‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 124 sur 387 · Geo. III, c · texte numérisé non relu

Geo. III, c

6. Sur toutes les lois faites en ces matières avant 1814, voir en particulier le grand discours de George Rose, H. of C, 5 mai 1814, avec la réponse de Western, H. ofC, 16 mai 1814. {Pari. Deb., vol. XXVII, pp. 666 sqq.; 898 sqq.)

Les agriculteurs viennent seulement d'obtenir, en 1815, les cours étant tombés, des droits protecteurs vraiment efficaces. De 66 s. le prix de libre importation monte à 80 s.; ils avaient en 1814 demandé 84 s., 95 s., et jusqu'à 105 s.. Mais, dans tous les débats qui ont précédé le vote du Corn Bill, ils ne se sont pas fait faute d'insister sur ce point qu'ils demandaient simplement à être placés, en matière de législation douanière, sur un pied d'égalité avec les manufacturiers *. Car, pendant toute la durée de la guerre, il ont, à la différence de ceux-ci, accepté un régime de libre-échangisme effectif.

Si entreprenants qu'ils soient, les gros fermiers savent néanmoins qu'ils ne peuvent pas s'enrichir au même degré que les industriels de la ville. Tripler ou quadrupler leur capital, établir chacun de leurs enfants dans une situation équivalente à celle dont eux-mêmes sont partis, leurs ambitions pécuniaii'es, même au cours de la période singulièrement favorable que l'agriculture anglaise vient de traverser, ne semblent guère avoir jamais été plus loin ^. En revanche, d'autres ambitions leur sont permises. Ils peuvent, sans cesser d'exercer leur métier, rapprocher insensiblement leur condition sociale de celle des propriétaires. Un aristocrate pense-t-il déroger s'il fait lui-même valoir ses terres? Son fils se trouve-t-il humilié si on l'envoie prendre pension à 100 1. par an chez un des grands fermiers du Northumberland, pour y apprendre les nouvelles méthodes^? Voici un gentleman qui gère son domaine de 1000 ou 2 000 acres. Voici, à côté de lui, un fermier qui fait valoir un domaine d'étendue double, 2000 ou 4 000 acres. Celui-là, une fois acquittées les charges fiscales qui pèsent sur la terre, jouit de tout le reste du revenu. Celui-ci doit, par-dessus le marché, verser la moitié de ce reliquat au propriétaire de la ferme qu'il exploite. Sa peine est plus grande, mais son exploitation est plus considérable, ses capitaux plus importants, son outillage plus perfectionné. En fin de compte le propriétaire et le fermier sont également riches; ce sont

1. H.ofC, 1.") juin 18!3 : discours de Sir Henry Parnoll (voL XXVI, pp. 651-652); 16 mai 1814, discour» de lluskissou {Pari. Deb., vol. XXVll, p. 920).

2. Boys, Kent, 1706, p. 32 : ... Tho smnlier fannors are in gênerai a vcry industrious and sober set of meu, fare hard, and livc vvith great frugalily. The great occupiers, who hâve property in stock of froin 1 lo 2 or 3 000 1., live, as they ought, more at their ease; i)ut as to making of fortunes by farming, there is no such thing Ihat ever came to my knowledge. — Tuke, Norlh Riding, 1800, p. 177 : ... Should a farmer make ... a fortune, it is in gênerai in conséquence of bis uniling some other profession with his farm, he is a land surveyor, a steward, a corn factor, or bas some other pursuit; instances of fortunes ac(|uircd by such an union may frequentiy bc found : vvilhout it the industrious, the orderly, the pers('viriii;r fnrmer, the man penilirtrly the pride and boast of Kngland, is not oflen ■ uaMnl to quit the path o\\ wlinh iio llrst entered.

'\. Haiiey and CuMey, Northumberland, \)\k 20-30.

de part et d'autre mêmes travaux, mômes soucis, mêmes plaisirs, mêmes manières de vivre et de sentir. On signale dans TEssex un grand nombre de fermiers qui, après avoir monopolisé plusieurs fermes, n'essaient pas de les fondre en une seule exploitation centrale, mais se bornent à placer sur chaque ferme un régisseur, et à surveiller l'ensemble de haut et de loin ^ : la différence est-elle bien grande entre la situation économique du propriétaire, et celle de ce propriétaire en sous-ordre, qui, pas plus que le propriétaire véritable, ne gère directement ses fermes? Dès que la ferme s'étend sur plus de quatre ou cinq cents acres, il faut au fermier, pour élever sa maison et les bâtiments attenants, un espace de deux cents pieds carrés; il lui faut deux salons, deux cuisines, un bureau, quatre chambres à coucher au moins^. C'est plus qu'il n'en fallait, voilà un siècle, pour loger un country gentleman. Dans le salon, un sofa, des rayons pour les livres, des gravures accrochées au mur^. Là se donnent les fêtes où l'on dépense entre fermiers, à manger et à boire, dix ou douze livres en une aprèsmidi *. Le fermier anglais est un gentleman de seconde qualité. Sa femme et ses filles rougiraient d'être vues à la laiterie, au poulailler, à la cuisine; elles se font habiller à la ville voisine, copient les robes de la femme et des filles du squire. Que le fermier donne à son fils une» éducation seulement passable, que ce fils obtienne un grade dans la milice du comté, qu'il renonce à exploiter lui-même, et vive à la campagne sur les revenus du capital amassé par son père : il a assez de fortune, les goûts rustiques nécessaires, et une culture suffisante, pour tenir convenablement son rang dans la société locale ^

Sans doute l'harmonie des intérêts est loin d'être parfaite entre les propriétaires et les fermiers. Toutes les fois que les contrats par lesquels ils sont liés expirent, le conflit éclate entre leurs prétentions opposées. Pendant toute la durée du contrat, le fermage restant fixe, le

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