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LE PATRONAGE DES ARTISTES

C'est le méthodisme, Tévangélisme, qui, dans les premières années du xix* siècle, donnent à la nation anglaise son ton moral ; et c'est dans la classe bourgeoise, dont l'importance sociale grandit avec les progrès de la grande industrie, que s'est manifesté d'abord ce « réveil » protestant. Non seulement donc le souci de s'enrichir ne laisse pas à cette bourgeoisie les loisirs nécessaires pour apprécier ou cultiver les beaux-arts ; mais elle éprouve à leur égard un sentiment d'hostilité réfléchie. Car le protestant piétiste est un iconoclaste, qui considère comme entachée de paganisme toute tentative faite pour idéaliser la nature sensible. Dieu est présent à la conscience de tout individu qui a la foi, mais nul symbole ne saurait le représenter à nos yeux d'une manière même partiellement adéquate. Si un marchand puritfiin accorde quelque attention aux beaux-arts, ce ne sera point par idéali.sme, mais dans la mesure où il pensera que le progrès de la technique artistique peut contribuer au progrès de la technique industrielle.

Il existe à Londres, depuis 1754, une « Société des Arts », très floris- .sante, dans les locaux de laquelle a jadis été tenue la première exposition de peinture, et qui délivre chaque année des prix de dessin. Mais le litre complet de la Société est : Societij for the Encouraf/cnicnl of

Arts, Manufactures and Commerce in Great Britain, et marque bien le véritable but que les fondateurs se sont proposée Deux ou trois cents jeunes gens étudient les beaux-arts à Londres; mais combien deviendront, au sens propre du mot, des peintres ou des sculpteurs? Cinq ou six, suivant une estimation de la « Revue d'Edimbourg » : « les autres se dispersent à travers nos manufactures de porcelaine, de poterie, de fer forgé, de tissus imprimés. L'élégance et le fini qu'ils ont su donner aux produits de ces febriques, joints à notre supériorité en capital et en machines, nous assurent la domination du marché universel^. » Ainsi l'industriel se subordonne l'artiste : faute de quoi, il tiendrait la vie de celui-ci pour méprisable autant qu'inutile, paresseuse et sensuelle. Toute l'énergie du capitaliste anglais est tendue vers le perfectionnement de l'outillage industriel et de l'organisation commerciale, ou, à défaut de ces fins immédiatement utiles, vers des fins plus générales, mais utilitaires encore : œuvres philanthropiques, réformes politiques. S'il se repose, un jour sur sept, ce n'est pas pour jouir de la vie, c'est pour prier.

Telles étant les préoccupations nouvelles de la bourgeoisie, hostiles à la culture esthétique, quelles forces sociales seront, en Angleterre, capables de réagir? La Cour peut-être? George III, en arrivant au pouvoir, affirmait, le premier de sa dynastie, la volonté de donner au pouvoir monarchique sa place légitime dans l'ensemble des institutions nationales; et la politique autoritaire dont il prenait l'initiative a eu sa répercussion dans le domaine des beaux-arts. Les artistes anglais étaient groupés en plusieurs coteries rivales lorsqu'il plut au roi de prendre une de ces coteries sous sa protection, et de l'ériger en « Académie Royale des Arts, à Londres, en vue de cultiver et d'améliorer les Arts de la Peinture, de la Sculpture et de l'Architecture ^ ». L'Aca-

i. Taylor, Fine Arts in England, voL II, p. 169 : They entered into subscriptions, and olfered rewards for Ihe discovery of native cobalt, and the smalt, zaffer, otc. prepared l'or it, and for the cuitivation of madder and other substances used in the process of dyeing and in the manufacture of cottons. — Cf. le discours prononcé par le peintre West, quand, en 1792, il prend possession de la présidence de l'Académie Royale : « Hère ingenious youth are instructed in the art of design; and the instruction acquired in this place has spread itself through the various manufactures of this country, to which it has given a taste that is able to couvert the most common and simple materials into rare and valuable articles of commerce. Those articles the British merchant sends forth into ail the quarters of the world, where they stand prééminent over the productions of other nations » (Galt, Li/e of WesL, vol. II, p. 747). — Cf. le programme de la British Institution (voir plus bas p. 46.')) : To improve and extend our manufactures by that degree of taste and élégance of design which are to be exclusively derived from the cuitivation of the Fine Arts and thereby to increase the gênerai prosperity and resources of the empire.

2. Ed. Rev., sept. 1814, n" XLVI, art. I : NorthcoteS Life of Reynolds (vol. XXIII, p. 269).

3. The Royal Academy of Arts in London, for the purpose of cultivating and improving the

demie Royale se compose de quarante membres : ainsi se manifeste la préoccupation d'imiter la monarchie française et l'Académie française des beaux-arts. Elle se recrute par cooptation. Un Président et un conseil de huit membres la gouvernent. Un secrétaire, un archiviste sont élus par les membres. Un trésorier est nommé par le roi. Neuf « visiteurs », peintres d'histoire, sculpteurs habiles, ou autres personnes qualifiées, surveillent les séances de pose ; quatre professeurs enseignent l'Anatomie, l'Architecture, la Peinture, la Perspective; et ces neuf visiteurs et ces quatre professeurs, élus par l'Académie, sont révocables par le roi. Reynolds a été le premier président; et c'est bien, avec l'avènement de George III, l'ère de Reynolds qui succède à l'ère de Hogarth.

Hogarth était populacier, ennemi de l'aristocratie : il préféra vivre de la vente de ses gravures plutôt que d'entrer dans la clientèle d'un grand seigneur; ennemi des corps constitués, il sut empêcher les peintres anglais, tant qu'il vécut, de fonder une Académie. Reynolds est au contraire un homme du monde et un académicien-né : il est le premier artiste qui ait été anobli depuis l'accession de la dynastie de Hanovre. Il est un portraitiste à la mode, il est aussi un peintre de grands tableaux mythologiques et historiques : il décore des églises, des palais. Son discours inaugural, à l'Académie, exprime en termes excellents le but qu'il poursuit. Après un hommage rendu à cette « influence de la Majesté Royale » contre laquelle les whigs ouvraient déjà l'attaque, il prêche aux étudiants « une obéissance sans réserve aux règles de l'art, telles qu'elles se dégagent de la pratique des grands maîtres, guides parfaits et infaillibles » ; il exprime le vœu que l'institution nouvelle « sache répondre à l'attente de son royal fondateur » ; « que le présent siècle rivalise dans les arts avec celui de Léon X; que la dignité de l'art qui dépérit ressuscite sous le règne de George III ' ».

Reynolds est mort en 1792. West et Lawrence se sont partagé sa succession : West préside l'Académie, Lawrence est le premier peintre du roi. Jamais l'art anglais n'a brillé d'un aussi vif éclat; rien n'empêche l'Académie de s'attribuer l'honneur des progrès accomplis. Le roi fait subir à cette institution une tutelle sévère : en 1806, pour raisons politiques, il refuse de nommer Smirke archiviste^. Et le rang social des artistes S(^ trouve relevé, par le fait même de leur enrégimentem<Mit dans la hiérarchie; officielle. Gha(|ue année l'Académie

Arts of l'ainling, Sculpture and Architecture. — Voir Snndhy, Hist. of Ihc lloyal Acadcmy, vol. I, pp. 4."! »q(|.

1. Citiî par Saudby, Hist. of ihe Hoyal Academy, vol. I, p. 126.

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