Gisborne, Duties of Man, vol. II, pp
l'influence des banquiers prend une forme différente. Ils y constituent, avec les négociants, l'aristocratie véritable d'une cité purement mercantile, séparés par une coupure sociale assez profonde des industriels du coton. Roscoe, l'un d'entre eux, rassemble une bibliothèque admirable, écrit l'histoire de Laurent de Médicis, poursuit le rêve chimérique de faire de Liverpool une nouvelle Venise ou une nouvelle Florence, grande à la fois par le négoce et la culture. Il serait exagéré de le considérer comme représentatif de la classe à laquelle il appartient. Mais il est l'orgueil de sa cité natale *.
Les banques sont comme des réservoirs où viennent affluer les capitaux accumulés par l'épargne, et d'où ils repartent ensuite pour alimenter de nouveau la production. Mais certaines banques reçoivent plus d'argent qu'elles ne peuvent en écouler dans leur clientèle locale. D'autres, au contraire, se voient demander plus d'argent comptant qu'il n'en entre dans leurs caisses. Celles qui sont établies dans les districts agricoles appartiennent à la première catégorie. Les campagnes anglaises prêtent plus de capitaux qu'elles n'en empruntent; et la difficulté que les propriétaires éprouvent à faire rentrer leurs fermages provient en partie de l'habitude prise par les fermiers et les intendants de faire fructifier le plus longtemps possible dans les banques locales l'argent liquide dont ils disposent-. L'argent émigré des districts agricoles du Sud-Est pour s'en aller assister le développement industriel du Lancashire et du Yorkshire. Londres sert d'intermédiaire naturel pour établir, entre les banques des régions agricoles et les banques des régions industrielles, l'équilibre de l'offre et de la demande.
Les banquiers de province ont commencé par entretenir dans la capitale des « agents » salariés. Puis ils se sont rendu compte que la pratique était inutilement coûteuse. Pour les opérations d'escompte auxquelles ils désirent se livrer avec d'autres places du royaume, ils se sont adressés aux banques autonomes qui s'étaient fondées pour satisfaire aux besoins locaux de la capitale. Les banques privées de Londres leur servent maintenant, par-dessus le marché, de lieux de dépôt pour les fonds d'État, pour les valeurs de toute espèce (ju'ils doivent toujours être prêts à ivaliser, afin de répondre à des demandes éventuelles de paiement. \iil;inl Londres l'emporte sur les provinces,
1. Voir l« chapitre; consacr*'; à Roscoe par \VmsIiiiil;Ioii dan- >iu\ sLricU Honk of Genffrcj Crayon.
2. VoiruiKî note & c(; sujot de lord Sheihurnc (Life, I)y TiUmaurice, vol. II, pp. 337-338). - To obviai*; Ihis. conclut lord Shclburne, sso far a» regards your particular inlcrcst, it vvill I»; [)rudont on no account lo reçoive or pay tho note» of any country bank, but bolh lo roceive and pay in curront coin. »
autant les soixante ou soixante-dix banquiers qui, dans Lombard Street, président à Torganisation du commerce de l'argent, l'emportent, en prestige et en influence, sur les mille country tankers. Non seulement ils pénètrent à la Chambre des Communes ; mais il peut arriver que l'un d'entre eux accède à la pairie*. Ils se piquent d'être cultivés et lettrés. Ils sont, au sens propre du mot, une aristocratie. Le banquier Bagehot, écrivant à une époque où les sociétés de banque par actions se développent, où l'âge d'or des banques privées est passé, constate la « valeur magique » que possédait, dans les premières années du xix" siècle, le titre de « banquier de Londres ». « La profession est héréditaire; le crédit de la banque passe de père en fils; cette hérédité de la richesse entraîne avec elle le raffinement héréditaire des manières... Il n'y a probablement jamais eu de situation aussi heureuse que celle d'un banquier privé de Londres; certainement il n'y en a jamais eu de plus heureuse^. »
Pour répondre aux besoins économiques du pays, les banquiers de Londres n'ont cessé de perfectionner le mécanisme de leurs opérations. Ils ont d'abord encouragé, pour resserrer les liens qui les unissent aux banquiers provinciaux, la constitution d'une profession nouvelle. Les bill brokers se consacrent exclusivement à la connaissance du crédit de leurs clients de province, et apportent aux banquiers de Londres les lettres de change, en retour desquelles ils emportent de l'argent comptant, et l'argent comptant, en retour duquel ils emportent des lettres de change. Simples intermédiaires, ils ne détiennent jamais de fonds en avance; et d'ailleurs ils ne garantissent pas la valeur du papier qu'ils apportent à l'escompte. Mais l'étendue même de leur clientèle, la prospérité de leurs affaires, répond de la sûreté de leur jugement, et autorise les banquiers de Londres à s'en remettre à eux presque aveuglément. Thomas Richardson, le plus important de ces brokers, voit passer annuellement entre ses mains sept millions de livres sterling. Un banquier de Londres sait qu'il lui suffira de s'adresser à Thomas Richardson ou à un de ses confrères pour obtenir, à toute heure, autant d'argent qu'il veut, contre des efl'ets de commerce*. Il peut donc conduire plus d'affaires qu'auparavant, avec une moins
1. Il convient de remarquer que le cas de Robert Smith, pourvu d'une pairie anglaise avec le titre de lord Garrington, est demeuré exceptionnel. La promotion fit scandale; et le scandale redoubla, lorsque le bruit courut, vers 1801, que la baronie de lord Garrington allait être transformée en vicomte (voir Wraxall, Posthumous Memoirs, vol. I, pp. 65-88; et la réplique de lord Garrington aux allégations diffamatoires de Wraxall, Qmrterly Review, vol. LVII, p. 456). Cf. Arthur Young, Autobiography, p. 370 : lettre de T. Symonds à Arthur Young, 20 mars 1801.