Lisburn; Mallow; Galway; Kilkenny; Limerick; Goleraine
membres de la corporation locale, aux freemen, qui peuvent être créés en nombre indéfini. Ici encore l'influence de celui qui possède le sol est prédominante. Les francs-tenanciers sont à ses ordres. La corporation, s'il en est le patron, nomme freemen qui il veut, et nomme autant de freemen qu'il veut.
Le corps électoral est, malgré tout, plus nombreux que dans les bourgs écossais, et la domination de l'aristocratie moins absolue peutêtre : cette aristocratie a d'ailleurs des traditions politiques plus anciennes que l'aristocratie écossaise, elle est moins inféodée au gouvernement du jour. Mais à d'autres égards les conditions sont plus mauvaises qu'en Ecosse. Car l'aristocratie irlandaise, maîtresse de la représentation des bourgs, n'est pas, comme l'aristocratie écossaise, une aristocratie nationale : établie en Irlande par droit de conquête, il n'y a, entre elle et la majorité de la population, nulle solidarité. Elle est, en outre, protestante, alors que la population pauvre du pays est catholique; et, bien que, depuis 1792, les catholiques aient le droit d'entrer dans les corporations des bourgs, comme ces corporations se recrutent par cooptation, les catholiques continuent à en être pratiquement exclus. Une minorité protestante exploite donc le pays, à la manière d'une colonie, sans autre préoccupation que d'en tirer le plus d'avantages, le plus d'argent possible.
En Irlande, la représentation d'un bourg se négocie, a son prix courant, variable selon les temps. Quand, en 1800, on a décidé qu'un certain nombre de bourgs, représentés au Parlement de Dublin, ne le seraient plus au Parlement de Westminster, une véritable loi d'expropriation a été votée, pour indemniser ceux dont « la propriété était liée aux circonscriptions électorales en question » : il en a coûté environ 2 000 1. au Trésor par siège supprimé. Et voici peut-être le fait le plus propre à marquer combien la noblesse écossaise et la noblesse irlandaise entendent d'une manière différente la gestion de leur influence électorale. Nous voyons, d'après un document contemporain, qu'aux élections générales de 1807, treize bourgs irlandais ont choisi des Anglais pour être leurs représentants à Westminster. Sur ces treize Anglais, les uns, en petit nombre, ont été choisis pour des raisons politiques, les patrons des bourgs obéissant aux instructions des chefs de parti : George Tierney a été élu à Bandon Bridge, dont lord Bandon choisit le membre à son gré, parce qu'il a été battu en Angleterre, et que l'Opposition ne pouvait se passer de lui. Les autres — tels ce Mr. Strahan, imprimeur de Londres, et ce Mr. Wigram, marchand de Londres, élu.s à Carlow et à New Ross — , sont des hommes riches (|ui paient argent comptant le droit de prnrtrer tout h la fois au Par-
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lement et dans la bonne société \ D'une manière ou de l'autre, c'est de la politique anglaise qui se fait dans les bourgs irlandais : les intérêts de l'Irlande sont ignorés.
Soixante-quatre membres de la Chambre des Communes représentent, d'autre part, à raison de deux membres par comté, les trentedeux comtés irlandais. L'électorat se compose ici de tous les francstenanciers de quarante shillings par an. C'est le même droit électoral que dans les comtés anglais. Mais le nombre des francs-tenanciers de quarante shillings est beaucoup plus étendu : Curwen, qui visite l'Irlande en 1813, constate avec surprise que le régime électoral des comtés irlandais est très voisin d'un régime de suffrage universel -. Assurément, cette foule de petits cultivateurs ne sont pas des électeurs libres. Ce sont, en immense majorité, des francs-tenanciers fictifs, créés par les landlords, qui considèrent l'exercice du droit de vote comme une sorte de redevance féodale ou de corvée, attachée à la jouissance du soP. Ils votent, en règle générale, comme leurs propriétaires ordonnent de voter. Pourtant le jeu auquel se livrent les landlords lorsqu'ils multiplient les francs-tenanciers sur leurs terres, n'est pas sans offrir pour eux des périls; et ces périls commencent, dans les premières années du xix^ siècle, à devenir apparents.
Depuis 1800, et surtout depuis 1807, la question de savoir si les catholiques seront admis à siéger à la Chambre des Lords, admis à occuper des postes militaires et administratifs, éligibles à la Chambre des Communes, est posée devant l'opinion : les prêtres ne feront-ils pas comprendre aux paysans irlandais qu'ils ont le pouvoir et le devoir de prendre une part active à la solution du problème? Si tous les tenanciers s'entendent pour élire, dans un comté, un candidat favorable à l'émancipation catholique, quel recours auront les grands propriétaires contre ce mouvement général de l'opniion? Qui empêche un tenancier brouillé avec son landlord, de subdiviser sa tenure en un certain nombre de tenures à vie, et de se créer ainsi une clientèle
1. Dans ces deux bourgs, le corps électoral est constitué par douze burgesses se recrutant par cooptation. A Carlow, le patron est lord Charleville; à New Ross, Mr. Tottenham et Mr. Lee exercent alternativement le patronage (Wakefleld, Ireland, vol. II, pp. 302, 310). — Cf. John O'Connell, Life and speeches of Daniel O'Connell, vol. I, p. 52; discours d'O'Gonnell à Dublin, 18 sept. 1810: Whatis the fact? Why, thatoutofthe 100, such as they are, that sit for this country, more than one flfth know nothing of us, or are unknown to us.
2. Curwen, Ireland, vol. II, p. 20-21. — Pour le détail statistique, voir p. bas, liv. II, chap. I, p. 200.
3. Sont considérés, en droit électoral, comme freeholders, non seulement les propriétaires, mais les tenanciers pour une durée égale ou supérieure à une vie. Pour ce qui est du revenu annuel de la terre, on se fl^ , en Irlande, au serment du tenancier (Curwen, Ireland, vol. II, p. 20).
d'électeurs hostiles au grand propriétaire? Lorsqu'en 1805 lord Castlereagh, ancien partisan de l'émancipation qui a trahi la cause, est battu dans le comté Down, Dublin accueillit le bruit de sa défaite par des réjouissances populaires; et lord Henry Petty, témoin de ces manifestations, prévoit la baisse rapide de l'influence gouvernementale. « Un nouvel esprit dindépendance, écrit-il à Creevey, s'éveille dans la plupart des comtés, et le poids du parti catholique se fera fortement sentir *. » Quelques mois plus tard, lord Loftus ayant hérité du titre de marquis d'Ely, et passé à la Chambre des Lords, les électeurs du comté de Wexford choisissent un inconnu, en opposition à la famille du nouveau marquis -, En somme, l'agitation catholique gagne sans cesse du terrain, notamment dans le Tipperary et le Rosconmon ^. C'est dans les bourgs seulement que la nature même du régime électoral rend imprenable la position des grands propriétaires. Dans les comtés, leur prédominance tient non pas au régime, mais à la mentalité des électeurs''. Cette mentalité venant à changer, il va suffire de peu d'années pour que le soulèvement général des francstenanciers éclate à travers les campagnes irlandaises.
On peut traiter de la principauté de Galles plus brièvement que de l'Ecosse ou de l'Irlande. C'est un petit pays de mœurs simples et de civilisation assez arriérée, bien que l'extraction du fer et de la houille soit en voie d'enrichir la partie méridionale de la contrée. Les bourgs électoraux, sauf deux exceptions, y ont une constitution beaucoup plus démocratique qu'en d'Ecosse et même qu'en Irlande. D'ailleurs les mœurs publiques du pays de Galles sont considérées comme particulièrement honnêtes, plus pures qu'en Angleterre, à plus forte raison plus pures qu'en Ecosse et qu'en Irlande. « L'influence qui prédomine, écrit Oldfield, juge sévère du régime établi, n'est pas l'effet de la corruption : elle a pour cause la popularité et l'hospitalité de très grands propriétaires.... Les achats de votes sont très rares, la moralité du peuple n'est pas dégradée par de perpétuels festins électoraux, cause d'ivrognerie, de paresse et de dissipation \ »
i. Creevey papers, vol. 1, p. 43 (lettre du 24 oct. 1805); cf. ibid., pp. 62-63. — A vrai dire l'échec de lord Castlereagh n'est pas typique. Le comte Down est protestant; lord Castlerf^agh u échoué parce qu'il s'est heurté à l'opposition de la puissante marquise de Downshire. En 1812, avec l'assentiment de la marquise, il sera de nouveau élu (Henry Grattari, Life and times of Grallan, vol. V, pp. 497-4«»).