‹ Histoire du peuple anglaisChapitre 10 sur 205 · LE PARLEMENT DE 1G · texte numérisé non relu

LE PARLEMENT DE 1G

sur le Rhin, Jacques se contenta d'user de son influence auprès de son gendre pour l'engager à quitter la Bohême, et auprès de l'Espagne pour la décider à retirer ses troupes dès que les hostilités auraient cessé. La défaite de Prague, qui écrasa l'insurrection, rejeta Frédéric sur le Rhin, où il trouva les Espagnols installés en maîtres au cœur du Palatinat. Jacques avait été dupé et se voyait ohligé de plier devant la fureur de la nation, surexcitée par les dangers qui menaçaient le protestantisme ; une souscription nationale pour la défense du Palatinat permit à l'Electeur de lever une armée; et même une troupe de volontaires anglais, commandés par sir Horace Vere, se joignit à lui. Ce n'était partout qu'un cri pour réclamer un Parlement, qui seul pouvait décider de la guerre. La résistance du Roi fut vaincue, et l'enthousiasme qui accueillit la déclaration belliqueuse du discours du trône rappela les beaux jours d'Elisabeth.

Le Parlement de 1621. — Les Communes répondirent à l'appel de Jacques I" par un vote unanime. Les députés, levant leurs chapeaux aussi haut que possible, déclarèrent «que pour délivrer le Palatinat, ils risqueraient leurs fortunes , leurs biens et leur vie ». — ^ Cette déclaration vaut plus de dix mille hommes! » s'écria un des chefs du parti campagnard quand le président en donna lecture.

Malheureusement Jacques, au lieu de s'engager à suivre une politique conforme à ces vœux, autorisa l'exportation d'armes en Espagne. Jusqu'alors on avait pu pardonner les entorses données à la constitution; mais ce défi, lancé par le souverain, poussa les Communes à faire revivre un ancien droit du Parlement tombé en désuétude depuis le règne de Henri VI : celui de citer à comparaître à la barre de la Chambre des lords les grands délinquants. On se hâta de se servir de l'arme qu'on avait trouvée. La plus sérieuse atteinte à la constitution avait élé le rétablissement des monopoles qu'Elisabeth s'était engagée à abolir; des instigateurs de celte mesure vexatoire, plusieurs furent mis en accusation, et l'on empêcha ainsi la Couronne de se créerdes revenus sans l'autorisation du Parlement. Bientôt on porta un coup bien plus grave encore à la corruption de la cour, en ordonnant l'arrestation du chancelier François Bacon, lord Verulam, vicomte de Saint-Alban, l'homme le plus distingué et le plus érudit de son temps, et l'un des plus hauts dignitaires de la Couronne. Les Chambres l'accusèrent de concussion et affirmèrent ainsi leur droit de surveiller l'administration royale. Jacques était trop pénétrant pour ne pas se rendre compte de la gravité de cet acte ; mais l'hostilité de Buckingham contre le chancelier et les aveux de Bacon l'obligèrent à consentir à sa condamnation.

Quelque énergiques que fussent ces mesures, le Parlement respecta

scrupuleusement les préjugés du Roi sur d'autres questions; et, bien que

Jacques s'efforçât de le réduire à l'impuissance en l'ajournant, il résolut

à l'unanimité de le soutenir dans toute tentative sérieuse d'intervention en

ir. 3

faveur des protestants. Cette attitude énergique communiqua un instant quelque vigueur à la politique royale. Jacques avait eu jusque-l.à pour objectif la restitution de la Bohême à Ferdinand et avait essaye d'obtenir de l'Empereur, par la médiation de l'Espagne, qu'il s'abstînt de toutes représailles contre le Palatinat. 11 renonça pour un instant aux ménagements diplomatiques, et menaça l'Empereur de lui faire la guerre, s'il attaquait son gendre.

La suspension d'armes dura tout un été; mais de simples menaces ne suffisaient pas pour contenir l'ambition de Ferdinand, et la conquête du haut Palatinat, à la fin de la trêve, par les armées coalisées de la ligue catholique, décida Jacques I" à revenir à son vieux système de négociations et à la médiation amicale de l'Espagne. Gondomar, l'ambassadeur de Philippe III, tout-puissant à la cour d'Angleterre, recevait l'assurance qu'aucun secours ne serait envoyé à l'Electeur palatin, et l'on rappelait la flotte anglaise qui croisait en vue des côtes espagnoles. Le Roi destitua tous les ministres qui se refusaient encore à suivre une politique favorable à l'Espagne, et saisit de futiles prétextes pour menacer d'une guerre la Hollande, la seule grande puissance protestante alliée de l'Angleterre, prêle à soutenir l'Electeur.

Jacques se vit bientôt obligé de rappeler le Parlement, qui exigea, dès sa première séance, une déclaration de guerre à l'Espagne, restée, malgré sa décadence et la ruine de son immense empire, l'éternel champion du catholicisme en Europe. L'instinct de la nation se montra plus sage que la science politique du Roi. C'était l'entrée des troupes espagnoles dans le Palatinat qui avait changé la petite guerre de Bohême en une lutte générale pour l'extermination du protestantisme sur les bords du Rhin. C'étaient l'influence espagnole et l'espoir d'une union entre le prince de Galles et une infante, qui avaient soumis Jacques à une funeste dépendance vis-à-vis du plus cruel ennemi de la cause protestante. Aussi l'adresse des Chambres au Roi demanda-t-elle la guerre avec l'Espagne et. un mariage protestant pour leur futur souverain. On devait se rendre compte, plus tard, combien il était dangereux d'avoir pour roi le fils d'une mère catholique. L'audace des députés qui osaient se mêler des mystères de l'État mettait Jacques hors de lui. u Apportez des sièges aux ambassadeurs! •'■ s'écria-t-il d'un ton d'ironie amère, lorsque les commissaires des Communes parurent en sa présence. Il refusa toute pétition, interdit toute discussion sur la politique de la Couronne, et menaça les présidents de les faire enfermer à la Tour. ^ Contentons-nous, pour le moment, d'avoir recours aux doléances n , dit un député à la lecture de la lettre du Roi, « et nous verrons après comment il faudra agir. »

La Chambre montra quelles étaient ses dispositions en protestant contre l'interdiction royale. Elle déclara que les libertés, franchises, privilèges et

Page 1