Ann. Reg., 1816; Ghron., pp. 165 sqq., 22 oct
3. John Hall, the Iron Trade, 1843, p. 7. Bien que l'ouvrage soit très postérieur à 1815, on peut en tenir compte : John Hall présente l'organisation des maîtres de forges de la région comme établie de longue date.
sur le marché. Le travail dont on a besoin dans ces établissements est nécessairement du' travail qualifié. Pas de femmes. Peu d'enfants. Les ouvriers se font bien payer. Il semble d'ailleurs que les entreprises en question supposent deux types d'opérations distinctes auxquels correspondent deux modes d'organisation du travail.
D'une part, pour attaquer le fer en barres et le réduire en pièces de petites dimensions, il faut un outillage mécanique compliqué et coûteux, et, par suite, d'assez grosses avances en capital fixe : en 1785, — et dans les trente années qui ont suivi, les proportions de toutes choses ont grandi — , une société du Shropshire consommait cinq cents tonnes de charbon par jour, et les bâtiments représentaient un capital de 100000 1.*. D'autre part, les dernières phases de la fabrication des menus objets métalliques nécessitent une grande spécialisation, de la dextérité ouvrière plutôt que des machines savantes : pour mettre en lumière les avantages de la division du travail, Adam Smith choisissait l'exemple d'une manufacture d'épingles-. Sheffield ne fait pas seulement de l'acier avec du fer, Sheffield fabrique des couteaux. Birmingham fabrique non seulement des machines, mais encore une foule de menus articles de bimbeloterie et de quincaillerie. C'est pourquoi Sheffield et Birmingham sont des villes non de grandes fabriques, mais de petits ateliers, où de petits patrons fabriquent de petits objets métalliques. Les undertakers vont chercher chez les master manufacturers la matière première dont ils ont besoin, et la rapportent après l'avoir ouvrée; et les master manufaciurers eux-mêmes ne sont pas de gros capitalistes ^ A Birmingham, les plus importantes maisons représentent un capital de 6 000 1. à 7 000 1. ; la majorité, un capital inférieur à 100 1. *. A la coutellerie, à la l^iinholoicric. à la quincaillerie, il semble
1. William Gihhons, A reply to Sir Luckis Oliricn, 1783, p. 22.
2. WoiWi of Nations, IJook i, ch. I (éd. Thorold Hogers, vol. I, p. G).
3. Firsl Report of Coininissioners ... as to employaient of children in factorics, i833, report of Mr. Ilorner, p. 2. — Ces petits ateliers établissent une différence mar([uée dans les conditions du travail à Hiriningham et le travail à domicile proprement dit. V. Memoirs of liicliard Lovell Edgeworth, vol. II, p. 278 : Ile hecamc acquainted wilh some of the vvorking mechanics in Paris (en 1802), and had an opportunity of observing hovv differently work of this kind is carried on there and in Birmingham. Instead of the assemblage of artillcers in manufactories, such as we see in Birmingham, each artisan in Paris, working out his own purposes in his own domicile, must in his time « play many parts » : ... so that in fact, even supposing French artisans to be of equal abilily nnd industry with Knglish competitors, thcy are leftat least a century behind, by thus being prerluded from ail the miraculous advantages of the division of labour. — Mais il ne «'agit jamais que d(! manufactures fondées sur la division du travail, non d'usines où l'on utilise des machines automatiques.
4. Report ... on the Copper Trade, 17119, pp. 662 b — 663 a. — Les salaires ne semblent pas avoir haussé depuis le commencement jus(|u'à la lin de la grande guerre, dans les industries de ce genre, autant que nous pouvons en juger par des documents rares et insuffisants. Les salaires réels auraient donc subi une forte baisse, tout en restant sensiblement supérieurs — d'un tiers environ — aux salaires des ouvriers agricoles. —
que Ton puisse, sous beaucoup de rapports, comparer l'industrie de la poterie, qui, au centre de l'Angleterre, dans le Staffordshire, obéissant à l'impulsion donnée par la grande famille des Wedgwood, occupe des milliers d'ouvriers. Les vases, les plats de toute espèce qui sortent des ateliers de Burslem et d'Etruria sont célèbres dans le monde entier, pour la perfection avec laquelle ils sont fabriqués, le goût avec lequel ils sont décorés. Mais ici encore, une fois la matière première broyée, l'exploitation technique est fondée sur le principe de la division du travail*.
Si les progrès de l'esprit révolutionnaire parmi les ouvriers dépendaient uniquement des progrès du machinisme, on devrait s'attendre à le trouver aussi peu développé que possible dans ces industries de détail, qui ne font pour ainsi dire aucun emploi de la machine, ni môme du métier. Josiah Wedgwood représente effectivement, en 1816, la population des « Poteries » du Staffordshire comme extrêmement paisible : c'est là, dit-il, que l'armée recrute ses soldats les plus disciplinés'^. Sheffield, de même, est une ville industrielle, gouvernée au point de vue manufacturier par une « Compagnie des couteliers du Hallamshire » , dont les privilèges corporatifs , qui datent du
Voir Eden, State af thc Poor, vol. II, p. 655 (Wolverhampton) : The wages in the différent manufactures vary from 9 s. to £ 2 a week : men, in full employment, earn, on an average, from 15 s. to £ 1. 5 s. a week. The manufactures are the heaviest sorts of hard-ware : such as axes, shovels, etc. ; buckles, watch-chains, toys, spectacle-cases, etc. — Report ... on ... State of Children, 1816, Min. of Ev., p. 301 : Mr. j. Dutton, ironmonger, de Liverpool, donne les indications suivantes sur les conditions de travail : pas de travait d'enfants, — travail aux pièces, — journée de 8, 10, parfois 12 heures, mais les ouvriers perdent souvent à boire des journées de travail; — très bons salaires : 25 à 30 s. par semaine; à la journée, 4 s. 6 d. ou 5 s. par jour; — travail, à son sens, beaucoup moins pénible, quoique exigeant plus de force, que celui des manufactures de coton, moins de chaleur et de poussière. — H. of C, 17 avril 1812 (discours de Brougham) : The hardware manufactures were carried on by about 70000 persons, not persons brought from the fleld, but men of skill, who had undeigone a regular apprenticeship ... At présent the master manufacturers kept them working them a little at the reduced wages of 12 s. a week, instead of from 23 s. to 33 s. {Pari. Deb., vol. XXII, p. 437). A Sheffield, dans la dernière partie du xvni' siècle, de gros négociants concentrent la production des petits ateliers, et se chargent de chercher les débouchés. Mais ils ne compromettent pas encore l'autonomie des petits manufacturers (Hunter, Hallamshire, p. 121). A Birmingham, la machine automatique a fait son apparition. Mais les propriétaires de machines ne prennent pas eux-mêmes la direction du travail ouvrier : ils distribuent la force motrice dans de petits ateliers, et en louent l'usage aux undertakers.
1. Report ... on ... State of children, 1816, Min. of Ev., pp. 60 sqq. (déposition de Josiah Wedgwood), p. 61 : ... I think I should also add that our people do not work so regularly as I suppose they do in manufactories, where a considérable expence is incurred in providing power by machinery : our people, I think, on an average, lose one day a week, and of course the children hâve the same relaxation as the men. — Et : Reports from Commissioners, 1833 : First Report ... as to the employment of children in factories, 1833, rapport de Mr. Spencer, pp. 78 sqq. : quelques renseignements additionnels sur les conditions de travail aux « Potteries » à une époque un peu postérieure.
2. Report ... on ... state of children, 1816. Min. of Ev., p. 63.
xvii" siècle, ont été renouvelés en 1791*. Les secrets sont jalousement gardés, les apprentissages rigoureusement limités; Tesprit de l'endroit est très conservateur. Mais le pays de la quincaillerie, où les conditions de travail sont pourtant semblables, offre un tout autre spectacle. Birmingham, bien que la ville soit peuplée, comme Sheffield, d'artisans et non de prolétaires de la grande industrie, se prépare à devenir, avant peu d'années, un des centres insurrectionnels du royaume. Pourquoi cette différence?
Est-ce seulement parce que l'industrie locale traverse de mauvais jours, parce que la mode des boutons et des boucles de métal a passé, parce que la guerre a fait décliner l'exportation des produits de la ville? C'est aussi, et surtout, croyons-nous, parce que de vieilles traditions locales, libérales et quasi républicaines, portent les citoyens de Birmingham au mécontentement actif. Birmingham est une ville trop jeune pour que le travail y ait jamais été soumis aux vieux règlements corporatifs et législatifs; elle est devenue, en conséquence, au xvii^ siècle, un lieu d'asile pour les dissidents religieux, persécutés dans les villes à corporations. Après avoir temporairement subi la contagion des passions anti-jacobines, les ouvriers de Birmingham reviennent à leur démocratisme d'autrefois, et s'insurgent, au début du XIX* siècle, dans les mêmes conditions où ils se seraient insurgés aux temps de la République de Cromwell et de la Révolution de 1688. Londres est, moins encore que Birmingham, une ville de grandes fabriques : les ouvriers qui habitent la Cité et Westminster ne peuvent pas être considérés comme ayant éprouvé généralement la concurrence directe des machines. Or, parmi ces ouvriers, cordonniers, tailleurs, ouvriers du bâtiment, la fermentation est incessante : les grèves succèdent aux grèves. C'est que Londres est, comme Birmingham, une ville à traditions révolutionnaires : et l'habitude séculaire des agitations politiques explique pourquoi, dans l'ordre même de leurs intérêts strictement professionnels, les ouvriers de la capitale prennent une attitude d'insurgés.
Quelles réflexions nous suggèrent, en dernière analyse, les industries dont nous avons déterminé les caractères généraux? Nous voyons d'abord que l'introduction du machinisme n'a pas exercé ici cette influence directement révolutionnaire qu'on lui attribue. Ni dans les mines ni même dans les établissements métallurgiques, les transformations de la technique n'ont modifié sensiblement la grandeur des entreprises et l'organisation du travail. Nous voyons encore que, dans