 4 Geo. IV, c. 91); 9 Geo. IV, c. 83.—
habitables et exploitables par une population de race blanche. Un gouverneur, nommé par la Couronne, était assisté d'un conseil législatif, dont les membres étaient également nommés par la Couronne. Les colons s'accommoderaient-ils longtemps de ce régime dictatorial?
L'Australie, découverte par le capitaine Cook en 1770, était devenue pour l'Angleterre, après la perte de ses vieilles colonies de l'Amérique du Nord, un lieu de déportation pour ses criminels. Les femmes manquant, et, pour obvier au déséquilibre des sexes, l'État faisait des rafles sur le trottoir de Londres, puis expédiait aux antipodes des bandes de femmes de mauvaise vie. Peu à peu cependant des émigrants libres étaient venus se Joindre aux déportés, qui, soumis à des régimes divers, pouvaient eux-mêmes, à l'expiration de leur peine, devenir des citoyens libres ^ Telle quelle, sous un climat excellent et très favorable à l'élevage du mouton, la « Nouvelle-Galles du Sud » s'enrichissait par le commerce de la laine; il s'établissait là-bas, avec le développement des affaires, un semblant de moralité civique, et les colons enrichis commençaient à réclamer des libertés politiques. Mais sur quelles bases les leur accorderait-on? Suivant que les droits civiques étaient refusés ou concédés aux forçats libérés, aux emancipists, on se heurtait à des difficultés égales. Les radicaux de Londres, disposés à beaucoup de tolérance vis-à-vis des forçats libérés, considéraient cependant le problème ainsi posé comme insoluble. C'est tout le système de la colonisation australienne qu'ils déclaraient vicieux.
Ils affirmaient, d'abord, que la déportation des criminels devait être abolie : depuis le jour où le système avait été mis en vigueur, Bentham
Terre de Van Diemen :4 Geo. IV, c. 96; 9 Geo. IV, c. 83. — Australie Occidentale : 10 Geo. IV, c. 22; 5 and 6 Will. IV, c.l4; 6 and 7 Will. IV, c. 68; 1 and 2 Vict., c.46. — Australie Méridionale : 4 and 5 Will. IV, c. 95.
1. Quelques chiffres donneront une idée plus précise de ce que pouvait être vers cette époque l'état social de la colonie. Porter donne, pour le mouvement de l'émigration, au cours des années antérieures à 1834, les chiffres suivants. Dépo.tés : 1825 : 1916. — 1826 : 1 815. — 1827 : 2 587. — 1828 : 2 712. — 1829 : 3 664. — 1830 : 3 225. — 1831 : 2 633. — 1832 : 3 119. — 1833 : 4 151. — 1834 : 3 161. Immigrants libres : 1829 : 504. — 1830 : 309. — 1831 : 457. — 1832 : 2 006. — 1833 : 2 585 — 1834 : 1 564. (Porter's Tables, Supplément to Part V.Cohnies— -1834).— L' Anniial Résister (1837, p. 251) donne les résultats du recensement de 1837 : 77 096 habitants, dont 27 831 convicts. Colons libres du sexe masculin, âgés de plus de douze ans : 23 121 ; du sexe féminin, âgés de plus de douze ans : 11 973. — Protestants : 54 621. Cathohques (en d'autres termes Irlandais) : 21 898. — Puis les proportions se renversent. En 1838 et en 1839, le Canada traverse des temps troublés : et les émigrants désapprennent la route de l'Amérique pour celle de l'Australie. En 1838 et 1839, il y eut, suivant Ch. Buller {H. of C, 5 mai 1840 : Pari. Deb., 3rd. ser., vol. LUI, p. 1301), 10 000 émigrants libres contre 5 000 criminels seulement. — Voir sur l'état social de la colonie de Nouvelle-Galles du Sud, un excellent article du Quarterly Revieiv, octobre 1838, art. vu, New South Wales (Vol. LXII, pp. 475, sqq.).
l'avait critiqué sans relâche. Mais, puisqu'en Australie le mal était déjà fait, ils voulaient qu'on imaginât des moyens propres à le corriger en noyant la population criminelle sous un flot d'immigrants libres. Edward' Gibbon Wakefield, un quaker d'origine, conduit par une affaire de séduction devant les tribunaux, avait employé ses trois années de désœuvrement forcé dans la prison de Newgate à élaborer tout un projet d'émigration et de colonisation systématique. Des sociétés foncières, munies par l'État d'une charte, mettraient en vente des terres vierges, et se trouveraient ainsi en possession d'une somme suffisante pour organiser l'immigration de la main-d'œuvre nécessaire à l'exploitation de ces terres ^. Le système fut agréé par Bentham ^. Ses disciples se divisèrent. Les uns, ceux de la « Revue de Westminster », le condamnèrent ^ : et leur défiance était justifiable. Car, si les colonies de Wakefield, dans l'esprit de leur fondateur, devaient à la longue devenir des démocraties autonomes à la manière américaine, il n'en est pas moins vrai que, pour commencer,, elles ne se laissaient concevoir que sous le contrôle et la protection de l'État. Mais James Mill, Stuart Mill, Sir William Molesworth, bref tout le groupe qui fonda, en 1835, le London Review pour rivaliser avec le Westminster Review, préconisa avec ardeur l'adoption du système de Wakefield.
Ainsi les radicaux philosophiques se trouvaient contribuer directement à l'extension du domaine colonial anglais. C'est sur leur initiative, sinon toujours conformément à leur plan, que fut fondée en 1834 la colonie de 1' « Australie du Sud », qui vint s'insérer entre les vieux territoires de la « Nouvelle-Galles du Sud » et de la « Terre de Van Diémen * ». Et c'est sur leur initiative encore que le ministère des colonies se décida à une autre démarche. A quinze cents kilomètres au sud-est du continent australien, les Anglais avaient découvert un archipel, situé sous un climat très favorable, tempéré, marin, sans brouillards. La « Nouvelle-Zélande » avait été pourvue d'un résident britannique en 1832. C'était seulement afin dé prévenir le péril d'une occupation française ; et le gouvernement de Londres avait si peur de se trouver entraîné dans une expédition coloniale, que
1. R. Garnett, Edward Gibbon Wakefield, The colonization of South Australia and Netv Zealand. chap. m et iv, pp. 50 sqq. — R. C. Mills, The Colonization of Australia 1829-42, 1915.
2. Voir notre Formation du Radicalisme Philosophique, vol. IH, pp. 380-1, et la note, p. 484 : A Proposai for the formation of a joint-stock Company by the name of the Colonization Companj^ on an entirely new principle : The Vicinity-maximizingorDispersion-preventing principle, 11 août 1831.
3. V. notamment Wcstm. I\ci>., octobre 1834. art. xi. New South Australian Colonif (vol. XXI, pp. 441 sqq.).