Geo. III, c. 79, sec
4. Pour des dénonciations de l'institution du spécial Jury, voir Gobbett's Pol. Reg., 27 fév. 1811; Bentfiam, Eléments of the art of packing {Works, vol. V, pp. 61 sqq). — Blackstone, au contraire (III Comm., 337-358), présente l'institution comme une laveur accordée au prévenu; cf. le discours de l'Attorney General {H. of C, 28 mars 1811 ; Pari. Deb., vol. XIV, p. 572); et il convient de noter que lord Holland, dans un discours prononcé à la Chambre des Lords en faveur d'un adoucissement des lois sur la presse, ne se prononce pas très nettement (H. of L., 4 mars 1811; Pari. Deb., vol. XIX p. 143).
décision première, et de renoncer à poursuivre; mais il n'en a pas moins laissé peser sur le journaliste la menace du procès possible, et diminué sa liberté par ce procédé d'intimidation. Dans tous les cas, le prévenu, même acquitté, même non poursuivi, paie les frais ^ S'autorisant enfin des difficultés financières où il se débat, le gouvernement relève incessamment le droit du timbre ^, rend ainsi plus difficiles les conditions d'existence des journaux.
Le zèle apporté par le gouvernement à réprimer les excès de la presse, très grand jusqu'à la paix d'Amiens^, se relâche à vrai dire ensuite, pendant quelques années. C'est tout juste si, de 1801 à 1807, les statistiques signalent une moyenne de deux procès de presse par an : un seul, pendant toute la durée du ministère de Fox et de lord Grenville. Puis les persécutions recommencent.
En 1808, la législation s'aggrave de dispositions nouvelles hostiles à la presse : toute distinction est abolie entre la procédure des informations ex officio et la procédure des poursuites régulières *. Le chiffre des poursuites se relève : de 1808 à 1810, quarante-deux informations ex officio, dix-huit procès de presse ^ On s'attaque aux grands hommes du journalisme : à Gobbett, le pamphlétaire du Political Begister; à Perry, le respectable directeur du Morning Chronicle. Et nous assistons en même temps à une dernière tentative faite pour limiter le droit que les journaux s'arrogent de reproduire les débats parlementaires. Ce droit, ils ne le possèdent pas légalement : la publication des débats reste formellement interdite par un article du règlement; et comme, en vertu de ce règlement, il n'existe pas de compte rendu officiel des séances, les orateurs des deux Chambres sont condamnés à ne voir leurs discours reproduits que sous une forme imparfaite et souvent tendancieuse. De là des plaintes fréquentes, des condamnations de journalistes *. C'est môme seulement par tolérance que le
i. Sur toute coite question, voir //. o/L.,9mars 1811 ; disioui-^ il(> lord lloUnnd (Par/. Deb., vol. XIX. p. 129). Cf. G. Jephson, The Platform, vol. 1, p. 183.
2. Lord North, on 177G, de 1 d. le porte à 1 J d.; Pitt, en 178» à 2 d., en 1797 à 2 1 d., en 1804 à 3 .i- d.. En 1815 il est porté à 4 d. (Grant, A^eiospaper Press, vol. 1, p. 221-223. — Lecky, Hist. of EiKjland, \\\, p. 470, rectifie une erreur de date commise par Grant).
3. En 179."), l'Altornciy General, Sir William Scott, le futur lord Eidou, faisait observer av(;c .satisfaction « qu'on avait intenté, au cours des deux dernières plus do procès en diiramation (ju'on n'en avait jamais auparavant intenté en vingt ans • (Campbell, Lives of Ihe Chanccllors, vol. VII, p. 120).
4. 38 Geo. m, c. ."8. — Sur la portée de cette loi, voir le discours de lonl Hrskine (H. of L., 24 mai 1808; Pari. Deb., vol. XI, p. 541).
5. //. o/C, 28 mars 1811 : discour.-, .li- loni Folkcstone {Pari. Dch., \(il. XiX, p. .'549). — Et : [{elurn of tlu: Ex officia Infonwi' ' •■ PoUtical Libcl <ind s.;iii,,iii-; < Idiuluct.... since m)7, 1821.
0. Voir notamment H.ofC., 27 deo. o^ ..1 .i.Mt. 1798 (Pari. llUl., m>\. XX.MV, pp. 148 sqq.); //. of L., 15 février 1813 (Pari. Deb., vol. XXIV, p. 518).
public est autorisé à assister aux séances : tout membre du Parlement est libre, quand il veut, de dénoncer la présence illégale d' « étrangers » dans la salle, et de faire évacuer immédiatement « la galerie ». C'est ce qui arrive en 1810. La Chambre des Communes ayant abordé la discussion d'une expédition militaire malheureuse, un membre demande et obtient que la Chambre, expulsant le public, se constiCue en comité secret. Windham, qui s'est rendu célèbre au Parlement par ses incessantes protestations contre l'insolence de la presse, saisit l'occasion pour exprimer, une fois de plus, tout son dégoût à l'égard des repoiHers qui écoutent et enregistrent son discours, vil ramas « de faillis, de tenanciers de bureaux de loterie, de laquais et de boutiquiers en déconfiture ^ ». Un obscur politicien de la Cité, un ancien « jacobin » de 1792, John Gale Jones, ayant fait adopter, par un petit club démocratique, un ordre du jour qui proteste contre cette exclusion du public, est arrêté, sans autre forme de procès, sur l'ordre de la Chambre des Communes, comme ayant violé ses « privilèges », et cité à sa barre. Sir Francis Burdett, le parlementaire démocrate, publie, dans le Political Register de Cobbett^, une longue adresse à ses électeurs, par laquelle il proteste contre cette procédure. Il est lui-même jeté en prison.
Réaction maladroite et inefficace. Il faut y voir non pas une offensive énergique, prise par le pouvoir contre les journalistes, mais bien plutôt un effort désespéré pour se défendre contre une presse dont l'indépendance et l'audace vont chaque jour en croissant. Le scandale du duc d'York intéresse l'administration de la guerre, met en jeu l'honneur de la famille royale : et les journaux ont exprimé bruyamment le mécontentement public. Burdett est en prison depuis plus d'un mois, Cobbett va être condamné dans quinze jours, quand éclate, le 30 mai, le scandale du duc de Cumberland. Les ministres qui se débattent au milieu de ces affaires désastreuses pour le prestige de l'autorité gouvernementale, sont des hommes médiocres et sans crédit. Ils ont beau multiplier les poursuites, c'est devant un jury qu'il faut se présenter : le gouvernement doit donc toujours se demander, avant de poursuivre, s'il peut compter sur la condamnation qu'il désire. L'ajournement indéfini de tant de procès n'est peut-être pas, comme voudraient le faire croire les journalistes d'Opposition, l'effet d'un plan machiavélique : VAttorney General hésite et temporise, parce qu'il n'ose pas aff"ronter le jury. Si on obtient la condamnation de Cobbett, Perry n'est-il pas acquitté? Et non seulement le jury acquitte souvent
i. H. of C, 6 fév. 1810 (Pari. Deb., vol. XV, p. 330).
2. Gobbett's Pol. Reg., 24 mars 181U (vol. XVII, pp. 421 sqq.). — H.ofC.,21 mars 1812 (Pari. Deb., vol. XVI, p. 27).
ceux que le gouvernement lui demande de frapper; mais les adversaires du gouvernement, diffamés par la presse officieuse, peuvent eux-mêmes aller devant lui, et obtenir des dommages-intérêts. Tel, en 1810, Roger O'Gonnor, le riche marchand de Londres, Tami de Sir Francis Burdett*.
Même si le journaliste est condamné, le gouvernement a-t-il tant gagné à engager l'affaire? Voilà la publicité de l'article incriminé aussitôt décuplée, VAttorney General obligé d'en reproduire le texte dans son plaidoyer, et toute la presse autorisée le lendemain, en publiant le plaidoyer de VAttorney General, à reproduire, sans délit, l'article jugé par le gouvernement diffamatoire ou séditieux. C'est sur la question des châtiments corporels dans l'armée qu'un article de Cobbett, en 1809, a paru de nature à compromettre la discipline militaire, la sûreté du royaume. Mais le résultat des poursuites, c'est que la question de la peine du fouet dans l'armée est discutée par tous les journaux; de nouveaux procès sont engagés; la question, par le fait des nouveaux procès, se trouve portée devant un public encore plus étendu : en 1811, le gouvernement promet des réformes. D'ailleurs le journaliste condamné n'est pas soumis, dans sa prison, au régime des criminels et des délinquants ordinaires. Cobbett, enfermé à Newgate, passe les matinées à rédiger son journal, les après-midi à recevoir ses amis politiques ^. 11 emploie ses deux années de prison à mener une campagne pour la défense de la liberté de la presse. Quant au conflit engagé entre la Chambre des Communes et Sir Francis Burdett, il déchaîne l'émeute dans les rues de Londres; et si la timidité de Sir Francis Burdett, qui se dérobe aux manifestations préparées en son honneur, empêche le triomphe populaire d'être complet, il n'en est pas moins vrai que le ministère capitule. Déjà les journalistes avaient, en 1809, obtenu des facilités nouvelles en ce qui concernait l'acquittement du droit de timbre^. La loi de 1808, autorisant VAttorney General à faire emprisonner préventivement les journalistes poursuivis, avait été appliquée une seule fois, et tombe en désuétude*. En 1811, le
1. Cobbetl's Poi. Reg., 22 déc. 1810 (vol. XVIII, pp. 1249 sqq.). Le A/orntn^ Posi, journal ministérifil, est condamné a. TM) I. de dommages-intérêts.
2. Voir 1« lettre de Cobbett' h Greevey, Newgate, 24 septembre 1810 (Creevey Papers, vol. I, p. 1.34). Il convient d'ajouter que ce traitement de faveur parut suspect à quelques-uns des collègues de Cobbett. Leigh Uunt, dans VExaminer du 12 juillet 1812, nccus(! Cobbett d'avoir négocié avec le gouvernement, et offert d(^ suspendre la publication de son journal si on ne le condamnait pas; puis, une fois emprisonné, d'avoir systématiquement ménagé le duc d'York et le prince de Galles.
3. La remise de 16 p. 100, accordée depuis 1707, aux journaux dont le prix ne dépasse- pas 6 d. est étendue à tous les journaux sans restriction, 40 Geo. III, c. 50. Voir //. o/C, 27 avril 1800 {Pari. Dcb., vol. XIV, p. 200).
'.. //. o//.., 4 mars 1811 : discours de lord Klleiilxiroii^'h {Pad. Ihb., vnl. XIX, p. 148).
gouvernement apporte des atténuations aux lois policières de 1798 et de 1799^; et, pendant les quatre années qui suivent, le nombre des procès intentés pour délits d'opinion redevient insignifiant^.
La grande presse vient de naître. Elle date, LE JOURNALISME ' r. ' i i r j .-ai *i u
MODERNE ®" réalité, de la fin du xviii'' siècle, et le nombre
des journaux n'a guère augmenté depuis. Les aggravations du droit de timbre, le renchérissement du papier, la hausse des salaires, ont entraîné le relèvement du prix de vente : un grand journal quotidien coûte 7 d. en 1815 ^ Mais vingt-cinq années d'événements dramatiques, de révolutions et de batailles ont créé, dans le public de Londres et des provinces, un perpétuel besoin de nouvelles fraîches, aidé malgré tout au développement du journalisme, et accru le tirage des journaux existants.
Voici d'abord les journaux de Londres : journaux quotidiens paraissant le soir ou le matin, et paraissant, les jours d'événements graves, à raison de plusieurs éditions par jour ^, journaux tri-hebdomadaires, journaux hebdomadaires, qui, chaque dimanche, résument avec commentaires les événements de la semaine, et qui prospèrent malgré les efforts du parti puritain pour faire prohiber cette violation du sabbat. Beaucoup de ces journaux, dirigés par des aventuriers, traqués par la police, traînent une existence misérable, toujours à l'affût d'un scandale qui leur permettra de jouir pendant quelques semaines d'une prospérité précaire. Mais cinq ou six grands journaux émergent de cette foule : le Times, le Morning Chronicle, le Morning Post, le Courier, le Morning Herald. Quatre pages de petit format. La première et la quatrième page appartiennent aux annonces. En seconde page, deux colonnes donnent des extraits des journaux de Paris. Puis viennent les annonces théâtrales, les nouvelles du jour, principalement celles qui