Voir Grnhnrn Wnllnn, Life of Francis Place, pp. Si-.V
3. Parmi Icschh-Ih il fiiiil comprendre Ix-uucoup de rcîformateurs imMii n-. \ . i:d. Ilev., déc. 1818, n" LXl, art. Vill : UiUversal Sujfraije, vol. XXXI, p. 180.
langue, on pourrait dire même : sa religion, depuis que le méthodisme calviniste tend à gagner la majorité de la population. Or le régime électoral ne fonctionne pas dans ces trois nations comme il fonctionne en Angleterre, et il ne fonctionne pas de même en Irlande, en Ecosse, et au pays de Galles.
L'Ecosse, pour deux millions d'habitants, a quarante-cinq représentants. Mais c'est par une fiction juridique que l'on considère les quarante-cinq membres écossais de la Chambre des Communes comme représentant deux millions d'Écossais. Ils se divisent, suivant la répartition établie dans toutes les parties du Royaume-Uni, en représentants des circonscriptions territoriales et rurales, des « comtés », et en représentants des circonscriptions urbaines, des « bourgs ». Or les trente- ? ^ six représentants des comtés sont envoyés au Parlement par un corps
électoral qui comprend au total 2 405 membres. Seuls sont électeurs dans les comtés les francs-tenanciers dont les terres sont frappées d'un impôt de quarante-cinq shillings sur des rôles dressés à la fin du xiir siècle ou au début du xiv*^ siècle : ils peuvent être ou propriétaires ou tenanciers directs de la couronne. Et le nombre des électeurs des comtés écossais serait plus restreint encore si les grands propriétaires n'avaient trouvé moyen de créer, dans leur intérêt, un certain nombre de tenanciers qui, tout en étant fictivement les tenanciers directs de la couronne, sont en réalité leurs dépendants. Les quinze représentants '^ des bourgs écossais, des r^oyal biirghs^ sont, d'autre part, élus par 1220 électeurs; et, sur ces 1220 électeurs, trente-trois seulement — ce sont les membres de la corporation d'Edimbourg — élisent directement leur représentant. Les autres élections se font au second degré, les bourgs étant réunis par groupes de quatre ou cinq, et chaque groupe envoyant un représentant à Westminster.
Des électeurs aussi peu nombreux se trouvent inévitablement livrés à l'influence toute-puissante de la noblesse locale : et qu'en résulte-t-il? Sans doute les rivalités de clans entretiennent un semblant de vie politique. Le whig Sir James Mackintosh a été élu en 1813, dans le Nairnshire, grâce à l'appui du thane de Cavs^dor; et son élection a fait sensation, on y a vu le premier signe d'une ère nouvelle *. Mais l'étonnement même que cet incident a causé aide à comprendre quel est, au commencement du xix® siècle, le caractère normal d'une élection écossaise. Les grandes familles vendent leur appui à l'administration
1. Aux élections de 1812, le fait que Sir John Dalrymple eût osé briguer, comme candidat Vv'hig, le siège du Midlothian, considéré comme le flef de la famille des Dundas, avait déjà paru caractéristique : voir Gockburn, Memorials, pp. 273-274. — Sur les élections de 1812 en Ecosse, voir Morning Ghronicle, 12 oct. 1812 : Smith, Register of Contested Elections, pp. 126 sqq.; Porritt, Unreformed Parliament, vol. II, p. 175.
du jour, quelle qu'elle soit, moyennant des places et des titres. Un membre de chaque cabinet est régulièrement chargé de ce qu'on appelle the management of Scotland, la « gérance de l'Ecosse ». La tâche incombe, sous les ministères tories, aux chefs de la famille des Dundas, au premier^ et au second lord Melville. Il est entendu que la représentation écossaise est toujours gouvernementale.
Cependant l'Ecosse — tout au moins l'Ecosse des Lowlands — est un des centres les plus actifs de la civilisation britannique. Qu'il s'agisse d'agriculture ou d'industrie, les Lowlands peuvent soutenir la comparaison avec n'importe quelle province anglaise. Les Universités de Glasgow. d'Edimbourg, d'Aberdeen, de Saint-Andrews, organisées sur le modèle continental, méprisent la routine d'Oxford et de Cambridge. Au barreau, dans le journalisme, dans les lettres, des Écossais ont conquis les premières places. Comment une nation aussi progressive a-t-elle pu s'accommoder, même temporairement, d'un système aussi oligarchique? C'est que le régime, tel qu'il fonctionne depuis un demisiècle, est conforme aux intérêts généraux de l'Ecosse. Les Écossais se passent de tout appui gouvernemental, tant qu'il s'agit de fonder des usines, de s'enrichir par la parole et par la plume; mais ils ne peuvent s'en passer lorsqu'il s'agit d'obtenir des emplois publics. Le « Breton du Sud », en raison même de l'audace, de l'opiniâtreté, de l'absence de préjugés qu'il attribue au « Breton du Nord », est plein de défiance à l'égard de celui-ci. Comment vaincre ces préventions? L'aristocratie écossaise s'y emploie. Le ministère sait que quarante voix sont à sa disposition, s'il veut mettre à la disposition de l'Ecosse un nombre déterminé de postes militaires ou administratifs. Jamais les grandes familles écossaises n'ont vendu dans d'autres conditions que celles-là les sièges dont elles disposent; jamais, ou presque jamais, elles n'ont permis à un Anglais d'origine de représenter un de leurs fiefs électoraux-. L'exclusivisme de leur patriotisme local explique, dans une large mesure, que l'Ecosse se soit résignée à un régime électoral monstrueux : ce régime est un des moyens qu'elle emploie pour marcher à la conquête de l'Angleterre.
En scra-t-il de l'Irlande comme de l'Ecosse? Les orateurs de l'oppo- .sition exprimèrent cette crainte quand, en 1800, Pitt effectua l'union
1. Sur sa vil', sur In puissnnci' de s.i laniilli' i-ii l\c,()>si\ vcnr iiiir iihIkc iiilcrcssante, Ann. R&j., 1801, |)|). i:W sqq.
2. L(r cfis ii<! s'est jdrri.'iis prùsonté, suivant Wakfdcld (Ireland, voL II, p. 314). Cependant Forritt (Unreformed Hoaae of Gommons, H, 131) sij^nale deux exceptions : U' cas « historique ■ de Fox et lo en» de Georfi;e Damer, fils nXniS de lord Milton, élu en 1775 par le Crail District or Scotch hurghs. Quelques autres cas seraient à signaler, au XIX" siècle, avant la lU'foriiK! de 1832.
législative de l'Angleterre et de l'Irlande. Ne voulait-il pas, ce faisant, accroître sa majorité parlementaire, acheter les voix des représentants irlandais qui siégeraient désormais à Westminster, comme il achetait celles des représentants écossais*? Un membre de chaque administration ne s'est-il pas vu assigner, depuis 1800, à titre presque officiel, la tâche de « manipuler » les membres irlandais, the management of Ihe Irisli members ^? Pourtant l'Irlande ne ressemble pas à l'Ecosse. Ce ne sont ni les mêmes mœurs ni les mêmes traditions, ni le môme degré, ni la même qualité de civilisation. Un régime électoral identique fonctionnerait différemment dans les deux pays; mais, à vrai dire, le régime n'est pas identique.
Trente-six membres de la Chambre des Communes représentent les trente-quatre circonscriptions urbaines d'Irlande , « cités » ou « bourgs )). Les bourgs irlandais ne sont pas de même nature que les bourgs écossais. Ils ont, comme les bourgs anglais dont nous parlerons tout à l'heure, des constitutions variables suivant la localité, fixées par des chartes ou des statuts, ou encore consacrées par un usage immémorial. Rien n'empêcherait donc que ces petites constitutions locales fussent extrêmement démocratiques et qu'un droit de suffrage très étendu s'y trouvât établi. En fait, neuf seulement de ces circonscriptions — dix si l'on compte l'Université de Dublin — sont considérées en 1815 comme des circonscriptions « ouvertes », c'est-àdire où le corps électoral est, dans une certaine mesure, libre et conscient ^. Le reste se partage en deux fractions inégales. D'un côté, dix-huit bourgs * où la franchise appartient à une corporation fermée, à douze burgesses se recrutant par voie de cooptation : le droit d'élire le membre est, en ce cas, la propriété pure et simple du landlord qui a su s'établir « patron » de la corporation. Dans six autres bourgs ^^ la franchise électorale appartient soit aux francs-tenanciers, soit aux
\. H. of C, 2 avril 1800 : discours de Grey (Pari. Hist., vol. XXXV, p. 71).
2. Voir sur ce point les conseils donnés par Abbot à Addington en 1801 {Diary oflord Colchester, vol. I, pp. 326 sqq.). — Cf. Ibid., vol. I, p. 517 : lettre de Wickham à Abbot, 21 mai 1804.
3. Garrickfergus; Gork Gity; Drogheda; Dublin Gity; Londonderry; Dungarvan; Downpatrick; Newry; Waterford. Nous dressons cette liste d'après Wakefleld, Ireland, vol. II, pp. 218 sqq., et Oldfleld, Bepresentative History, vol. VI, pp. 209 sqq., 297 sqq. Plow'den, Historical Review of ... Ireland, vol. II, Appendice, pp. 227-228, dresse, pour la période antérieure à l'Union, une liste de douze circonscriptions populaires (y compris l'Université de Dublin) : les bourgs de Svvords (disparu depuis) et de Lisburn (considéré par Wakefleld et Oldfleld comme soumis au patronage du marquis de Hertford) sont ajoutés.
4. Belfast; Armagh; Carlow; Ennis; Youghall; Bandon Bridge; Kinsale; Enniskillen; Tralee; Dundalk; Portarlington; Sligo; Glonmell; Gashell; Dungannon; Athlone; Wexford; New Ross.