‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 91 sur 158 · and 5 Will. IV, c. 95, amendé par 1 and 2 Vict., c · texte numérisé non relu

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ce résident était dépourvu expressément de tout pouvoir judiciaire sur les sujets britanniques. La Nouvelle-Zélande demeura donc, pendant plusieurs années, un simple repaire de pirates, parmi lesquels abondaient les forçats évadés d'Australie. Alors les radicaux philosophiques. Sir William Molesworth et Wakefield, intervinrent, et, renonçant à vaincre l'inertie des bureaux, constituèrent en 1839, sans charte gouvernementale, une « association coloniale pour l'exploitation de la Nouvelle- Zélande ». Un navire fut frété; le frère même de Sir William fit partie de l'expédition. En 1840, le ministère se décida enfin à nommer un gouverneur, et la colonie de la Nouvelle-Zélande fut fondée *.

Pour achever le tableau de ce groupe des colonies australes, il ne faut pas oublier l'Afrique du Sud, où se posaient d'autres problèmes. Les radicaux philosophiques se trouvent n'avoir pas joué ici un rôle actif : c'étaient les « évangéliques «, les « antiesclavagistes )> qui poussaient le gouvernement à étendre son contrôle. Pour le gouvernement, il n'y avait là qu'une « station militaire », la ville et le port du Cap, utile point de relâche sur la route des Indes. La colonie du Cap, dépouille de l'ancien empire colonial hollandais ^ était en réalité autre chose : un vaste domaine pastoral parcouru par les boers. Depuis la fin de la grande guerre, et pendant la longue crise de chômage qui suivit, le gouvernement de Londres avait encouragé les Anglais à y émigrer. De sorte que maintenant il s'y dressait l'une contre l'autre^ deux colonies rivales, l'une de langue hollandaise, l'autre de langue anglaise. Les Anglais, parmi lesquels les ministres évangéliques étaient nombreux, dénoncèrent le régime très dur que les Boers imposaient aux indigènes, Hottentots et Cafres. Fowell Buxton se fit leur avocat; une ordonnance libératrice fut publiée; et les Boers émigrèrent en masse vers l'intérieur, pour se soustraire à la domination britannique ^. Les évangéliques demandèrent alors qu'on se mît à leur poursuite pour les empêcher de recommencer, à l'abri de tout contrôle, leur exploitation de la population indigène. Pour l'instant le gouvernement de Londres opposait une résistance absolue à ces projets. Le médiocre établissement de Sierra Leone, fondé jadis sur la côte d'Afrique pour des

1. H. of. C, 20 juin 1838 (Pari. Deb., 3rd ser., voLXLIII, pp. 871 sqq.). — Ann.Reg., 1839, Chron., p. 162. — R. Garnett, Edward Gibbon Wakefield, pp. 142 sqq.

2. Cette colonie, ayant été acquise par voie de conquête, constituait ce qu'on appelait une « Colonie delà Couronne ». Il en était de même, à cette date, de la Guyane Britannique, de l'île Maurice, de Ceyian, de Gibraltar, de Malte et de Heligoland (C. Clark, A Summary of Colonial Law ... 1834, p. 23). Cette dénomination semble avoir été considérée par certains comme anti-constitutionnelle (Reflections on ... policy of Great Britain. By a British Merchant, 1833, pp. 113-4).

3. H. of C, 6 mars 1838 : discours de Sir W. Molesworth (Pari. Deb., 3rd ser., vol. XLI, pp. 498 sqq.). H. E. Egerton, A Short History of British Colonial Policy, pp. 336 sqq.

motifs de philanthropie négrophile, ne l'encourageait pas à renouveler rexpérience. Où ne serait-il pas entraîné s'il commençait à suivre ces conseils? Fowell Buxton demandait que l'Angleterre renforçât son escadre sur les côtes, utilisât la navigation à vapeur pour pénétrer au cœur du continent en remontant le cours des grands fleuves, signât des traités avec les chefs nègres du littoral et de l'intérieur, et transformât finalement l'Afrique tout entière en un vaste domaine britannique, mis en valeur par le travail libre de la population indigène ^.

N'allons pas croire d'ailleurs que la nais-

D' AMÉRIQUE. sance de ce monde nouveau sur les rives du Paci-

LE PROBLÈME fique ait beaucoup retenu l'attention du Parle-

CONSTITUTIONXEL ment. Toutes ces petites dépendances semées à DANS L'AMÉRIQUE travers les mers - Gibraltar, Malte, Heligo-

land, les îles Ioniennes, Sainte-Hélène, l'île Maurice — ne l'attiraient pas davantage. Bien des gens demandaient qu'on abandonnât les Iles Ioniennes à la Grèce. Quant aux autres, simples positions militaires, on se plaignait seulement qu'elles fussent administrées à trop grands frais, que l'aristocratie les utilisât pour y caser parents et clients en trop grand nombre. Passons aux vieilles colonies d'Amérique, celles du nord, celles de la zone tropicale, plus évoluées que les colonies naissantes du monde austral, et au sujet desquelles le grave problème de l'autonomie se posait, pour cette raison, avec plus d'urgence.

Au nord, la Nouvelle-Ecosse, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve, les deux Canadas, sans parler de la petite colonie des Bermudes, étaient soumis à un même régime de demi-autonomie. Un gouverneur, nommé par la Couronne et assisté de son conseil exécutif, nommait lui-même les membres d'un conseil législatif, qui administrait le pays d'accord avec une assemblée législative, élue par les habitants selon un régime généralement très libéral ^. Et la question se posait alors de savoir comment il fallait inter-

1. T. F. Buxton, The African Slave Trade, 1839, p. 240 : It is earnestly to be desired that ail Christian powers should unité in one great confederacy, for the purpose of calling into action the dormant energi's of Africa; but if this unanimity is not to be obtained, thcre are abundant reasons to induce this nation alon^, if it must so be, to undcrlak» the task. — The Remedif, bein'i a Sequel to the African Slave Tradc, 1840, pp. r>, 171, 236. — The African Slave Trade and its Rcmedy. 1840, fond en un seul les deux ouvrages précédents. — Cf. la lettre alarmée que lord Melbourne adresse à lord John Russell, 3 septembre 1838 (Lord Melbourne'.< Papers, pp. 376-7).

2. Électeurs au Canada : tenanciers d'un domaine exploitable d'une valeur annuelle de 40 s. ; ou, dans les villes, d'un immeuble d'une valeur annuelle de 5 1. ou pour lequel un loyer de 10 1. est payé (Ann. Reg., 1838, p. 3). — A Terre-Neuve, depuis 1832, tout habitant majeur du sexe masculin ayant occupé un immeuble pendant un an au moins avant le jour de l'élection (Royal Proclamation, 20 juillet 1832 : C. Clark, A Summanj of Colonial Laiv..., 1834, p. 440).

prêter ces constitutions. Reproduisaient-elles les trois éléments essentiels du Parlement britannique : le Roi, la Chambre des Lords, la Chambre des Communes? Il fallait donc considérer le gouverneur comme une sorte de souverain non responsable, et le conseil exécutif comme un véritable ministère responsable devant le conseil et l'assemblée. Ou bien voulait-on considérer le gouverneur, à la tête de son conseil exécutif, comme une sorte de premier ministre, responsable lui-même devant le « Parlement » de la colonie? Le gouverneur n'admettait ni l'une ni l'autre de ces hypothèses : il se considérait bien comme responsable, mais seulement vis-à-vis du roi qui l'avait nommé.

Comme la constitution du conseil législatif, dont tous les membres étaient nommés par lui, rendait facile au gouverneur de tenir tête, en s'appuyant sur le conseil, à une assemblée peu docile, les colons formulaient une autre demande : ils voulaient que le conseil fût électif au même titre que l'assemblée. La constitution politique de la colonie se rapprocherait ainsi davantage de la constitution des États-Unis d'Amérique; et c'était une raison de plus pour que les gouverneurs et les ministres métropolitains fussent hostiles à cette prétention. Car les États-Unis pouvaient exercer sur les mécontents de ces colonies de l'Amérique du Nord une attraction dangereuse. L'insolence des États- Unis à l'égard de l'Angleterre était extrême : elle se fondait sur cette certitude que l'Angleterre ne recourrait jamais à la force pour trancher un incident diplomatique soulevé par ses anciennes colonies révoltées. L'État du Maine et la colonie du Nouveau-Brunswick étaient divisés, depuis des années, par une querelle qui portait sur leur frontière commune; et l'obstination américaine retardait toujours la solution désirée par le cabinet anglais. Le débat ne se trouverait-il pas un jour tranché par l'absorption des colonies britanniques du continent américain dans la grande république fédérative? Les citoyens américains étaient dix millions, les sujets anglais à peine plus d'un million; et ceux-ci comparaient tristement le médiocre développement de leurs territoires avec l'enrichissement prodigieux des États-Unis.

Les difficultés que nous avons définies étaient à peu près les mêmes dans toutes les colonies anglaises de l'Amérique du Nord ; mais elles se concentrèrent en quelque sorte dans les deux Canadas, et finalement dans le Bas-Canada. Ces provinces demandaient que leurs deux Parlements eussent un droit de contrôle absolu sur toutes les ressources financières; et, ce droit ne leur ayant été accordé en 1831 ^ qu'avec des exceptions,

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