J. Kennedy, Rise and Progress, p
prêcher le Christ crucifié. Cette classe a ses hypocrites; elle a ses saints pareillement : philanthropes enthousiastes, et, par-dessus le marché, doués de l'esprit pratique nécessaire pour réaliser, sans s'appauvrir eux-mêmes, leurs systèmes de bienfaisance*.
Les Strutt à Belper, dans le Derbyshire, les Ashton à Hyde dans le Cheshire, les Dale à Lanark sur les bords de la Clj^de, sont respectés universellement. Dale, aidé bientôt par son gendre Robert Owen, occupe dans sa filature 1 700 ouvriers, et les 3000 habitants du village de Lanark vivent de l'usine. Ils sont logés dans des maisons bâties par ses soins, se nourrissent au magasin où il leur vend, au prix coûtant, des denrées alimentaires de bonne qualité. Les enfants ne travaillent pas avant l'âge de dix ans; et leur journée de travail n'excède pas dix heures. Une école est ouverte, facultativement aux petits enfants, obligatoirement aux enfants âgés de plus de dix ans ^. Peut-être tant de sollicitude semble-t-elle parfois pesante à certains ouvriers. Ils sont bien traités, mais ils se sentent à la chaîne. Ils regrettent leur sauvagerie première. En 1816, au cours d'une enquête parlementaire, on demande à un gros industriel du voisinage si beaucoup d'ouvriers quittent l'établissement de New Lanark pour venir travailler chez lui. Il répond affirmativement. On lui demande les raisons de ce fait. Il répond, sur les témoignages d'un ouvrier récemment arrivé, « que, pour améliorer leur situation, les directeurs avaient introduit une foule de règlements nouveaux; qu'ils avaient des maîtres à danser, un violoneux, un orchestre ; qu'on leur imposait des manœuvres et des exercices ; et que la danse finissait par être plus fatigante que le travail * ». Mais, en somme, par le fait même que le régime de l'usine est tyrannique, il faut admettre qu'il est, dans certains cas, favorable à l'établissement d'une charitable discipline.
On observe l'action combinée de tous ces mobiles dans la campagne entreprise depuis les dernières années du xviii* siècle contre les mauvais traitements auxquels les enfants sont soumis dans les manufactures. Les grands usiniers qui ont amélioré les conditions du travail dans leurs entreprises trouvent mauvais qu'on tolère, dans les entreprises voisines, les abus supprimés par eux-mêmes*. Ils comprennent,
1. Sur les Strull, voir M<:m., Journ., and Corr. of Th. Moore, vol. II, p. 31; Thomas Moor«' to miss iJalby, Mfiylleld, 1814.
2. Reports of tlie Society for bettering the condition of the people, vol. Il, p. 367 sqq. : Extract from an accouat of Mr. Dale's cotton mills, nt New Lanark, in Scotland, by Thomas Bernard esq. .
3. Report ... on ... State of Children, 1816, p. 167 (déposition de Mr. .Vdam IJogle).
4. Reports of the Society for bettering the condition of the poor, vol. IV, appendix n" 1 : Report of a sclect committee of the soeicty upon some observations on Ihc late act respecting cotton mills .... p. U : It has not beua alledgcd that griovanccs do exist iu
trente ans avant l'apparition du socialisme moderne, que le régime des fabriques permet une intervention de la loi, un service d'inspection, impraticables dans le régime des métiers et du travail à domicile. Ils demandent en conséquence que la loi intervienne pour égaliser les conditions de la lutte entre eux et leurs concurrents. Ajoutez que Sir Robert Peel, grand fabricant de cotonnades et membre de la Chambre des Communes, lorsqu'il dépose et fait adopter, en 1802, un premier projet de loi pour la protection du travail des enfants, sent plus ou moins distinctement qu'il accroît, par cette initiative, l'importance de sa situation parlementaire. Il prouve son influence en obtenant le vote de la loi. Il conquiert l'approbation et le respect des « Évangéliques », dont Wilberforce est le chef, et dont l'autorité est si grande dans le parti gouvernemental. Car ce sont des philanthropes qui ont créé le mouvement d'opinion dont il se fait le porte-parole à la Chambre des Communes : médecins de Manchester alarmés pour la santé publique, pieux chrétiens choqués par les désordres moraux dont les usines offrent le spectacle ^
Le « bill de Sir Robert PeeP » fixe à douze heures par jour, au maximum, la durée du travail pour les petits apprentis que l'assistance publique prête aux filatures. Il interdit pour eux le travail de nuit. 11 veut que chaque jour on leur donne quelques éléments d'instruction, et que le temps nécessaire soit prélevé sur le temps de travail. On a prétendu que l'importance de cette loi, simple amendement à la loi d'assistance publique, au Poor Law, ne devait pas être exagérée; mais le compte rendu des débats parlementaires qui en précédèrent l'adoption prouve, en réalité à quel point les législateurs sentaient la gravité de leur démarche ^ Pourquoi, demandent certains opposants, ne pas recourir aux vieilles méthodes pour la réglementation du travail, et ne pas limiter le nombre des apprentis? L'objection prouve, réplique Sir Robert Peel, que l'on n'entend rien aux condi-
all Gotton Mills. The Gommittee has a pleasure in stating that many are now worked in conformity to Ihe priaciples of tho late Act of Parliament ... From the practical expérience of those Mills the régulations of the late Act mère frained.
1. Hutchins and Harrison, Hist. of Faclory Législation, pp. 7 sqq. — Report ... on ... State of Chitdren, 1816, Min. of Ev., p. 13a; déposition de Sir Robert Peel : 1 was the llrst person that was employod in bringing (the gênerai régulation of cotton work) under the attention of Parliament, but the subject had been discussed for years before at Manchester, at London, and at other places.