Marshall, Western Department, p
2. Rudge, Gloucestershire, p. 48, et il achève : The great body of mankind, being obliged to live with, aad by each other, must necessarily coasist of proprietors and workmen. — Donaldson, Northamptonshire, 1794, p. 45 : The luxury in which this class of people live, accounts in a great measure for the necessity of levying such immense sums annually for the support of the poor in England. — Young, Lincolnshire, 1799, pp. 397-398 note, (hauts salaires dans les Fens) : The conséquences of such high priées are very baneful; the vsorkmen get drunk; work not above four days out of the six; dissipate their money, hurt their constitutions, contract indolence and vicious dispositions, and are lost to the community for at least one third of their time in this important crisis. If is a pity but the législature could interfère. — Cf. ibid,, pp. 420-421.
de population. S'il se trouve inversement que la production est surabondante par rapport au nombre d'individus existants, l'accroissement de la natalité aura bientôt rétabli l'équilibre. Le salaire, nous dit Ricardo, doit être considéré, au cours du progrès économique, comme une quantité fixe, si on néglige les oscillations temporaires qui se font autour d'un niveau commun. Le salaire nominal peut donc hausser : à la longue il apparaîtra que cette hausse est apparente, qu'elle marque une diminution de la puissance d'achat, et que le salaire augmenté ne fournira jamais, malgré tout, que la même quantité de marchandises. Avons-nous vraiment affaire ici, comme le veut Ricardo, à une loi de la nature? et devons-nous nous satisfaire de l'explication malthusienne qu'il en propose? Peu importe. Ricardo ne l'aurait pas inventée, si elle n'avait traduit avec quelque exactitude un phénomène économique sur la réalité duquel, au moment où il écrivait, tous les observateurs étaient d'accord.
C'est en 1815 et en 1816 qu'il a travaillé à l'élaboration de ses fameux Principes : il a donc entrepris ce grand ouvrage au moment précis où la question agraire retenait l'attention du public, au Parlement et dans la presse. N'est-il pas extrêmement probable que l'idée première de sa loi des salaires lui a été suggérée par le mouvement que suivaient, depuis un demi-siècle, les salaires des ouvriers agricoles? Arthur Young, vers 1770, estime à 7 s. 4 d. environ par semaine le salaire d'un ouvrier agricole : le quarter de blé, vers la môme époque, vaut environ 42 s. 4 d. En 1810 et en 1811, après une étude approfondie, il considère qu'un ouvrier agricole gagne en moyenne 14 s. 4 d. par semaine. Les salaires ont à peu près doublé. Mais le blé vaut maintenant 105 s. 4 d. le quarter. Le prix du travail a donc haussé presque dans la même mesure que le prix du blé : la loi de Ricardo se vérifie. Il convient cependant d'observer que, suivant Arthur Young, la viande, le beurre, le fromage, ont renchéri plus que le pain >. La théorie de Ricardo pécherait donc par excès d'optimisme : le salaire réel de l'ouvrier aurait baissé, la hausse du salaire nominal aurait été moins rapide que la hausse subie par les denrées dont l'ouvrier a besoin pour vivre.
Admettons, d'ailleurs, (juc la loi de Ricardo se vérifie exactement,
1. Arthur Young, Inquiry into the risc oj priées, ISl.'î, pp. 201-202. — II serait intéressant d'établir la comparoison des prix pour In période qui correspond exactement à la « grande guerre •, de 1702 à 18U. Quelques Surveys du Board of Agriculture ont été refaits, pour un même comté, pour des dates différentes, et permettent des comparaisons. Voir notamment Maxwell, Huntingdonshire, 1703, p. 18; et Parkinson, Hunlingdonshirc, 1813, p. 208; — Granger, Durharn, 1704, p. 44; et Hailoy, Durham, 1810, p. 262. Ces témoignages confirmeraient le témoignage d'Arthur Young. — Sur la difllculté de parvenir à des conclusions décisivtîs, voir Ilashach, Uist.of tlic Agr. Labourer, pj). I2")-12G.
et que, depuis cinquante ans, le salaire réel moyen soit demeuré constant. Encore faut-il se demander ce que vaut ce salaire constant, s'il permet aux ouvriers de vivre dans une sorte d'aisance, ou si c'est un salaire de famine. Les propriétaires et les fermiers qu'interroge le Corn Law Commitiee de 1814 se déclarent convaincus qu'un ouvrier peut fort bien vivre et faire vivre sa famille sur un salaire d'une valeur égale à celle d'un bushel de blé : c'est la valeur dont tend à se rapprocher, effectivement, le salaire moyen de l'ouvrier agricole. Mais peut-on se fier à leur témoignage intéressé? et que faut-il entendre par un salaire suffisant? Est-ce, comme ils disent, un salaire permettant de nourrir, vêtir et loger un ménage composé du mari, de la femme et de deux enfants*? Mais s'il y a plus de deux enfants? Sir Frédéric Morton Eden, le statisticien, a fait porter une enquête sur les budgets annuels d'une cinquantaine de familles ouvrières rurales, prises, en 1795, au début de la guerre, dans les régions les plus variées de l'Angleterre ; il les a trouvés en déficit presque sans exception : et le déficit dépasse, dans un des cas considérés, vingt livres sterling-. Si l'on voulait, en dehors de statistiques, dont il est toujours facile de contester les données, une preuve palpable de l'insuffisance des salaires touchés, depuis vingt-cinq ans, par les ouvriers agricoles anglais, l'histoire de l'administration des lois d'assistance publique, des Poor Laws, suffirait à la fournir. En 1795, les Juges de Paix du Buckinghamshire, du Berkshire, du Hampshire, ont constaté cette insuffisance des salaires, fixé une fois pour toutes ce que devrait être par rapport au prix du blé le salaire normal des ouvriers, et décidé que propriétaires et fermiers paieraient ensemble, en poor raies, la différence entre ce salaire déclaré normal et le salaire effectivement payé par les fermiers. Le besoin auquel répondait la mesure nouvelle était si pressant que, de proche en proche, la mesure a dû être adoptée dans tous les comtés de l'Angleterre méridionale. Tel est l'expédient que les classes dirigeantes ont imaginé polir
1. Corn Laws Report, 1814, min. of ev., p. o9 : Will a bushel sufflce for the maintenance of a man, his. vvife and tvvo children, including ail his necessary expenses? — Yes, certainly, it is what we calculate : we calculate that every person in a labourer's family should hâve per week the price of a gallon loaf, and 3 d. over for feeding and clothing, exclusive of house rent, sickness and casual expenses. — P. 16: le salaire est considéré comme suffisant pour subvenir à des besoins un peu supérieurs : Do you believe that anywhere a labouring man maintains himself and his wife and the four children upon 15 s. a week? — Where they hâve three children I think they do, but when they hâve larger familles they generally revert to the parish. — Cf. Ricardo, Principles, chap. V (éd. MacCuUoch, p. 50) : The natural price of labour is that price which is necessary to enable the labourers, one with another, to subsist and to perpetuate their race, without either increase or diminution.
2. Eden, State of the Poor, vol. III, Appendix, pp. cccxxxix sqq.
donner quelque satisfaction à la population ouvrière des campagnes et éviter que, poussée par la misère, gagnée par la contagion des idées françaises, elle se livre à des excès révolutionnaires. L'expédient est ruineux. Il n'est pas toujours efficace. Les oscillations des cours des blés, trop brusques et trop violentes, déconcertent les prévisions et rendent vaines les mesures administratives. De 61 s. 8 d. en mai 1799, le quarter a passé à .134 s. 5 d. en juin 1800, à 136 s. 2 d. en mars 1801. En août 1812, il a atteint de nouveau presque le chiffre de juin 1800. Puis la chute des cours a commencé. En août 1813, le quarter était à 112 s.; en décembre, à 75 s. 6 d. ; en juillet 1814, à 66 s. 5 d.; il atteindra, au mois de janvier 1816, le chiffre minimum de 52 s. 6 d.^ Voici les ouvriers heureux pour un temps. Ce sont les propriétaires et les fermiers qui pâtissent. Les propriétaires font entendre leurs doléances au Parlement, et essaient, par un relèvement des tarifs douaniers, de maintenir les cours. Les fermiers entrent en conflit avec les ouvriers, et veulent rogner les salaires. Or, brusquement, le prix du quarter de blé remonte en mai à 74 s., en juin à 117 s. Alors l'émeute éclate à travers les campagnes.
Dans les comtés de l'Est, Essex, Suffolk, Norfolk, Cambridgeshire, Huntingdonshire, des meules, des maisons sont incendiées; des machines agricoles sont brisées^. Autour d'Ely, une vraie insurrection armée s'organise : le gouvernement, pour la réprimer, prononce plusieurs condamnations à mort. Les ouvriers réclament le relèvement des salaires, la fixation d'un maximum pour le pain et pour la farine^. Ils formulent même des revendications plus audacieuses : c'est sous une forme agraire que le socialisme révolutionnaire, immédiatement après 1815, fait sa première apparition en Angleterre. Spence et ses disciples demandent l'expropriation des landholders, le retour de la terre à la collectivité, l'établissement dans chaque paroisse d'un régime d'exploitation en commun. Bref le régime de la propriété foncière produit, en Grande-Bretagne, des effets semblables, par certains côtés, à ceux qu'il produit en Irlande. Il constitue deux classes séparées, entre lesquelles n'existe aucune harmonie d'intérêts : d'un côté les propriétaires et los fermiers, qui veulent que les produits se vendent cher et que le
1. Tooke, Hist. of Priées, vol. I, pp. 212, 216, 224, 323, 341 ; voL II, pp. 2, 4.
2. Am. Iic(j., 1810. Ghron., pp. 61-02, (i\ 76, lUl. — Des incondios dus à la malveillance! Honl .si^iiaKis non HOulenruMit dans los Eastern Counties, mais dans In Surroy, près de GodalriiiiiK (2U juin), dans le WiUshir(% près de Chippentwiin (1" dèc), dans le i)evonsliir(', près de llonitou (-t d'Kxeler (11 et 22 juin).
3. Ann. He/j., 1810, p. «3; et 1817, p. S) (Report of thc Secret Committec of Ihe House of LonU, appointed t(t inquire inlo certain Meetintjs and Combinations endangering the public tranquillity). — Sur l'esprit révolutioiinain> régnant parmi ion agricuUural labourers des fcns du Camhridgeshire, voir déjà Vancouver, Cambridgeshire, 1794, p. 176.
travail s'achète à bon marché, — d'un autre côté les ouvriers, qui veulent de forts salaires et du pain à bon marché. Quand les ouvriers prospèrent, les capitalistes se plaignent. Quand les capitalistes s'enrichissent, les ouvriers pâtissent. Dans les campagnes anglaises et écossaises, comme dans les campagnes irlandaises, se constitue un prolétariat mûr pour la révolte.
Reste à examiner la seconde accusation que LE PROBLÈME DE LA y^^^ ^^ ^^^^^^^ j^^ nouvelles formes d'ex- DEPOPULATION ^ ,\- a ,a i -, ■ i •
RURALE ploitation adoptées par les propriétaires anglais
et écossais et leurs fermiers. Est-il vrai, comme on le prétend, qu'elles aient rompu l'équilibre de l'économie nationale, vidé les campagnes d'habitants, provoqué par contre-coup la formation de vastes agglomérations urbaines? Il est impossible de répondre à cette deuxième question aussi catégoriquement qu'à la première.
Veut-on dire qu'en agrandissant les exploitations les propriétaires et les fermiers ont tendu à substituer aux terres de labour, qui demandent des soins assidus et une main-d'œuvre abondante, les pâturages sur lesquels quelques rares bergers suffisent à surveiller d'immenses troupeaux? C'est ce qui arriva au xv* et au xvi* siècle, dans l'Angleterre des Tudors, lorsqu'eurent lieu les premières inclosures, et qu'une foule de petits cultivateurs, condamnés au vagabondage, rejetés vers les villes, se plaignirent de voir l'Angleterre transformée en un vaste parc à moutons. C'est ce qui a lieu en 1800 dans les Highlands écossais ou, plus exactement, dans une partie des Highlands *. Une sorte de régime féodal s'y était maintenu jusqu'au moment où eurent lieu, en 1745, l'expédition de Charles-Edouard et la dernière insurrection écossaise. Les chefs de clan affermaient le territoire à un nombre de tenanciers aussi grand que possible. Car leurs fermiers étaient leurs soldats : plus ils étaient nombreux, plus augmentait l'importance militaire et sociale du chef. Il en était d'ailleurs parmi les tenanciers auxquels des parts plus belles étaient faites : on les appelait les tacksmen. Ils installaient, à leur tour, sur leurs fermes de petits exploitants, les cotters, qui payaient cette concession d'un lopin de terre en venant fournir, sur le domaine réservé du tacksman, nne quantité de travail déterminé; le nombre de cotters que les tacksmen pouvaient appeler sous les armes, mesurait, dans l'armée du chef de clan, l'importance respective de chaque tacksman. Une fois l'insurrection étouffée, ce pays sauvage, grâce à l'intervention énergique du gouvernement anglais, grâce à l'ac-
1. Pour tout ce qui suit, voir l'excelleat ouvrage de lord Selkirk, Observations on the présent state of the Highlands of Scotland, ..., 1805.
tive collaboration des Écossais eux-mêmes, se civilisa rapidement; et la disparition de ces derniers débris du régime féodal entraîna les mômes conséquences qu'avait entraînées, deux siècles auparavant, la disparition de la féodalité anglaise.
La paix régna sur le pays ; et chaque grand propriétaire, chaque tacksrnan, cessa d'être un chef de bande désireux d'entretenir une suite nombreuse d'hommes armés; il devint un capitaliste avide de s'enrichir en touchant des fermages élevés. Dans ce pays montagneux et froid, la culture des céréales suffisait tout juste à nourrir le cultivateur. Les Highlands se prêtaient au contraire admirablement à l'élève du bétail, — bœufs, et surtout moutons. Des entrepreneurs des Lowlands vinrent s'établir, comme grands tenanciers, pour faire de l'élevage sur les plateaux du Nord. Les tacksmen suivirent leur exemple, mirent leurs terres en pâturages, éliminèrent les cotters. La valeur du sol s'accrut énormément. On cite le cas d'un domaine qui, acheté au prix de 3 800 1. en 1764, rapportait en 1801 un revenu de 800 1.; d'un autre domaine qui, acheté en 1736 au prix de 16 1. environ se vendit aux enchères, en 1794, pour 3 620 1. ^ Qu'advenait-il cependant des petits cultivateurs expulsés? Les plus misérables émigrèrent vers les Lowlands, et devinrent sur les bords de la Clyde les prolétaires de la grande industrie naissante. Ceux qui disposaient d'un petit capital descendirent vers le port de Greenock et s'embarquèrent pour l'Amérique. L'opinion s'émut de ce mouvement d'émigration. C'était une perte nette en capital et en hommes : hommes d'excellente qualité, bons cultivateurs, admirables soldats. On essaya de retenir la population des Highlands en l'occupant à de grands travaux publics. Mais une fois certains ouvrages urgents accomplis — ports de refuge, routes, et canaux, — l'émigration reprit^. L'opinion continua de s'alarmer.