‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 269 sur 387 · Hoaden, Life of Mrs. Junlan, vol. Il, p · texte numérisé non relu

Hoaden, Life of Mrs. Junlan, vol. Il, p

Fait curieux : l'Angleterre, pauvre en grands auteurs dramatiques, I possède de grands acteurs, A défaut de chefs-d'œuvre modernes, ils V tirent de l'oubli le drame shakespearien : en cela consiste leur gloire. "Garrick a inauguré le mouvement. Mais Garrick jouait un Shakespeare arrangé au goût du jour. Lorsque Kemble, en 1783, a paru pour la première fois sur le théâtre de Drury-Lane dans le rôle d'Hamlet, il a annoncé qu'il donnerait la pièce « telle qu'elle avait été originairement écrite par Shakespeare^ ». lia revêtu les costumes de l'époque où l'action était censée se passée. Aidé du peintre William Capon, et prenant part à la renaissance gothique, il a révolutionné le décor comme le costume ^. Il a si bien converti son public que les réformes dont il a pris l'initiative paraissent maintenant insuffisantes. C'est encore, malgré les promesses faites, un Shakespeare arrangé qu'on représente ; et Leigh Hunt, après avoir assisté à ce qu'il appelle « un travesti, une caricature » de la Tempête, jure de ne plus jamais aller entendre du Shakespeare à la scène ^ Le jeu même de Kemble commence à paraître froid et compassé*, depuis que Kean s'est révélé, en janvier 1814, dans le rôle de Shylock et, quelques mois plus tard, dans le rôle de Richard III. Il est violent, tendu, brutal, réaliste avec affectation. « Nos manières de jouer, déclare Kemble à un ami, sont tellement différentes que vous ne devez pas vous attendre à me voir aimer celle de M. Kean, Je dois pourtant dire ceci en sa faveur : il est toujours terriblement convaincu, at ail times terribly in earnest^. » Mais le réveil shakespearien ne provoque pas un réveil du théâtre anglais. Plus on joue Shakespeare, mieux on l'interprète, et plus semble d'autre art épuisée la veine dramatique en Angleterre.

Comment expliquer cette décadence? Beaucoup l'attribuent au .'égime légal que subissent les théâtres anglais. Une loi de 1737*^ non seulement a soumis les ouvrages dramatiques à la censure préalable du Lord Chamberlain, mais encore a limité rigoureusement le nombre des théâtres. Dorénavant ni la Couronne par « lettres patentes », ni le Lord Chamberlain par « licence », ne pourront autoriser de représentations dramatiques ailleurs que dans la cité de Westminster et dans

Page 1