Geo. III, c
La peur d'une invasion française réveille, en faveur du parti tory, les sentiments patriotiques et guerriers que le parti whig avait exploités aux temps de Louis XIV et de Louis XV. L'immense majorité du parti whig déserte l'Opposition, va se fondre dans les rangs du parti tory; le whig Burkc devient le doctrinaire de la contre-révolution européenne. Fox et ses amis jouent de malheur. L'opinion publique les désavouait en 1784 parce qu'elle trouvait leur politique trop oligarchique; elle les désavoue en 1792 parce qu'elle trouve leur politique trop démocratique. Le moment vient, en 1797, où, las de faire entendre des paroles de protestation que personne n'écoute, ils cessent même d'assister aux séances du Parlement.
Les années passent; nous nous rapprochons de 1815; les whigs sont revenus à la politique de coalition. On ne saurait dire néanmoins que les grandes familles de l'Opposition aient complètement déserté la cause des réformes. En 1808, Whitbread, irrité de ne pas avoir eu de place, deux ans plus tôt, dans le cabinet Fox-Grenville, plus irrité encore de n'avoir pas été désigné, après la chute du ministère, comme chef de l'Opposition aux Communes, réunit sous sa direction une cinquantaine de membres qui, sans s'inquiéter de la tactique générale du parti, réclament bruyamment la paix à tout prix et la suppression des abus. Or, les hommes de ce groupe, qu'on appelle parfois la « Montagne » — lord Cochrane et lord Folkestone, Creevey, Peter Moore, — se rattachent aux grandes connexions aristocratiques K Whitbread lui-môme, riche marchand brasseur, est beau-frère de Grey, et marche d'accord, dans la ville de Bedford qu'il représente, avec la faction des Russell ; et la violence de sa politique est si loin de le brouiller avec les autres groupes de l'Opposition qu'en 1812, lorsqu'on espère jeter à bas le cabinet tory, on lui promet le Home Office dans la nouvelle administration. Nous avons eu déjà, d'ailleurs, l'occasion de marquer les progrès accomplis, au cours de cette période, par la réforme administrative : les sinécures et les offices in reversion vont être supprimés bientôt. Môme en matière de réforme électorale, la la stagnation n'est pas complète.
Le bourg d'Aylesbury est soumis, en 1804, au traitement auquel avaient été soumis, Ircnite ans plus tôt, les bourgs de Shoreham et de
1. l'mjr (lir--,( r la h-ir di's ll^•mlJn■^ (|iii, vrrs 1815, constituaient « la Montagne », on p<-ut snidfT de \n lislf d«'s membres ayant voté, le 29 février 1808, pour la motion pacifique de Whitbread, le,l.") juin 1809, pour la motion de Sir Francis Hurdelt (réforme parlementaire) et li; 30 juin 1813, pour la prise en considération d'une pétition en faveur de la réforme électorale. 38 nom» pour la première; 15 pour la seconde; 13 pour la troisième (Pari. Deb., vol. X, p. 801); vol. XIV, p. 1070; vol. XXVI, p. »«7). — Cf. Marris, Radical Party,p. 112, et Creevey Papcrs, vol. I, p. 210 (lettre de G. Bennet ù Creevev, 31 mai 1813).
Cricklade * ; et l'adhésion de la Chambre des Lords fait seule défaut pour qu'en 1815, le bourg d'Helston subisse le même sort 2. Deux tentatives pour obtenir la re vision du Treaiing Act, et rendre la corruption électorale plus difficile, n'aboutissent pas ^ Mais, en 1809, une mesure importante est prise. Le scandale du duc d'York révèle, par contrecoup, un autre scandale : le troc d'un siège parlementaire contre un poste administratif. Quelques jours plus tard, un membre du Parlement, élu en 1807 avec l'appui de l'administration, vote contre les ministres dans l'affaire du duc d'York; et lord Castlereagh exige et obtient sa démission comme s'il avait rompu un contrat exprès. L'opinion publique est très excitée : les conjonctures sont favorables; le whig Gurvs^en fait voter une loi contre la corruption électorale *. Que la corruption s'exerce par des offres d'argent ou par des offres de places, le corrupteur et le corrompu seront désormais, en vertu de cette loi, frappés de lourdes amendes.
Faut-il dire, avec les mécontents de l'Opposition, que cette mesure est condamnée à demeurer stérile^? Une chose est certaine : le trafic des sièges cesse de se faire ouvertement, dans les journaux, par voie d'annonces. Certains témoignages contemporains permettraient même d'affirmer que la réforme dont Curw^en a pris l'initiative exerce une action plus profonde. Romilly, en 1812, se résigne à entrer au Parlement sous le patronage d'une « connexion » aristocratique, parce que, dit-il, la loi Curwen lui rend impossible d'acheter, comme il aurait voulu faire, son siège argent comptant *. Au même moment, lord Liverpool, dans une lettre privée, déplore les difficultés nouvelles que la loi oppose au gouvernement dans la préparation des élections. « Le bill de Mr. Curw^en, écrit-il à Sir William Scott, a mis fin à toutes transactions pécuniaires entre le gouvernement et les propriétaires présumés des bourgs. Ceux de nos amis qui comptent sur l'assistance du gouvernement doivent se résigner à engager la campagne dans des bourgs ouverts, où l'influence générale du gouvernement, jointe à la