‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 271 sur 387 · Geo, II, c. 28. — V, encore 25 Geo. II, c · texte numérisé non relu

Geo, II, c. 28. — V, encore 25 Geo. II, c

les lieux de résidence royale : il faut une loi spéciale, votée par les deux Chambres, chaque fois qu'on veut, dans une ville anglaise, autoriser l'érection d'un théâtre. Une loi de 1788 * a sans doute libéralisé le système, et donné aux Juges de Paix, siégeant en sessions trimestrielles, le droit d'accorder des « licences ». Mais la liberté qu'ils obtiennent ainsi est restreinte. Ils peuvent autoriser des représentations théâtrales « pour un temps limité » ; ils ne peuvent pas établir « un théâtre constant et régulier ». Ils n'ont même pas le droit d'accorder des licences dans un rayon de vingt milles autour des cités de Westminster, de Londres et d'Edimbourg, de quatorze milles autour des Universités d'Oxford et de Cambridge, de dix milles autour d'une résidence royale, de huit milles autour d'un théâtre déjà muni de lettres patentes. De sorte que si, dans les provinces, la loi de 1788 accorde à l'art dramatique quelques facilités nouvelles, elle ne change rien, dans la capitale, au régime de monopole existant.

Alors que, sous le règne d'Elisabeth, Londres, ville de 23 000 habitants, comptait dix-sept théâtres, alors qu'en 1815 Paris, ville de .'548 000 habitants, en compte vingt-trois, Londres, avec son million «Thabitants, n'en possède la même année qu'une douzaine. Sur ces douze théâtres, deux seulement, en vertu de lettres patentes octroyées sous Charles II, jouissent d'une entière liberté. C'est Covent Garden, incendié en 1809, somptueusement rebâti par Robert Smirke; la façade, conçue dans le style classique, imite le portique du temple de Minerve à Athènes. C'est Drury-Lane, incendié quelques mois plus tard, et Hîconstruit par Benjamin Wyatt dans le même style que Covent Garden. Le « Petit Théâtre » de Haymarket, et le théâtre du Lyceum iiont le droit de jouer que pendant les mois d'été, et sont astreints à ne jouer que des comédies légères. Après quoi la liste des théâtres véritables est close.

Palmer, il y a une trentaine d'années, a voulu fonder dans l'East End, près de la Tour, un nouvel établissement; il espérait que les théâtres des quartiers élégants toléreraient un rival aussi éloigné ^. Mais les directeurs de Covent Garden et de Drury-Lane ont protesté; 't le Royal Théâtre de Palmer est tombé au rang des théâtres de -f'cond rang — tels que V Amphilheatre de Westminster Bridge, le

1. 28 Geo. m, c. 30. — Voir le préambule : « Whereas it iiiay be expédient to permit and suirer,in towns of considérable resorl, theatrical reprpsentulions fora limited lime, and iindcr rofrulalions; in which, neverlheiess, it would be iiighly impolitick, inex- |ic(liriii, aiid iimiM-iiii.ililc, to permit the establishment of a conslanl ami rci^iilar llM-atrr. -

2. \\i)MlvM, Mcinu'us of ... Kcmble, vol. 1, p. 3.59. — Thomas Dihdin, Reininiscciucs, vol. 1, p. 20.

Circus de Saint George's Field, le Sadler's Wells d'Islington ' — , où l'on donne des pantomimes, des farces, des représentations équestres. Les directeurs des grands théâtres sont d'habiles politiques : ils utilisent le patronage de l'aristocratie, intéressent à leurs entreprises des parlementaires influents, Whitbread, le chef du parti populaire à la Chambre des Communes, a été, pendant les dernières années de sa vie, membre du comité directeur de Drury-Lane. C'est pourquoi, lorsque la question se pose, au Parlement, de savoir si on autorisera l'ouverture d'un nouveau théâtre, la thèse du monopole trouve des défenseurs acharnés, même parmi les membres les plus actifs de l'Opposition libérale^. N'est-il pas naturel d'admettre que cette législation restrictive paralyse l'art dramatique?

Un jour viendra pourtant où la loi de 1788 sera abrogée, l'industrie théâtrale rendue à sa liberté : la décadence du drame anglais ne s'en trouvera pas ralentie. C'est un signe qu'il faut chercher ailleurs, et peut-être dans les progrès de l'opinion puritaine, la cause de cette décadence. Les acteurs observaient déjà au xviir siècle que le public des provinces était plus rigoriste que le public de la capitale, et que bien des pièces étaient jouées à Londres qu'il ne fallait pas songer à présenter ailleurs. Peu à peu le rigorisme provincial a gagné la capitale elle-même. Un auditoire bourgeois, qui appartient à la classe sur laquelle les idées « évangéliques » ont exercé l'action la plus profonde, n'admet plus ces facéties, dirigées contre les quakers ou les méthodistes, qui étaient le procédé le plus couramment employé par les dramaturges du xviir siècle, lorsqu'ils voulaient faire rire leurs auditeurs. Leigh Hunt, dans ses articles de critique, loue avec insistance le vieil opéra-comique de Gay, the Beggars' Opéra : c'est qu'il veut réagir contre la défaveur croissante dont il sent que la pièce est l'objet. Le Cant moderne trouve « vulgaire » cette comédie de truands, exige des coupures '. « Nous sommes enrégimentés, tenus à un décorum stupide, obligés de tous porter un même et terne uniforme ^ »

1. Charles Dibdin, Hist. and illustrations of the London Théâtres, p. 87.

2. James Lawrence, Dramatic Emancipation, 1813, ap. Pamphleteer, vol. Il, pp. 385-386. — //. of C, 28 avril 1813 : discours de Whitbread; — H. of L., 27 juin 1814 : discours de lord llolland [Pari. Deb., vol. XXV, pp. 1096 sqq. ; vol. XXVIII, pp. 418-419).

3. Examiner, 18 juin 1815; 5 nov. 1815. — Miss Laetitia Hawkins, Anecdotes, vol. I, 1822, pp. 99-100, caractérise la pièce exactement comme Leigh Hunt accuse le public contemporain de la caractériser, — « that vulgar caricature », écrit-elle. — VEcleclic Review, organe évangélique, dénonce, en janvier 1807, la grossièreté du drame shakespearien (Doran, English Stage, vol. III, p. 331). — Wilberforce est convié en 1811 par ses amis à examiner s'il n'y aurait pas lieu de fonder un théâtre moralisé. « Sir Thomas Bernard's plan of an Alfred Théâtre by private subscription — no promiscuous admission, — sélect plays and actors, ail pour la morale ». Encore trouve-t-il le plan suspect, pas assez rigoriste à son gré (Life, vol. III, p. 497).

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