‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècle (volume 2)Chapitre 96 sur 158 · PROBLÈME SERVILE · texte numérisé non relu

PROBLÈME SERVILE

FT PROBT P\iF Parlement de suspendre pour cinq ans la cons-

CONSTITUTIONNEL titution de la Jamaïque. En vérité, la politique

coloniale du cabinet whig était déconcertante. Il semblait qu'elle fût devenue dictatoriale par système : chaque année la constitution d'une colonie était suspendue *. Que se passait-il donc aux Antilles?

On se souvient que, lors de l'abolition de l'esclavage, un régime provisoire d' « apprentissage », intermédiaire entre l'état libre et l'état de servitude, avait été institué en faveur des nègres de l'Amérique Centrale, pour une durée de six années. Les nègres supportaient avec impatience ce purgatoire légal, et se plaignaient que les planteurs n'observassent pas les règles prescrites pour leur protection. Ils étaient soutenus par les gouverneurs, par les missionnaires méthodistes ou baptistes, par les magistrats à qui la métropole avait donné pour fonction de veiller à l'exécution de la loi. Ils étaient soutenus, dans la métropole, par le groupe antiescla-

t. Voir le texte intégral de la proclamation, Ann. Reg., 1838, pp. 311 sqq.

2. Il ne s'était joint qu'en faisant des réserves aux protestations dirigées par ses anus radicaux contre la dictature de lord Durham : v. son discours, H. of C, 23 janvier 1838 {Pari. Deb., 3rd ser., vol. XL, p. 358).

3. London and Westminster Revieiv, décembre 1838, art. viii. Lord Durbam's Relurn (vol. XXXn, pp. 241 sqq.). — Cf. avril 1839, art. viii. Reorganization'of the Rcform Parti) (vol. XXXII, pp. 475 sqq.).

4. //.o/C, 3 mai 1839: discours de Sir Robert Pccl(ParZ. Z)e6., 3rd ser., vol. XI. VII, p. 766).

vagiste, toujours puissant : en 1838, les antiesclavagistes du Parlement, lord Brougham en tête, demandèrent que l'émancipation fût totalement réalisée sans attendre l'échéance de 1840. Une motion à cet elïet ayant été, le 22 mai, déposée à la Chambre des Communes, le ministère whig, malgré l'appui que les conservateurs lui donnèrent, fut en minorité de trois voix. Les choses en demeurèrent là à Londres. Mais les colons des Antilles, des Caraïbes, des Iles Sous-le-Vent, de la Guyane anglaise, comprirent la gravité de l'avertissement. Toutes ces colonies avaient des constitutions du même tj'pe que celles dont nous avons décrit le fonctionnement dans les colonies de l'Amérique du Nord, plus anciennes seulement et qui remontaient au xvii« siècle : les ^i assemblées » de ces colonies prirent le parti de brusquer les choses, et d'échapper aux difficultés insurmontables auxquelles les planteurs allaient se heurter s'ils voulaient, pendant deux ans encore, maintenir les nègres à l'état d'apprentissage. Elles proclamèrent l'émancipation immédiate.

Ainsi fit en particulier la grande île de la Jamaïque, qui, avec ses trente mille colons d'origine britannique et ses trois cent cinquante mille esclaves, égalait en importance toutes les autres colonies de l'Amérique Centrale réunies. Les planteurs espéraient à ce prix être débarrassés des ingérences de la métropole dans leurs affaires : les antiesclavagistes n'auraient plus rien à voir là où il n'y aurait plus d'esclaves. Mais ils furent vite déçus. La Chambre des Communes, si elle n'avait pas donné suite à la motion qui demandait l'émancipation immédiate, avait, en compensation, voté une loi qui accordait aux gouverneurs coloniaux un contrôle souverain sur l'administration des prisons ^. Même après que l'Assemblée de la Jamaïque eut voté l'émancipation immédiate, le gouverneur de la Jamaïque annonça l'intention d'appliquer la loi nouvelle, qui avait pour but de protéger les noirs contre la brutalité de leurs anciens maîtres. Alors l'Assemblée s'insurgea. Le 30 octobre, elle déclara que la loi des prisons, appliquée sans qu'on eût demandé son assentiment, était illégale, violait les droits des colons, traités en «sujets britanniques », et décida de ne pas exercer ses fonctions législatives tant que la loi n'aurait pas été rapportée. Bref, elle suivait l'exemple de l'Assemblée du Bas-Canada.

Que ferait lord Melbourne? Il n'y avait que deux alternatives. Ou bien capituler devant les colons, et attendre le jour où, par le jeu des lois locales, les nègres obtiendraient assez d'influence dans le corps électoral pour assurer la défense de leurs droits. Ou bien résister aux colons, et gouverner dictatorialement la colonie rebelle. C'est la seconde alternative

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