Examiner, 23 juillet
4. Sur cette transformation, voir Smiles, Murray, vol. II, p. 508.
5. F. Espioasse, Historiés of publishing houses {Gritic, 7 avril 1860. — New Séries, vol. XX, p. 435).
LES ARTS, LES LETTRES ET LES SCIENCES. 48i
une partie du stock édité chez ses confrères. A présent l'éditeur est éditeur avant tout, et libraire seulement par surcroît, parce que la tradition l'exige, et aussi parce que tenir boutique, c'est une manière de tenir salon, de réunir des gens de lettres, des critiques, des amateurs, de se mettre au courant des besoins du public et de s'assurer une influence personnelle sur la société littéraire'. Il refuse de faire la commission pour la province, et, dans ses relations avec les libraires, la vente prend la place du troc. Une fois par an, il fait son Trade Sale. Tous les libraires, ceux de Paternosier Row, à Londres, et aussi ceux d'Edimbourg, sont invités, dans une taverne, à un grand dîner de corps; et, le dîner fini, le stock de livres que l'éditeur veut écouler est vendu au rabais par un commissaire-priseur. Le système permet à l'éditeur d'écouler rapidement son stock; du même coup les nouvelles mœurs banquières s'introduisent dans le monde de la librairie et de l'édition.
Les libraires, le soir du Trade Sale, ne paient pas comptant. Leurs effets s'accumulent dans les caisses des éditeurs : tel est l'accroissement des affaires que, pour une seule maison d'édition, leurs dettes peuvent dépasser 40 000 1.^. Survienne une crise générale de crédit, la sélection des maisons vraiment solides s'opéré par l'anéantissement des maisons imprudeûLes. Ce qui caractérise le nouveau régime indus- / triel et commercial, c'est qu'il est dominé par un petit nombre d'indi- | vidus énergiques, forcés à chaque instant de déployer toutes les | ressources de leur génie pour défendre leur suprématie : le Jivre, | comme le fer et le coton, possède en 1815 ses grands hommes. )02Z^ Constabie règne à Edimbourg, Murray règne à Londres. Constable ^
exploite Walter Scott, Murray exploite Byron. Constable édite, de I concert avec le directeur .Jeffrey, la « Revue d'Edimbourg », le grandi journal critique dont la fondation a fait époque dans l'histoire des lettres anglaises, l'organe du parti libéral avancé. Murray édite la Quarterly Beview, fondée en opposition à la « Revue d'Edimbourg », dirigée par Gifford, inspirée par Canning. Murray, héritier d'une maison de librairie déjà prospère avant lui, mieux élevé, professe toutes les opinions morales, religieuses, politiques, d'un conservateur respectable. Constable, sorti du peuple, a, plus que Murray, les manières d'un parvenu; présomptueux, despotique, aventureux, il
1. David Constable à son père, 2 nov. 1813 : « It invites literary men to corne about you, which I think onc of th« greatest pleasures of the bookselling profession, and appenrs lo me lo make the distinction betwecu the person who is a merely a wholesale dealer, and him who inakes il his profession as weii for the advanccment of Icarning as for his émolument.... • (Archibald Constable, vol. 11, p. 114.)
2. Hob. Cathcarl à A. Constable, 2 mai 1812 {Archibald Constable, vol. Il, p, 301).
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finira par la banqueroute. Constable est « le Napoléon de l'édition* ». Murray est « le Prince des Libraires- ».
On est d'abord étonné de constater qu'en apparence le prix des livres n'a pas baissé. Les livres nouveaux coûtent fort cher, plus cher qu'ils ne coûtaient pendant les premières années du règne ^. Un court poème de Byron, la « Fiancée d'Abydos » ou le « Corsaire », est mis en vente au prix marqué de 6 s. 6 d. ; un roman nouveau, en deux ou trois volumes in-octavo, au prix de 12 s. ou de 18 s.. Mais il faut voir comment les choses se passent en réalité. Déjà de grands cabinets de lecture, ou circulating libraries, ont été fondés par Hookham, par Lane, de sorte qu'un seul exemplaire est successivement lu par un grand nombre de personnes *. D'autre part, puisque les éditeurs ne s'occupent plus de librairie et vendent leurs livres au rabais, rien n'empêche les libraires de les vendre eux-mêmes au-dessous du prix marqué. James Lackington a inauguré le système vers 1789^ et a été imité par toute la corporation.
Enfin, si les premières éditions sont coûteuses, les réimpressions d'ouvrages populaires se font, au bout d'un certain temps, à bon marché. L'éditeur Harrison a créé, en 1779, le système des publications par fascicules, sur deux colonnes in-octavo, à 6 d. le fascicule hebdomadaire ^ : et son Novelists' Magazine a été suivi par le New Novelists' Magazine, par les British Classics, par les Sacred Classics. Quand l'Histoire d'Angleterre de Hume est tombée dans le domaine public, deux éditions populaires par fascicules ont été lancées par deux maisons rivales, et l'une et l'autre ont réussi. Les grands éditeurs répugnent encore, en 1815, à ce genre d'opérations. Il leur semblerait déroger s'ils se consacraient aux publications par fascicules, au number irade. Ils craignent aussi, par la réimpression à bon marché des ouvrages à succès, de condamner le stock des exemplaires invendus à être mis au pilon, et de ralentir à l'avenir l'écoulement des premières éditions. Mais ils auront bientôt la sagesse de se rallier aux
1. The grand Napolcon of tho realms of priiit (Lockhart, Life of Walter Scott, voL VII, p. 331).