‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 133 sur 387 · A. Irvine, Inquiry, pp · texte numérisé non relu

A. Irvine, Inquiry, pp

2. Il resterait à se demander dans quelle mesure, pendant les premières années du siècle, ce mouvement d'émigration entraîne une diminution absolue de la population. Voici effectivement, pour les districts en question, les chiffres des trois premiers recensements. Caithness, 1801 : 22 609 hab.;1811 : 23 419 hab. ; l'821, 30 238 hab. (augmentation; 1801-1811, 4 p. 100; 1811-1821 : 29 p. 100. Une diminution de population est observée seulement dans 3 paroisses sur un total de 10). — Sutlierlaud, 1801 : 23 117 hab.; 1811 : 23 629 hab.; 1821 : 23 840 hab. (Augmentation, 1801-1811 : 2 p. 100, 1811-1821 : 0 p. KM). Diminution dans 7 paroisses sur 14.) — Invcrness, 1801 : 74 292 hab.; 1811 : 78 356 hab.; 1821 : 90 174 hab. (Augmentation, 1801-1811 : 5 p. 100, 1811-1821 : 15 p. 100. Diminution dans 3 paroisses sur 30.) — Ross and Cromarlv, 1801 : .55 343 hab.; 1811 : 60 853 hab.; 1821 : 68 828 hab. (Augmentation, 1801-1811 ; 10 p. 100; 1811-1821 : 13 p. UM). Diminution dans 7 paroisses sur 34.) II faut donc admettre ou Wn'U que le mouvement d'émigration ne sert qu'à éliminer un excédent de population (Seikirk, Observations, pp. 112 sqq.) ou bien (jue, dans la région même, il y a non pos exactement diminution, mais simple changement de distribution dt; la population; (fue, même dans ces province» reculées, il se constitue de petits centres urbains, assez importants pour compenser la dépopulation des campagnes. Il faut remaniucr, en

Les souffrances qui accompagnent la révolution subie, au début du XIX'' siècle, par Téconomie rurale du Nord-Ouest de l'Ecosse n'étaient peut-être pas évitables. Une transformation sociale aussi profonde est difficilement concevable sans un temps de trouble et de crise. En tout cas les difficultés au milieu desquelles se débattent quatre ou cinq comtés écossais leur sont particulières : rien de pareil ne se produit en Angleterre ni même dans le sud de l'Ecosse. Certaines terres sans doute sont mises en pâturages. Terres montagneuses, incultes par nature, et qui généralement n'étaient que des landes désertes avant que l'on y fît paître des moutons; terres plus riches, plaines des Midlands, terres alluviales des vallées, où on engraisse le bétail quelques mois avant de le livrer à la boucherie sur des fermes beaucoup moins étendues que les vastes domaines du Nord : le régime des pâturages entraîne donc en Angleterre une dépopulation beaucoup moins intense que dans les Highlands. Mais le fait caractéristique, au cours de la période qui s'achève vers 1815, ce n'est pas l'extension des pâturages. La laine est à bas prix, le blé se vend très bien; la culture des céréales est donc plus lucrative que l'élève du mouton. Chaque année de nouvelles prairies sont conquises par la charrue. Les agriculteurs essaient de faire venir du blé jusque sur de hauts plateaux où le coût de production est exorbitant, et se justifie seulement par les prix, exorbitants eux aussi, que les céréales ont atteints. Veut-on décider si les nouvelles méthodes agricoles, en Angleterre, ont contribué à la dépopulation des campagnes, le problème est de savoir si le régime des grandes fermes arables entraîne, pris en lui-même, une diminution de la population rurale.

Voici, dans le Hamsphire, un fermier qui sème 1 400 acres en blé, 2 000 acres en seigle. La superficie totale de sa ferme est de 8 000 acres ; il a pris la place auparavant occupée par quarante petits cultivateurs. Est-il surprenant, demande Cobbett, que, dans ces conditions, le nombre des indigents augmente'? Voici encore, à Highclere, les biens communaux qui viennent d'être lotis : un petit nombre de fermiers, à grands frais, essaient d'y faire venir des céréales. Que vont devenir, demande Cobbett, les pauvres gens qui naguère lâchaient sur le pré leur troupeau d'oies et leur âne, prenaient sur la lande un

tout cas, qu'à l'époque dont nous traitons, si on expulse les petits tenanciers et les cotters, ce n'est pas, comme ce sera plus tard, pour transformer les terres qu'ils occupaient en propriétés de plaisance, en vaste domaines de chasse. Sir John Sinclair, en 1814 {Scotland, vol. I, pp, 171-172), constate que les deer forests des Highlands ont beaucoup perdu de leur étendue première, et qu'un grand nombre d'entre elles se trouvent consacrées à l'élève du mouton. 1. Rural Rides, Bollitree (Herefordshire), 14 nov. 1821.

peu de tourbe pour se chauffer*? Seulement, pour plausibles que ces accusations puissent paraître, on hésite à décider dans quelle mesure elles sont fondées. Sans doute, quand un Inclosure Acl a réparti un bien communal entre plusieurs propriétaires, il arrive en général que plusieurs de ceux-ci, peut-être la majorité, cèdent leurs droits et s'en aillent. Mais cette diminution du nombre des propriétaires sera-t-elle ou ne sera-t-elle pas compensée, par l'augmentation du nombre des travailleurs salariés? D'autre part, dans le cas même où il y aurait compensation, quelle sera la proportion, parmi ces travailleurs, entre ceux qui habitent à poste fixe soit la ferme elle-même, soit les environs de la ferme, et ceux qui viennent de loin travailler, pendant quelques semaines, puis disparaissent, laissant derrière eux la campagne vide d'habitants? On voit la complexité du problème.

Il semble bien cependant que les premières années qui suivent la mise en vigueur d'un Inclosure Act voient toujours augmenter la population de l'endroit où Vinclosure a eu lieu. Il faut établir les barrières et les haies, aménager la terre, faire des travaux de drainage; tout cela demande de la main-d'œuvre, pendant toute l'année. Un témoin, interrogé en 1817 par une commission parlementaire, constate que la population de sa paroisse a augmenté de 6 ou 7 p. 100 depuis le recensement de 1811 ; et, comme on lui demande d'expliquer cet accroissement, il l'attribue, sans aucune précaution oratoire et comme si la chose allait de soi, à Vinclosure qui a eu lieu « voilà huit ou neuf ans ». « Nous avons, déclare-t-il, plus de travail dans la paroisse- ». Les recensements de 1801, de 1811, de 1821, prouvent que dans tous les comtés anglais sans distinction — ceux où la population est principalement occupée aux travaux industriels, ceux où l'agriculture prédomine, — il y a accroissement de la population : l'accroissement est supérieur à 10 p. 100 dans tous les comtés sauf douze ^ pendant la première décade du siècle, dans tous les comtés sauf deux pendant la deuxième décade *. Il y a manifestement conflit entre deux séries de

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