L'ANGLETERRE ET LE SP A GKE
comte de Rochester et marié, comme nous l'avons vu, à lady Essex. La découverte d'un crime horrible, l'empoisonnement de sir Thomas Overbury, dont Rochester et sa femme furent convaincus d'avoir été les instigateurs, le perdit auprès du Roi. Cette chute scandaleuse n'empêcha pas Jacques I" de choisir immédiatement après un autre favori, Georges Villiers, jeune et élégant aventurier, qu'il fit rapidement passer par les divers degrés de la pairie, l'élevant au rang de marquis, puis de duc de Buckingham, et il lui confia la direction des affaires. Bientôt on ne put obtenir d'avancement qu'en soudoyant le premier ministre ou en contractant quelque alliance matrimoniale avec' un des membres do sa famille, avide de biens et d'honneurs. La moindre résistance à sa volonté entraînait une révocation immédiate; aussi voyait-on les plus grands seigneurs trembler au moindre signe de tête du jeune parvenu : » Jamais " , disait Clarendonavec étonnement, u jamais, dans aucun pays et à aucune époque, on n'a vu un individu s'élever en si peu de temps à un aussi haut degré d'honneurs, de puissance et de fortune, sans autre recommandation que le charme et la grâce de sa personne. " L'insolence et l'égoïsme de Buckingham égalaient sa beauté ; aussi ce jeune favori si hautain, que Jacques aimait à caresser et couvrir de baisers, devait-il bientôt entraîner à l'abîme le trône des Stuart.
L'Angleterre et l'Espagne. — Le nouveau système politique fut encoie plus désastreux pour les relations de l'Angleterre avec les puissances étrangères que dans le pays même; l'effacement du conseil privé, après la mort de Robert Cecil, laissait le pouvoir tout entier entre les mains de Jacques, qui devint son propre premier ministre et s'occupa des affaires comme aucun souverain anglais ne l'avait fait avant lui. A son avènement, les ministres d'Elisabeth dirigeaient la politique étrangère, et tant que vécut Cecil, l'Angleterre resta fidèle aux traditions de la souveraine. Bien que Jacques eût signé la paix avec l'Espagne, il s'était lié aux Provinces-Unies par une alliance très-étroite et entretenait d'amicales relations avec la France, afin de tenir en échec la puissance espagnole. Dès que la maison d'Autriche sembla, dans son zèle ardent pour le catholicisme, menacer les Etats protestants d'Allemagne, Cecil avait donné la fille du Roi, Elisabeth, à l'Electeur palatin comme pour promettre aide et protection aux réformés. Aussi, grâce à. la ferme administration du premier ministre, la paix régna-t-elle pendant plusieurs années dans l'Europe entière. Mais la mort de Cecil et la dissolution du Parlement de 1614 amenèrent bientôt, pour le malheur de l'Angleterre, un changement complet dans la politique de Jacques I". Le Roi s'empressa de détruire tout ce qu'Elisabeth avait fait après le désastre de l'.lrmada; il s'éloigna delà France et commença une série de négociations en vue de conclure le mariage de son fils Charles avec une infante d'Espagne (1617). Chacun de
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ses favoris successifs fui partisan de l'alliance espagnole; et, après des années d'intrigues secrètes, le Roi révéla ses intentions juste au moment où la trêve religieuse fut rompue en Allemagne par les Bohémiens, qui refusèrent de reconnaître pour roi l'archiduc Ferdinand d'Autriche et donnèrent la couronne à l'Électeur palatin. Quel que fût le parti à qui incombait la responsabilité de la guerre, il était évident qu'une nouvelle lutte allait commencer en Allemagne entre le protestantisme et le catholicisme.
Les Anglais devinèrent, avant même le commencement des hostilités, le rôle honteux que Jacques se préparait à jouer; aussi les protestants zélés qui faisaient partie du conseil encouragèrent-ils une entreprise qui pouvait forcer le Roi à changer de politique et à déclarer la guerre à l'Espagne.
Le célèbre sir VValter Raleigh, le seul survivant illustre du siècle d'Elisabeth, avait été emprisonné à la Tour, dès les premières années du nouveau règne, pour crime de haute trahison. H offrit à ce moment de s'embarquer pour les rives de l'Orénoque, oîi il prétendait trouver une mine d'or. La Guyane appartenait à l'Espagne, et les protestants espéraient que la cupidité du Roi, excitée par l'expédition de Raleigh, l'obligerait à entrer en lutte avec Philippe III. Mais tandis que Jacques \" semblait céder au courant populaire en autorisant Walter Raleigh à mettre à la voile, il avertissait le gouvernement espagnol du départ de cette expédition ; aussi, à peine l'amiral anglais eut-il débarqué sur la côte, qu'il fut repoussé avec perte. Raleigh tenta alors, à son retour, de saisir des galions espagnols dans l'espoir de provoquer une guerre; mais il échoua à la suite d'une révolte de son équipage, et le malheureux revint en Angleterre, le cœur brisé, expier sur l'échafaud l'outrage infligé aux nouveaux alliés de Jacques 1''.
Ce désastre avait augmenté encore les anxiétés des protestants anglais quandlaguerreéclata. En .Allemagne, lesréformésétaientdivisés parlafatale jalousie des princes luthériens et calvinistes, et il semblait que l'Angleterre seule pouvait les rapprocher; aussi les Bohémiens comptaient-ils sur l'alliance anglaise lorsqu'ils choisirent pour roi le gendre de Jacques Stuart. L ne politique ferme eût sans doute tenu l'Espagne à l'écart et réussi à circonscrire la lutte en Allemagne. Mais Jacques se vantait de fonder sa politique sur l'amitié et non sur la crainte des Espagnols; il refusa de fournir aucun secours à l'union des princes protestants qui avaient épousé la cause de la Bohème et menaça la Hollande, la seule puissance qui soutînt sérieusement l'Electeur palatin. En vain la cour et la nation demandaientelles la guerre à grands cris ; en vain l'archevêque Abbot avait-il supplié le Roi, sur son lit de mort, d'agir en faveur du protestantisme; en vain l'Espagne s'était-elle jointe ouvertement à la ligue catholique qui s'était formée sous les ordres du duc de Bavière, et avait-elle dirigé une armée