‹ Histoire du peuple anglais au 19e siècleChapitre 95 sur 387 · of C, 6 mars 1815 {Pari. Dcb., vol. XXX, pp · texte numérisé non relu

of C, 6 mars 1815 {Pari. Dcb., vol. XXX, pp

et de ses amis? Ils ont été vaincus en réalité, parce que Topinion du pays a désavoué Taristocratisme trop manifeste de leur politique. Leur déchéance date de Tannée 1784, où Ton a vu Fox, l'adversaire acharné de la guerre d'Amérique, et lord North, responsable de cette guerre en qualité de premier ministre, se réconcilier, intriguer ensemble, former un cabinet de coalition, et réussir à se faire au Parlement une majorité de hasard. Les deux ministres se sont perdus lorsque, par leur East India Bill, ils ont voulu soumettre tout l'empire des Indes au contrôle d'un comité siégeant à Londres, et dont les neuf membres seraient, pour commencer, nommés par le pouvoir législatif : c'était la mainmise avouée, directe, des grandes connexions parlementaires sur l'administration coloniale. George III s'est révolté. Après avoir obtenu de la Chambre des Lords, à une faible majorité, le rejet de VEast India Bill, et congédié Fox et lord North, il a choisi pour premier ministre le fds de lord Chatham, le jeune William Pitt, qui avait refusé, malgré des offres instantes, d'entrer dans le ministère de coalisation, et venait de se faire au Parlement l'avocat d'une réforme très profonde de la* représentation parlementaire. Le pays a donné raison à Pitt, contre Fox et lord North. Il a désavoué le parti whig, du moment que ce parti cessait d'être un parti de principe, défenseur des libertés populaires, pour dégénérer en une simple coalition de factions égoïstes. En quelques mois, le parti whig a perdu le bénéfice d'un siècle de pouvoir et de prestige ^

Telle a été, en 1784, la cause de la chute du parti whig. Telle est encore, en 1815, une des causes de sa débilité. Depuis une quinzaine d'années, le parti tory a tendu à se disloquer, et les whigs ont essayé, à la faveur de cette dislocation, de rallier le plus grand nombre possible de transfuges, et de pratiquer, une fois encore, la politique de coalition qui leur avait si mal réussi en 1784. Les vieux noms traditionnels de whig et de tory qui paraissent impliquer une politique de principes, tombent môme en désuétude : on ne dit plus guère que « le parti de l'Opposition » et « le parti ministériel^ ». Quel est dans le pays le

1. Une lettre de Pitt à Addington, écrite en 1800, prouve combien alors la popularité de l'institution parlementaire était intacte : « I see nothing so likely to prevent the progress of discontent and internai mischief as what we hâve more than once found effectuai, and cannot too much accustom the public to look up to — a speedy meeting of parliament. Even if no important législative measure could be taken, the resuit of parliamentary inquiry and discussion would go furthcr than any thing towards quieting men's minds, and checking erroneous opinions. » (Pellew, Life of lord Sidmouth, vol. I, p. 2G4).

2. Gobbett's Pol. Reg., l"' mars 1809, vol. XV, p. 353 : There are men w^ho are in place, and others who, upon ail occasions, whethcr right or wrong, censure the measures of ministers, with the sole view of supplanting them. But, in any other sensé, the word party bas novv no more meaning than bas the word Tory, which no man bas any longer the impudence to use.

succès de cette tactique, nous le savons déjà : l'opinion publique enveloppe dans un même sentiment d'indifférence et de mépris tous les groupes qui, au Parlement, se disputent le pouvoir. La nouvelle tactique du parti whig a-t-elle un meilleur succès à la Chambre des Communes? Les whigs ont-ils, à force de compromissions, gagné assez de voix pour compenser ce qu'ils perdent en popularité? En aucune manière : et, sur ce point, il n'y a pas divorce entre le Parlement et le pays. Les temps de l'oligarchie politique sont passés; le trait caractéristique de la vie parlementaire anglaise, dans les quinze premières années du siècle, c'est la décadence du régime des factions aristocratiques, et la décomposition de toutes celles qui tendent à se former.

La faction d'Addington a surgi la première. Observons d'abord que le chef de cette nouvelle coterie n'est membre ni d'une grande famille aristocratique ni même d'une vieille famille de comté. Il est le fils d'un grand médecin qui eut le bonheur de compter lord Chatham au nombre de ses clients. Ses sœurs ont fait de bons mariages, et, par la protection de son beau-frère James Sutton, il est entré au Parlement. Pitt l'a pris sous sa protection, a fait de lui le speaker de la Chambre des Communes, l'a désigné pour lui succéder, le jour où les circonstances ont rendu sa retraite nécessaire. Voici donc Addington premier ministre : Pitt se montre disposé toujours à le traiter en ami, à condition qu'il reste l'agent docile de sa politique, prêt à rentrer dans le rang s'il lui prend jamais la fantaisie de redevenir ministre. Mais Addington se sent passé grand homme. Le parti de Fox flatte sa vanité (m glorifiant, lors de la conclusion du traité d'Amiens, sa politique pacifique. Quand les hostilités reprennent avec la France, c'est en vain que Pitt essaie de se faire rendre la direction des affaires, en vain qu'il offre à Addington un poste important dans son ministère. Alors Pitt, cédant aux sollicitations de ses amis, attaque de front le cabinet, et rend son existence tellement précaire qu'Addington démissionne. Mais l'ancien lieutenant de Pitt est devenu maintenant le chef d'un groupe indépendant. Il a derrière lui une petite phalange de clients,^son frère John Hiley Addington, son beau-frère James Adams, lord Hobart, Bond, Bathurst, Vansittart, lord Povvis, au total quarante ou soixante membres de la Chambre des Communes '. Pitt a beau composer avec lui, lui donniM- une place dans son cabinet, avec le titre de lord

1. (iH incifihri's i'W 1804, suivant llosc (Diaries and Currexpundence. vol. H, p. lift). 43 rnciiilirrs (Mi 1805 suivant le onicul d'Ahhot (Diary of lord Colchesler, 12 juin 1805; vol. Il, [). i). — Sur la conijKJsitioii du groupe, ibid., (Kh-,. 1804 (vul. I. pp. 532-3). 40 à .")0 iricrnt)rcs eu IS'H, ,ii.v;ml \'r\\iw {fjfe of lord Sidmoulh, vol. Il, p. 412).

Sidmouth. Addington sait qu'auprès du roi son crédit balance celui du premier ministre ^ Il s'est rendu populaire auprès des country gentlemen par un toryisme intransigeant. Il agit à sa guise, vote contre Pitt à l'occasion, continue à jouer, à l'intérieur môme du ministère, le rôle d'un chef de faction autonome.

Sa situation est d'autant plus forte au Parlement que le parti de Pitt vient d'être affaibli par la sécession d'un nouveau groupe. Lord Grenville, après avoir été pendant de longues années le lieutenant fidèle de Pitt, préconise la « jonction de tous les partis » ou « de tous les talents », et l'entrée de Fox au ministère. Mais George III repousse la combinaison, lord Grenville reste à l'écart : dorénavant l'Opposition aura deux chefs, Fox et lord Grenville, celui-là représentant « la vieille » et celui-ci « la nouvelle » Opposition. Cette « coopération », suivant l'expression qu'aiment à employer les alliés pour éviter le vocable discrédité de « coalition », renforce l'opposition d'une trentaine de voix aux Communes^. Lord Grenville et lord Temple, lord Nugent, l'amiral Fremantle, gèrent cette nouvelle faction aristocratique. Après la mort de Pitt, dans les premiers jours de 1806, le roi se résigne à subir un cabinet formé par l'alliance des groupes de Fox, de lord Grenville et de lord Sidmouth. Cependant le nouveau ministère ne réussit pas à gagner la confiance publique. Fox meurt au mois de septembre, et les hommes de la « vieille Opposition », dirigés maintenant par Grey, perdent leur influence dans le cabinet. Les Grenville deviennent plus forts, et lord Sidmouth pareillement : le pays peut-il compter sur eux pour faire la guerre aux privilèges aristocratiques et aux abus administratifs? D'ailleurs, au mois de février 1807, un conflit s'élève entre le roi et les ministres sur la question de l'émancipation catholique, et le cabinet démissionne. Les disciples orthodoxes de Pitt reviennent aux affaires. Une fois de plus, la politique de coalition a porté malheur au parti whig.

Cependant la désagrégation du parti gouvernemental continue. En 1809, Canning, ministre des affaires étrangères dans le cabinet du duc de Portland, provoque, par son ambition intempérante, une crise ministérielle. Il rêve, depuis la mort de Pitt, de devenir, lui fils d'une actrice, simple publiciste, sans accointances dans la haute aristocratie, le grand homme national à sa place. Impatient de s'élever au premier rang, il noue une intrigue contre son collègue de la guerre, lord

1. C'est son parent Sutton, évêque de Norwich, qui est nommé archevêque de Ganterbury, de préférence au candidat de Pitt, Prettyman, évêque de Lincoln (Gobbett's Pol. Reg., 26 janvier, 16 février; vol. VIII, pp. 105, 246).

2. 34 voix en 1803 (Pellew, Life of lord Sidmouth, vol. II, pp. 141-2); 23 voix en 1804 (Rose, Diaries and Correspondence, vol. II, p. 119).

Gastlcreagh. Celui-ci, qui est, comme Ganning, un disciple orthodoxe de Pitt, a combiné un débarquement de troupes anglaises dans l'île de Walcheren, dont Ganning a tout de suite désapprouvé l'idée et le plan. Il a déclaré au duc de Portland qu'il ne voulait pas faire partie du même ministère que l'organisateur de cette campagne désastreuse, et obtenu de la faiblesse de son chef la promesse secrète qu'il exigerait, aussitôt l'expédition terminée et l'absurdité du projet démontrée, la démission de lord Gastlereagh. Peut-être va-t-il réussir. Mais lord Gastlereagh découvre le complot : et l'Angleterre offre à l'Europe le spectacle d'un ministre des affaires étrangères et d'un ministre de la guerre allant vider leurs querelles sur le terrain. Le scandale est trop grand pour que le ministère y résiste : il démissionne en bloc, et Perceval reconstitue un cabinet tory dont ni Ganning ni lord Gastlereagh ne font partie. Ganning, le plus ambitieux et le plus éloquent de tous les hommes de la Ghambre, se trouve désormais à la tête d'une faction nouvelle, dont le principe d'union réside non dans l'influence territoriale d'une grande famille, mais dans le génie du chef qui la commande. Le groupe se compose d'une quinzaine de membres de la Ghambre des Communes * : Sturge Bourne, Robert Smith, James William Ward, Huskisson surtout, un homme sans naissance — ancien banquier, disent les uns, ancien apothicaire, disent les autres, — un grand financier dont Pitt avait déjà reconnu le mérite.

En 1812, nouveau schisme, qui renforce l'influence de la faction Ganning. Le marquis de Wellesley, qui a succédé à Ganning comme ministre des affaires étrangères, donne sa démission, alléguant « qu'il n'a pas, dans le gouvernement, l'importance sur laquelle il avait compté lorsqu'il entra en fonctions^ ». Le souvenir de sa vice-royauté des Indes, les victoires remportées par son frère Wellington au Portugal et en Espagne, lui font concevoir des espérances illimitées. Sa « connexion », qui est une « connexion » aristocratique à l'ancienne mode', noue des relations étroites avec le groupe dirigé par Ganning. Pourquoi ne prendraient-ils pas, l'un aux Lords, l'autre aux Communes, la direction d'un cabinet nouveau, qui jouirait d'un prestige auquel ne peut aspirer le terne cabinet Perceval? Sans les whigs, s'il se peut. Av(;c les whigs, s'il le faut : les whigs n'ont pas de candidat qu'ils puissent opposer sérieusement à Ganning, pour prendre la direction

1. 12 eu septembri! 1812 (Court of England under the Prince Régent, vol. 1, pp. 404-S).

2. Lord Liv»îrpool ji Wcilinglon, février 1812 (Yongo, Life of lord Liverpool, vol. I, pp. 377-378).

3. 11 riKîtnbre» en septembre 1812 (Court of England under the Prince Régent, vol. I, pp. 404-405). 17 membres en novembre, c'est-à-dire aprè.s les élections généroles (ibid., vol. I, p. 411).

du cabinet à la Chambre des Communes. Wellesley et Canning comptent sur l'appui du Prince Régent. Le marquis de Wellesley n'est-il pas son intime ami? Le Régent n'a-t-il pas, d'autre part, dans le parti whig, des agents dévoués, lord Moira à la Chambre des Lords, Sheridan à la Chambre des Communes? Jamais la coalition des groupes qui constituent le parti anti-gouvernemental n'a été plus forte que dans les premiers mois de 1812. En mai, le premier ministre Perceval ayant péri de mort violente, la Chambré des Communes, par quatre voix de majorité, réclame une orientation nouvelle de la politique ministérielle ^ Mais, bien que tout semble conspirer au triomphe de l'Opposition, elle souffre toujours du même vice de constitution interne. Ce n'est qu'une coalition de factions, et le temps des factions est passé.

Le Prince Régent trahit : il tire parti des divergences d'opinion qui se manifestent entre les chefs de la coalition pour faire avorter les négociations. Lord Grey et lord Grenville veulent une politique aussi pacifique que possible ; Wellesley et Canning reprochent aux tories de ne pas faire la guerre avec l'énergie nécessaire. Ils ne parviennent pas à se mettre d'accord les uns avec les autres sur un programme commun de politique extérieure, et le Régent constitue un cabinet strictement tory sous la présidence de lord Liverpool. Il donne les affaires étrangères à Castlereagh, et achète la faction de lord Sidmouth, qui, ayant obtenu les postes les plus importants, se fond de nouveau dans la masse du parti tory intransigeant^. Wellington entre à Madrid. Napoléon évacue Moscou. Que valaient les prédictions pessimistes de Grey et de Grenville, suivant qui tout espoir était vain de jamais venir à bout de Napoléon? de Wellesley et de Canning, suivant qui tout espoir était vain de jamais obtenir la victoire, tant qu'on ne les aurait pas laissés donner une impulsion plus vigoureuse aux opérations militaires? Lord Liverpool tire parti des conjonctures, dissout le Parlement au mois de septembre, consolide sa majorité. La décomposition du parti tory est brusquement arrêtée, c'est l'Opposition qui se débande.

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