PortiT, Progress of Ihe Nation, p
2. licporl on ... the Coal Trade, mai 1800, Appondix, p. r»0» b.; Ann. fieg., 1815: Chron., pp. 7(5-77, U oct. ;28 oct. —Les reuscigiiomcinls sont difllcili^s ù inlerpr6tor. Tantôt il est fait allusion aux salairi's per London voyage, ou per voyage, tantôt r't'st aux salaires inonsuiîls : il seml)l(( que; le voyage dn Sunderland à Londres, suivi du retour, eût été estimé durer plus d'un mois (Ann. Reg. loc. cit. : The shipowuers of Shields hâve offorcd the men 5 I. per London voyage, or 4 1. per month on foreiga voyages).
l'exploitation à laquelle ils sont soumis, avant même l'introduction des machines et des fabriques, par les commerçants au profit desquels ils travaillent. Il reste vrai, cependant, malgré la variété des phénomènes observés, que nous assistons à la séparation de plus en plus tranchée de deux classes. L'une est composée de riches capitalistes qui visent à accroître le rendement du travail ouvrier, soit par un gouvernement plus autoritaire des ateliers ou des usines, soit par l'adoption de métiers plus perfectionnés ou de machines plus puissantes. L'autre est composée de travailleurs manuels, réduits à l'état de machines vivantes, complètement subordonnés à la volonté des capitalistes qui s'interposent entre eux et les consommateurs. Ces deux classes qui s'affrontent sont-elles au moins comparables à deux nations bien constituées, ayant chacune conscience de son unité, capables de se déclarer la guerre selon certaines règles juridiques, et de conclure des traités par lesquels elles se sentent liées? En aucune façon. Ni la nouvelle classe patronale ni la nouvelle classe ouvrière n'ont encore appris à s'organiser. Non seulement, entre capitalistes et travailleurs, la lutte est ouverte; mais encore, chez les capitalistes comme chez les travailleurs, régnent le désordre et l'anarchie.
Les capitalistes, les chefs d'entreprises CONCURRENCE. industrielles, marchent en cohue à la con-
SURPRODUCTION. ^, , , ^ xt ,. ,• ,- -
LUTTE POUR LES quête des marchés. Nulle syndicalisation de
DÉBOUCHÉS l'industrie. Nulle entente entre les producteurs
pour répartir les tâches, assigner à chacun tel marché à fournir de ses produits, telle quantité de produits à fabriquer. L'association des capitaux, sous quelque forme que ce soit, ne joue qu'un faible rôle dans l'ensemble des manufactures anglaises. Assurément les sociétés par actions, les joint-stock companies, ont fait de notables progrès, depuis le temps où, dans les premières années du xviii'' siècle, elles avaient été interdites par une loi expresse K Adam Smith enregistrait le progrès accompli, en dépit de cette interdiction légale, lorsqu'il reconnaissait le rôle utile des sociétés par actions pour les opérations qui peuvent être réduites « à ce qu'on appelle une routine, ou à une telle uniformité de méthode, qu'elle n'admette que peu
1. 6 Geo. I, c. 18. La loi, dans la section 18, interdit « the acting or presuming to act as a corporate body or bodies, the raising or pretending to raise transferrable stock or stocks, the transferring or pretending to transfer or assign any share or shares in such stock or stocks, without the authority, either by Act of Parliament, or by any charter from the crown, to warrant such acting as a body corporate, or to raise such transferrable stock or stocks, or to transfer shares therein ».
L'IxNDUSTRIE. 293
OU point de variation • » : la banque, les assurances, les travaux de canalisation, ou d'adduction des eaux dans les grandes villes. Elles ont fait de nouveaux progrès pendant les premières années du xix^ siècle, et ont remporté, au point de vue juridique, une importante victoire, lorsque la Cour du Banc du Roi a refusé d'appliquer à une d'entre elles la vieille loi du règne de George I" -. Elles restent cependant encore une anomalie dans l'organisation anglaise de l'industrie; les juristes sont embarrassés, l'opinion publique est scandalisée, par la difficulté que l'on éprouve à définir la responsabilité financière des actionnaires en cas de faillite ^ Elles sont inconnues dans les branches véritablement typiques de la nouvelle industrie : la fabrication des tissus, la métallurgie, les mines*. Si l'on rencontre ici des « sociétés «, elles sont entre les mains d'un très petit nombre d'individus, qui se partagent non pas seulement la propriété, mais aussi le travail de direction, de l'entreprise ^ En règle générale, c'est l'individualisme qui pi'évaut. Chaque industriel a fondé tout seul sa maison. Chacun veut rester, et reste maître chez lui.
L'effet direct de cet individualisme, c'est une production déréglée. Chaque capitaliste a observé que le marché était capable d'absorber, d'année en année, une plus grande quantité de produits. Chacun en conclut qu'il peut, sans se concerter avec son voisin, forcer la production de ses ateliers ou de son usine. Mais précisément parce que tous font en même temps le même calcul, l'accroissement de la production va plus vite que l'accroissement de la consommation. Il y a surproduction. Il y a crise. De vieilles maisons sont ébranlées. Des
i. IVeallh of Nations, Book V, chap. i, Part. III; éd. Thorold Rogers, vol. II, p. 340
2. Voir Report of Ihe Arguments upon the application to thc Court of King's Bench etc., 1808. — Le jugemeot est du .30 mai 1808.
3. Voir les débats parlementaires, H. ofC, 16 juin 1800: motion de lord Hawkesbury • for the second reading of the bill for incorporating certain individuals into a society, under the name of the « London Incorporatod Society for the manufacture of flour, bread, etc. », et discours de ïierney {Pari. Reg., vol. LXXIV,pp. 118sqq.).
4. Tooke (Hist. of Priées, vol. I, p. 278, note) publie une liste, empruntée à un journal du temps, de 42 joint stock companies fondées en 1807, sociétés qui d'ailleurs sont presque toutes mort-nées, et disparaissent dans la crise qui suit immédiatement cet accès de fièvre de spéculation. 5 sont des compagnies d'assurance; 7 des brasseries; 4 des distilleries; 7 des sociétés pour la vente du vin et des spiritueux; 2 pour la vente des denrées alimentaires; I pour la vente des produits pharmaceutiques; 3 des sociétés de crédit; 1 pour la vente et les transferts de terrains; 1 pour la commission. Reste 11 sociétés (coal, light and heat, cloth, wool, linen, copper, paper) qui touchent de plus près aux manufactures; mais il est difficile, dans beaucoup de cas. de deviner, d'après le litre, s'il s'agit de la fabrication (ou de l'extraction) des produits, et non du commerce de ces produits, une fois sortis de la main des industriels. Il n'y a pas de doute pour la London Clothing Company, dont le titre dit qu'elle se fonde • for supplying the Army, Navy, and Public with Clolhes ».
."). Schmoller, Die geschichlliche Entiuickclung der Unternehmung , ap. Jahrbuch filr Qeselzgebung , Verwaltung, und Volkswirtschaft im Dentschen Reich, 17* année, 1893, p. 1014.
ouvriers sont jetés sur le pavé. Puis, grâce à la crise elle-même, l'équilibre se rétablit entre la production et la consommation. Les marchandises, offertes à vil prix, finissent par s'écouler. Les patrons ruinés disparaissent. Les ouvriers chômeurs retrouvent des places soit dans de nouvelles maisons, soit dans d'anciennes maisons agrandies : car, à peine la crise surmontée, le mouvement de production à outrance reprend son cours. Les industriels, s'ils étaient prudents, pourraient chercher, soit en sollicitant les interventions du gouvernement, soit par des pactes librement conclus entre producteurs, à se protéger contre les excès et les périls de la concurrence. Mais l'optimisme systématique dont ils sont animés, leur enthousiasme industriel et mercantile, méprise toutes les difficultés. Ils comptent que de nouveaux marchés seront découverts pour absorber une production toujours plus intense. Ils demandent la suppression de toutes les restrictions à la liberté de la production et de l'échange. Ils demandent en particulier la suppression des barrières douanières qui séparent les États. Programme de fraternité universelle, en un certain sens : le libre-échangisme pur supprime la guerre entre les nations. Mais il faut considérer que c'est pour substituer aux rivalités collectives des peuples la concurrence de tous les individus de toutes les nations, Les industriels ne commencent d'ailleurs que depuis peu d'années à devenir libre-échangistes : Adam Smith, dans son grand ouvrage, leur reprochait encore leur protectionnisme obstiné. On peut suivre, aux approches de 1815, les étapes de leur conversion.
Depuis le moment où, après Trafalgar, la puissance maritime de la France a été anéantie, quelle tactique Napoléon a-t-il adoptée pour essayer encore d'abaisser la puissance manufacturière et commerciale de l'Angleterre? Il a voulu prendre sa revanche sur terre, et, maître de l'Europe, organiser le blocus économique des deux îles qui constituent le Royaume-Uni : affamer l'Angleterre en la privant des denrées alimentaires que son propre territoire a cessé de lui fournir en quantité suffisante, la ruiner en lui refusant les matières premières que son industrie demandait au continent, et en fermant à ses produits manufacturés leurs principaux débouchés. En 1806 le décret de Berlin a interdit tout commerce et toute correspondance avec l'Angleterre; ordonné l'arrestation de tous les sujets britanniques trouvés sur territoire français, la confiscation de tous les vaisseaux et de toutes les cargaisons de provenance anglaise. En 1807 le décret de Milan a déclaré dénationalisé et de bonne prise tout navire qui aura accepté d'être visité, ou conduit dans un port anglais, par un croiseur anglais. En 1810 les décrets de Fontainebleau ont prescrit que tous les pro-
duits manufacturés anglais trouvés dans les États napoléoniens seront saisis et publiquement brûlés : on brûle effectivement une masse de marchandises dont la valeur totale excède un milliard de francs.
Les Anglais, en réponse à cette politique d'exclusion systématique, s'efforcent de briser le cercle qui les enserre. Puisque Napoléon leur ferme l'Europe, ils cherchent, au delà des mers, des marchés nouveaux. Les bois de construction, le chanvre, qu'ils ne peuvent plus faire venir du Danemark et de la Russie, ils les demandent aux colonies de l'Amérique du Nord et du Bengale. Le blé n'arrivant plus de la Baltique, ils en encouragent la culture en Irlande : pour la première fois, ils accordent en 1806 à l'Irlande le droit d'importer librement ses céréales en Angleterre. Ils cherchent, d'autre part, à forcer l'entrée des colonies espagnoles et portugaises de l'Amérique du Sud, fermées depuis des siècles au commerce étranger. Sir Home Popham et le général Beresford, sans l'aveu du gouvernement, mais d'accord avec les marchands de Londres, risquent en 1806, à Buenos-Ayres et à Montevideo, une véritable expédition de condottières, qui n'a pas d'autre but. Elle échoue; mais peu après, les armées françaises envahissent la péninsule ibérique; et du même coup, non seulement toute l'Amérique du Sud, mais Oporto, Lisbonne et Cadix, en révolte contre l'occupation française, s'ouvrent à l'importation des produits manufacturés anglais.
Les exportations anglaises au Nouveau-Monde (moins les États-Unis) passent d'une valeur de 7 771418 1. en 1805 à une valeur comprise entre dix et onze millions de livres sterling pour les années 1806 et 1807, aune valeur de 16 591871 1. en 1808, à une valeur de 18014 219 1. en 1809. Les exportations anglaises en Portugal passent d'une valeur de 426122 1. en 1808 à une valeur de 804022 1. en 1809, de 1308 216 1. en 1810, de 4 650 703 1. en 1811 ^ Et ce n'est pas seulement en Portugal, c'est dans les parties mêmes de l'Europe où s'exerce la domination ou l'influence de Napoléon que les produits anglais réussissent à pénétrer : le « pouvoir élastique du commerce », comme dit un orateur anglais, est plus fort que tous les obstacles accumulés par les gouvernements. Les marchandises débarquent dans quelque port de la Baltique; et nulle police, si parfaite soit-elle, ne saurait les empêcher d'arriver sur tous les points d'Europe. Napoléon lui-même, toujours à court d'argent, tolère ces infractions au régime qu'il a
1. Pour c«H chifTn;», voir An Account of the Real Value of Expnrts... îS0ô-18tî, 1812.
— Sur Ift difficulté «jue l'on ninconlro à inlorpnHer les statistiques des iinportHtions ot des «xportntions, voir d'intérossnntos remarques de Brouglinm (H. of C, '4 mars 1812.
— Pari. Ucb., v(.l. XXI, pp. 103-104).
institué. Il veut vêtir et chausser ses troupes : il laisse, par Hambourg, venir d'Angleterre le drap et le cuir, « d'une manière sûre et à moitié prix ». Des marchandises anglaises s'accumulent en Danemark, prêtes à entrer en contrebande; il en coûterait aux importateurs une prime d'assurance de 33 p. 100; Napoléon décide de les laisser entrer à ciel ouvert, en les frappant d'un droit égal à celui-là, et fait rentrer ainsi dans son trésor trente millions de francs en un an *. En 1810, la récolte en Angleterre est détestable, la disette est imminente, la politique du blocus continental va peut-être réussir. Mais Napoléon, pour faire passer de l'or anglais en France et pour accroître ses ressources budgétaires, autorise une forte exportation de céréales en Angleterre, moyennant paiement d'un droit à la sortie. Grâce à lui, l'Angleterre a du pain, et la famine est conjurée.
Rien ne révèle, jusqu'ici, aucune désharmonie entre la politique du gouvernement anglais et les intérêts de la classe industrielle et commerçante. De part et d'autre on vise au même but : découvrir de nouveaux débouchés, reconquérir les débouchés fermés, défier par tous les moyens possibles les mesures prises pour les interdire. Le parti de Pitt c'était, tout à la fois, le parti de la guerre et le parti des affaires : et la Cité a manifesté son esprit belliqueux lorsqu'en 1803, dans un grand meeting auquel cinq mille personnes assistaient, a été constitué le Lloyd's Patriotic Fund. 150 000 1. ont été recueillies en un mois; six ans plus tard, le fonds s'élevait à 425 000 1.. Sur ce fonds, un comité d'hommes d'affaires distribue des secours, des pensions — plus fortes parfois que les pensions gouvernementales, — aux officiers, aux soldats, aux marins, à leurs femmes et à leurs enfants.
If the world ever saw a magnificent act That time might on adamant write, Sons of Commerce, 'tis yours,
écrivait Dibdin, le chansonnier populaire. Mais à mesure que le temps passe, les divergences de vues se manifestent, profondes, entre le Cabinet et la Cité.