Life of Haydon, vol. 1, pp
Royale offre un grand dîner de cent quarante couverts, où tout ce que le monde gouvernemental compte de grands personnages vient s'entretenir, sur un pied d'égalité, avec les peintres, les sculpteurs et les architectes patentés. Un artiste n'est donc plus traité en artisan, mais en gentleman. Un académicien a le pas, dans les cérémonies, sur un « maître es arts » des Universités; il a droit, et son fils aîné a droit comme lui, au titre d'esquire^. Si, depuis Reynolds, aucun artiste n'a été fait baronet, on a délivré des knighthoods aux architectes Chambers et Soane, au graveur Strange, au peintre Lawrence, Si West, le président en exercice, ne veut pas être knight, c'est, dit-il, par scrupule de quaker ; c'est, dit-on, parce que son amour-propre ne s'accommode pas d'un titre non héréditaire ^. Au peintre Opie, mort en 1808, comme naguère à Reynolds, on a fait des funérailles nationales.
Bref, une barrière sociale est tombée ; les artistes ont été admis à faire partie de la classe dirigeante ; et il semble que ce soit par l'effet d'une institution monarchique. Il faut marquer cependant les limites dans lesquelles se trouve maintenue l'influence du pouvoir royal. George III essayait de jouer en conscience le rôle d'un protecteur des beaux-arts ; il lui manquait cependant la vocation véritable. C'était un rural, passionné pour l'agriculture et la chasse, et n'aimant que la simplicité de la vie domestique. Les artistes avaient plus à attendre de son fils, le prince de Galles, dépensier, aimant le luxe et le plaisir. Mais, depuis qu'il exerce le pouvoir à titre de Régent, il est contrarié, dans toutes ses démarches, par la surveillance jalouse du Parlement. Les ressources de sa cassette particulière ne sont pas infinies; il n'est pas libre de régler le budget à son gré. Tout ce qui, à la Chambre des Communes, subit l'influence des marchands et des manufacturiers, ne veut pas que des dépenses inutiles viennent s'ajouter aux dépenses écrasantes que nécessite la guerre. Les grandes familles du parti whig poursuivent le Régent de leur haine, parce qu'elles le considèrent comme un menteur et un traître. La gentry se défie de tout ce qui peut accroître outre mesure le prestige de la Cour.
Ce sont les membres de l'aristocratie et de la gentry qui gouvernent vraiment le pays. Ce sont eux qui, par leurs commandes de portraits richement payés, orientent le travail des artistes. Si l'Académie Royale a réussi, c'est dans la mesure où ils ont bien voulu lui accorder leur approbation; l'institution nouvelle a d'ailleurs été l'objet de vives attaques, et son hégémonie n'est pas incontestée. On lui fait un grief de sa servilité à l'égard du pouvoir. Barry, Haydon mènent des cam-
1. Min. of eu. before sélect committee on arts and principles of design, 1836, pp. 794 sqq.